jeudi 21 septembre 2017

Mommie Creepiest


La semaine dernière, je suis allé voir mother!, la nouvelle descente de coke de Darren Aronofsky après son Requiem effrayant et son Cygne noir schizophrène. La raison en est toute simple: à force d'entendre lister Michelle Pfeiffer comme possible candidate aux remises de prix, je tenais à vérifier si elle volait effectivement la vedette à la superstar de la décennie, Jennifer Lawrence. En outre, tenant The Wrestler pour un bon film, je me disais qu'il ne serait pas inintéressant d'en voir davantage dans la filmographie du réalisateur. Malheureusement, j'ai fait chou blanc sur le deux tableaux: non seulement ne suis-je pas convaincu par le résultat, la faute à vingt dernières minutes qui firent voler en éclat l'estime que j'avais pour l'œuvre au départ, mais en outre, Michelle Pfeiffer n'a absolument rien à faire justifiant une distinction.

Car non, rester fichée au milieu d'un salon pendant dix minutes pour regarder l'héroïne avec la même expression menaçante et mystérieuse ne constitue pas une grande performance à mon goût. D'autant que dans toutes les séquences où elle apparaît, difficile de ne pas être du côté de Jennifer Lawrence qui doit jouer d'inquiétude et d'émotions. Le parti-pris est intéressant, car l'extrême et surprenante passivité de cette jeune fille anonyme, qui sera finalement bien la mother du titre, permet au spectateur d'entrer directement dans l'histoire en étant à son niveau. Aronofsky a donc un certain talent à nous connecter directement aux déboires de sa créature (j'emploie ce terme volontairement car Mother s'avère moins un personnage à part entière que la création d'une entité cauchemardesque), et ce en posant une ambiance extrêmement prenante dans les deux-tiers du film. La trame suit en fait trois axes principaux, qui se répètent à l'infini: Jennifer Lawrence veut rester seule avec son bien-aimé, l'écrivain incarné par Javier Bardem, mais celui-ci n'a de cesse d'inviter dans sa maison des étrangers qui touchent à tout, et qui finissent par tout casser, d'abord en petit comité, avant de se muer en groupe plus important qui dérivera lui-même sur une masse pas loin de grouiller comme de la vermine. Le début est clairement plus captivant, à voir comment chaque inconnu entre au compte-goutte dans une maison aux teintes judicieusement pâles, pour mieux en rehausser l'angoisse, avec en outre une excellente utilisation de l'espace alors que Michelle Pfeiffer parle en parcourant chaque pièce de manière circulaire. A ce moment là, je percevais une dimension politique dans le film, me demandant si le créateur était en train de tester notre résistance concernant la notion de propriété: jusqu'où est-on prêt à aller dans le partage de ses biens?

Hélas, l'histoire part cependant en vrille: en effet, après s'être comportés comme des malotrus dans toute la maison, à la grande joie surprenante de Javier Bardem qui n'aime rien tant qu'être adulé par ces deux fans, Ed Harris et Michelle Pfeiffer font venir leurs deux fils qui se battent à mort pour des questions d'héritage. La lecture du film devient alors totalement religieuse: après avoir créé la Terre, la mère-nature dont l'héroïne est l'incarnation et qui a bien du mal à reprendre ses droits face aux crimes de l'humanité, le démiurge se met précisément à créer des êtres humains à travers cette famille d'inconnus. C'est évidemment la femme qui commet la faute en cassant le cristal précieux qui semble assurer la cohésion du couple Bardem/Lawrence, ou plus exactement Dieu/Terre, puis, une fois chassés du jardin d'Eden, le bureau que Bardem clôt justement à coup de clous et de planches, le couple enfante deux avatars d'Abel et Caïn qui annonceront les péchés terrestres à venir. Et plus on avance dans l'histoire du christianisme, à mesure que de plus en plus d'inconnus rentrent dans la maison, d'abord comme fans invétérés de la poésie du héros, plus on dérive vers quelque chose d'absolument sectaire: Bardem est tout à sa joie d'être vénéré par le commun des mortels, et ce en n'ayant aucune considération pour son épouse qui lutte vainement pour empêcher les dégradations dans la maison qu'elle a rénovée elle-même. Et lorsque naît enfin le divin enfant, après une grossesse laborieuse de Jennifer Lawrence devenue Mother à part entière, tout devient abjectement sordide et d'une violence inouïe. C'est ça que je reproche au film: alors que ça se suivait avec intérêt entre ambiance oppressante très bien mise en scène et symbolisme religieux fascinant à décrypter, la fin n'est qu'une suite de violences et ressemble moins à du cinéma qu'à une vomissure où la caméra bouge dans tous les sens alors que c'est la guerre dans chaque pièce, sans plus aucune foi en l'humanité.

Même en admettant que le film dénonce en réalité la cruauté de l'écrivain-démiurge, cela passe par une imagerie si abjectement misogyne que le message tombe à plat. En effet, à force de voir Jennifer Lawrence être constamment humiliée (elle doit faire le ménage même quand ce n'est pas elle qui renverse de l'eau), puis rouée de coups, à moitié dévorée par une foule en délire guidée par l'éditrice-apôtre, et enfin brûlée vive, le sort de l'héroïne est tellement épouvantable qu'il devient absolument insoutenable de regarder le personnage être frappé de partout. On sent trop clairement qu'Aronofsky a pris plaisir à filmer les mille et un supplices à faire subir à son actrice principale, si bien que l'image ne saurait être autre chose qu'extrêmement misogyne. A supposer que le réalisateur se caricature lui-même sous les traits de l'écrivain, cela en dit long sur ses propres fantasmes, quand bien même il tenterait de les dénoncer ici. Dans tous les cas, j'ai le même problème avec Black Swan, où Aronofsky prend également un plaisir trop manifeste à faire souffrir son héroïne allant crescendo dans la folie, et ce alors qu'on y retrouve également une image paternaliste de metteur en scène intrusif, au lieu de façonner un personnage digne de ce nom. Tout cela est bien surprenant, car dans The Wrestler, chaque personnage a son identité propre, et aucun d'entre eux n'est traité avec mépris par son créateur. Mais que ce soit dans Requiem for a Dream, Black Swan et désormais Mother!, le réalisateur me semble avoir un goût trop prononcé pour le mépris envers ses personnages, et cet acharnement est par trop malsain. Le pire est quand même atteint avec les dernières scènes de Mother!, à vomir d'horreur car l'acharnement n'est plus seulement psychologique, mais carrément physique puisque le but de l'histoire est de détruire entièrement son héroïne. Même s'il faut y voir une métaphore environnementale (Jennifer Lawrence ne peut résister aux crimes humains qu'en répondant de façon "terrestre": tremblements de Terre, inondations et incendie), la façon de filmer une femme démolie par autant de violences est tout simplement trop dure pour être acceptable.

Mon ressenti de Mother! est ainsi en grande partie plombé par un finale abject, alors que les nombreux symboles et métaphores donnaient l'impression qu'il s'agirait d'un film captivant de prime abord. Malheureusement, ni la symbolique de la création artistique et ni la critique de la religion ne justifiaient d'aboutir sur une fin où le réalisateur semble avoir un orgasme en s'acharnant jusqu'à ce que mort s'ensuive sur son héroïne. Jennifer Lawrence fait malgré tout un bon travail d'actrice, mais le personnage est tellement passif qu'elle n'a finalement pas beaucoup d'émotions à jouer à part une sorte d'inquiétude mâtinée de colère, à force de se voir entièrement dépassée par les événements. Quant à Michelle Pfeiffer, elle est très loin de ses grands rôles d'il y a vingt ans: on lui demande de rester debout à plisser les yeux, et c'est à peu près tout. Mais il est faux de dire qu'elle vole la vedette à sa partenaire, c'est même davantage l'inverse, et dieu sait si je préfère mille fois Pfeiffer à Lawrence en temps normal. Quant aux hommes, ils n'ont pas grand chose à faire non plus d'un strict point de vue interprétatif: Ed Harris tousse, et Javier Bardem reste à regarder fixement l'héroïne quand celle-ci lui résiste. Finalement, j'ai mis une assez mauvaise note à tout ça, parce que la fin plombe absolument tout ce qui avait été édifié auparavant: j'étais parti sur un 6/7 pendant un bon moment, mais cet incroyable déchaînement de violence, envers un personnage qui semblait en outre faussement favorisé par le metteur en scène au départ, me semble tellement gratuit, injuste et si affreusement sexiste qu'il est impossible de rester sur une bonne note, bien qu'il s'agisse d'un film qui fait réfléchir et qui ne s'oubliera pas si aisément.

samedi 26 août 2017

The Catered Affair (1956)


Lors de ma rétrospective 1956 il y a deux ans, il me manquait Le Repas de noces, un film de Richard Brooks adapté d'un téléfilm écrit par Paddy Chayefsky, dont j'avais entendu le plus grand bien en ces lieux mêmes. Je pensais d'ailleurs que c'était une œuvre de bonne réputation, étant donné son casting de luxe, et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce n'est pas du tout le cas: l'accueil fut mauvais dès l'époque, certains trouvant vulgaire la couleur comique donnée à un univers quotidien, et le film a aujourd'hui encore l'une des moins bonnes notes imaginables sur le site des tomates pourries. C'est à mon sens injustifié: j'ai beau ne pas être le plus grand admirateur du mouvement néo-réaliste et de ses images d'éviers dans de petites cuisines, j'ai suivi l'histoire avec intérêt.

Celle-ci se focalise sur une famille très modeste du Bronx: le père (Ernest Borgnine) est un chauffeur de taxi économisant le moindre centime pour pouvoir s'installer à son compte, la mère (Bette Davis) est quant à elle une ménagère qui passe son temps à préparer les repas et à faire le ménage, tandis que leur fille (Debbie Reynolds) leur annonce son intention d'épouser enfin son fiancé (Rod Taylor), lui-même issu d'une famille un peu plus aisée bien que gagnant sa vie comme professeur. Mais voilà! Alors que le jeune couple veut expédier les noces au plus vite et ne surtout pas organiser de cérémonie, la mère se met en tête de leur offrir un mariage digne de ce nom, bouquets de fleurs et limousines à l'appui. Etant donné l'état des finances de la famille, les conflits ne mettent pas longtemps à éclater...

Apparemment, Gore Vidal a changé plusieurs aspects de l'histoire originelle, ce qui d'après le livret du DVD lui valut les félicitations de Paddy Chayefsky. Je ne sais malheureusement pas en quoi ces modifications consistent, n'ayant pas vu le téléfilm de départ, mais tout se tient à mon sens. Chaque personnage est bien exploité, chacun ayant de quoi mettre de l'huile sur le feu dans la famille: la mère s'en veut de n'avoir pas été assez maternelle et souhaite ainsi se faire pardonner en offrant un beau mariage à sa fille, tout en lui souhaitant de ne pas connaître l'humiliation d'épousailles suite à un pari arrosé comme ce fut le cas pour elle; le père va croissant dans la déconfiture à mesure que les projets de sa femme épuisent ses dernières économies; la fille s'en veut de ne pouvoir réconcilier tout le monde, l'oncle incarné par Barry Fitzgerald est vexé de n'être pas convié à la cérémonie (car si on l'invite, il faut aussi penser au reste de la famille élargie, ce que ne veulent pas les fiancés); les parents du marié sont ostensiblement gênés par les manières frustes de leur belle-famille; et les amis du couple sont eux aussi affectés par l'affaire car, chômeurs, ils n'ont pas de quoi s'offrir robe ou costume et doivent faire croire qu'ils ont inopinément retrouvé du travail alors qu'ils se sont plus endettés qu'autre chose. C'est passionnant à suivre car on n'a jamais le temps de s'ennuyer: chaque personnage doit résoudre un conflit, même le petit frère qui se force à rester en famille alors qu'il préférerait aller au cinéma, et l'on attend toujours de voir où le scénario va nous emmener. Celui-ci multiplie d'ailleurs les fausses pistes pour notre plus grand plaisir: on s'attend vivement à un certain type de dénouement dès qu'entre en scène la compagne de l'oncle, mais on n'est heureusement pas au bout de ses surprises, avec une conclusion honnête alliant à la fois drame et comédie. L'alliance des deux tonalités est de toute manière réussie tout au long du film, car bien que certaines situations prêtent à sourire, on ressent toujours beaucoup de tristesse en arrière-plan, ce qui reste parfaitement crédible pour la famille dont on détaille le quotidien.

Le film est également bien servi par l'interprétation. Ernest Borgnine est notamment assez touchant à mesure qu'il voit ses rêves s'envoler, Debbie Reynolds est quant à elle toujours juste en jeune femme qui tente de réconcilier chaque parti, et Barry Fitzgerald fait comme à son habitude assez bien le vieillard un peu grincheux ayant pourtant bon cœur. Par contre, je dois avouer ma déception concernant Bette Davis. C'est l'un des rôles dont elle était le plus fière, car il n'était effectivement pas évident d'imaginer une star de son envergure jouer à la matriarche dodue d'une famille pauvre du Bronx, vêtements de supermarché sur le dos. Le rôle était d'ailleurs tenu par Thelma Ritter dans la version télévisée, mais c'est Richard Brooks qui, je crois, avait insisté pour offrir à Bette Davis un grand contre-emploi, ce qui est alléchant sur le papier, plutôt que laisser Thelma Ritter jouer une énième variation de son personnage type. Hélas, on n'a jamais l'impression d'avoir affaire à la véritable femme du Bronx qu'on veut nous présenter. Bette Davis utilise en effet ses tics les plus davisiens, jusque dans la modulation de la voix, sans imagination particulière, de telle sorte qu'on voit constamment l'actrice, la star même, au lieu du personnage. La coiffure, les habits et même le physique empâté se prêtent totalement au jeu d'un point de vue physique, mais l'interprétation ne me semble hélas jamais judicieuse. Davis fait tout de même tout son possible pour extraire le maximum de jus des séquences les plus poignantes, où elle révèle enfin des bribes de son passé, mais rien dans la colère ou le regret ne semble jamais propre à Agnes Hurley. Dommage, parce que je m'attendais vraiment à un tour de force de prime abord.

Moralité: The Catered Affair n'est pas un grand film, mais ça vaut nettement mieux que sa réputation. L'histoire est captivante à force de multiplier les points de vue et de balancer délicatement drame et comédie sans jamais oublier la dimension très terre à terre des personnages esquissés, et le tout se suit toujours avec intérêt. Deux ans avant La Chatte sur un toit brûlant, Richard Brooks montre qu'il sait parfaitement disséquer un conflit familial tout en lui donnant un réalisme poignant, même s'il fut apparemment infect avec Debbie Reynolds, qu'il méprisait et alla même jusqu'à gifler publiquement, ce qui lui fait perdre de nombreux points, surtout quand on voit l'investissement sincère de la jeune actrice dans le rôle. Parce que le tout est réussi et qu'on ne s'ennuie jamais, je n'ai aucun hésitation quant à monter jusqu'à 7/10, mais il est toujours regrettable de découvrir les parts d'ombres de personnes talentueuses derrière une caméra. A noter enfin que l'affiche est à mon sens un peu trop racoleuse: on nous présente une Bette Davis au pic de sa séduction allboutevienne, alors qu'elle ne ressemble clairement pas à ça dans le produit fini. Dommage également, qu'elle soit un peu trop ostensiblement actrice pour le coup, au lieu de réduire la distance avec un personnage très ritterien à la base.

lundi 14 août 2017

Le Dialogue des carmélites (1960)


Si j'ai toujours admiré Jeanne Moreau pour sa présence extraordinaire et ses choix de films audacieux, je n'ai jamais pu me prétendre le plus grand fan de ses performances de cinéma. Je disais d'ailleurs d'elle il y a quelques mois que "je la respecte énormément, elle est une artiste incontournable pour son talent à choisir des metteurs en scène d'avant-garde, et elle a un charisme indéniable, mais finalement, ses performances me touchent peu. J'attends impatiemment les grands classiques inconnus pour trouver le rôle qui me causera le déclic espéré." J'ai donc passé ma première semaine de repos à découvrir une bonne part de ses films d'avant-garde devenus des classiques, dont Eva, La Baie des Anges, Le Journal d'une femme de chambre et Mademoiselle, dont j'aimerais parler si je trouve la motivation de réécrire à nouveau, et qui viennent de s'ajouter aux œuvres que je connaissais déjà (Ascenseur pour l'échafaud, Les Amants, Les Liaisons dangereuses, La notte, Jules et Jim, Viva Maria! et La Mariée était en noir, pour rester sur la grande "décennie Moreau"). Pourtant, parmi cet océan porteur de nouvelles vagues, c'est ce film méconnu de Philippe Agostini et Raymond Leopold Bruckberger qui m'a le plus marqué. Je suis incorrigible! Il est certes étrange d'être davantage fasciné par cette œuvre de facture bien plus classique, mais je n'ai jamais caché n'être pas le plus grand admirateur de ce grand mouvement qui renouvela le cinéma en France au début des années 1960.

Alors, restons académiques et tant pis pour le qu'en-dira-t-on. Le Dialogue des carmélites est adapté de La Dernière à l'échafaud de Gertrud von Le Fort, une nouvelle que Poulenc avait déjà mise en scène à l'opéra en 1957, dans ce qui reste l'un des événements les plus angoissants auxquels j'ai assisté. En effet, je n'aime pas spécialement ce compositeur, et je garde un assez mauvais souvenir d'une représentation de ce même Dialogue, où à l'exception du grand chœur final, rien n'était mémorable, et où tout durait bien trop longtemps. Par bonheur, tout passe nettement mieux au cinéma, parce qu'on n'est pas pris en otage pendant deux heures et demie par la musique pesante que j'évoquais à l'instant. Le film d'Agostini et Bruckberger est d'ailleurs fort divertissant malgré son sujet glaçant, en particulier pour le foisonnement de personnalités très différentes qui s'assemblent dans ce couvent de Compiègne, et qui s'affrontent contre leur gré au monde extérieur à mesure que les lois révolutionnaires s'appliquent. Parmi les reproches qu'on pourra faire au scénario, on relèvera le portrait très ostensiblement négatif du commissaire incarné par Pierre Brasseur, sec et autoritaire, et destiné à rendre les religieuses extrêmement sympathiques par comparaison, alors qu'un peu plus de nuance n'aurait en rien affaibli notre estime pour elles. J'aime cependant beaucoup le dialogue conflictuel où Mère Marie dit fermement au commissaire que les religieuses ne sont pas si réactionnaires qu'on le croit, puisqu'elles procèdent précisément à une élection démocratique pour nommer la nouvelle prieure. En revanche, on se demande parfois si l'on se trouve bel et bien dans un ordre religieux, car on voit souvent les nonnes rire et discuter, alors que j'avais toujours entendu dire que le Carmel était un ordre particulièrement silencieux. Au moins, les héroïnes n'en paraissent que plus humaines, avec leurs désirs et faiblesses, et tant mieux.

Par contre, je suis toujours un peu gêné par la conclusion et le retournement de situation qui tombe comme un cheveux sur la soupe. En effet, l'héroïne, Blanche, timorée par nature et qui s'était réfugiée au Carmel par peur panique de la vie, finit par trouver le courage de rejoindre ses sœurs sur l'échafaud alors qu'elle avait réussi à s'échapper, tandis que Mère Marie de l'Incarnation, qui militait pour le martyre dès la première heure, se cache quant à elle dans la foule et abandonne subitement ses compagnes. J'avais le même problème avec l'opéra de Poulenc, où Blanche revenait sur la scène in extremis sans que ne soit jamais montré le changement qui s'opère dans son état d'esprit (tout du moins dans la mise en scène que j'avais vue, mais c'était apparemment fidèle au livret), alors que Mère Marie disparaissait sans laisser de traces avant le chœur final. Les réalisateurs contournent ce défaut par le biais de l'image: tandis que les nonnes sont appelées une à une sur l'échafaud, Blanche les regarde parmi la foule, ramasse un bouquet lancé par la comédienne qui les soutient, et trouve ainsi le courage de prendre la place de Mère Marie lorsque celle-ci est appelée et ne se présente pas. Sur le papier, on n'y croit pas tout à fait, en particulier parce que Pascale Audret est assez insipide et donc pas à même de suggérer le conflit intérieur ayant lieu dans la tête de Blanche, mais c'est très beau à observer à l'écran.

A l'inverse, Mère Marie a droit à une scène supplémentaire où, dissimulée dans le public, elle hésite une fraction de secondes à se présenter lorsqu'elle entend son nom, avant d'être retenue par l'aumônier qui lui demande de rester en vie pour continuer à incarner le Carmel dans sa présence physique. Là encore, cette scène n'est pas spécialement bien amenée sur le papier, car Mère Marie se faisait l'apôtre du martyre, et ce même dans la fuite qui était selon elle un prétexte pour ramener Blanche dans la communauté afin qu'elles périssent toutes ensemble, si bien qu'on ne comprend jamais très bien pourquoi elle reste cachée jusqu'au bout et ne revient pas avec ses compagnes même sans avoir réussi à convaincre Blanche. Par bonheur, Mère Marie est incarnée par Jeanne Moreau qui, outre sa présence incroyable par laquelle elle sait se montrer ferme mais jamais autoritaire, ajoute la dose requise de regret et d'hésitation dans cette dernière scène cousue à la va-vite, de telle sorte qu'elle nous fait comprendre les motivations de l'héroïne et sa perte de courage, là où ça n'était pas très bien expliqué par le texte. Notons encore que Jeanne Moreau compose tout au long du film une religieuse attachante, exemplaire et sachant faire preuve d'autorité, mais toujours profondément bonne voire souriante avec ses filles, comprenant parfaitement leur désir de violer la clôture par moments. Sa déception toujours idéalement cachée sous son goût du labeur et de la discipline, alors qu'elle n'est pas élue nouvelle prieure à la surprise générale, sied encore admirablement au personnage.

Si Jeanne Moreau hérite de la religieuse la plus fascinante (même si j'ai dû mal à comprendre pourquoi on l'appelle Mère alors qu'elle n'est pas la plus haut gradée dans l'ordre), elle n'est cependant pas la seule à livrer une excellente prestation. En effet, dans le rôle de la seconde prieure qui ne s'attendait pas à être élue, Alida Valli se révèle incroyablement lumineuse. Comme pour sa collègue, je n'ai jamais pu me prétendre entièrement friand des performances de cette actrice à la filmographie non moins exemplaire (Le Troisième Homme, Senso), mais son année 1960 au cinéma français me plaît décidément beaucoup. J'ai effectivement pas mal de sympathie pour sa chirurgienne complice et sinistre des Yeux sans visage, et la voir rayonner de bonté et de douce fermeté à l'opposé du spectre dans une figure angélique crée un contraste vraiment surprenant. La fin est notamment exemplaire: alors qu'elle est précisément la dernière à monter à l'échafaud, elle doit accompagner chacune de ses filles jusques aux marches, et elle le fait en suggérant à la fois la tristesse de les voir mourir, et l'espoir qui l'habite puisqu'elle croit objectivement à l'au-delà. Ces sentiments sont très beaux à observer sur son visage. Parmi les autres personnages marquants, Madeleine Renaud se révèle toujours trop théâtrale à mon goût quoiqu'on ressente bien sa douleur physique dans le premier acte, et la bien nommée Hélène Dieudonné compose une religieuse poignante par sa surdité, alors qu'elle observe ses compagnes mourir sous le couperet sans comprendre que c'est à présent à son tour de monter.

Le Dialogue des carmélites reste donc un bon film, dont je n'avais jamais entendu parler avant d'explorer la filmographie de Jeanne Moreau, et qui est à la fois touchant et divertissant même si d'aucuns lui reprocheront peut-être son classicisme. Les religieuses ont heureusement toutes une personnalité assez prononcée pour rendre l'ensemble intéressant, même si leur pureté est trop ostensiblement glorifiée par contraste avec un révolutionnaire sur lequel le scénario force un peu trop le trait, mais l'on regrettera tout de même quelque chose, le fait que les réalisateurs n'aient pas gardé l'idée de l'opéra de ce cantique choral dont chaque voix s'arrête net au fur et à mesure du massacre. Ici, malgré la beauté du geste impliquant Alida Valli, on a l'impression que seule la religieuse appelée sur l'échafaud chante, alors qu'il aurait été nettement plus poignant de garder la seule bonne idée de l'opéra. Parce que ça reste un bon film où plusieurs personnages m'ont captivé, je garde le bon 7/10 de départ, mais la mise en scène aurait dû oser aller plus loin.

jeudi 22 juin 2017

Mad About Durbin


N'ayant pas fini d'établir l'inventaire des chansons de Danielle Darrieux, je commence par une autre DD célèbre, la plus belle voix lyrique de l'histoire d'Hollywood, la divine Deanna Durbin! Voici la liste, que j'espère exhaustive, de toutes ses chansons, enregistrées entre 1935 et 1948.

1935

Concerts radiophoniques

"One Night of Love" (musique: Victor Schertzinger, paroles: Gus Kahn), chanson introduite un an plus tôt dans le film éponyme de Victor Schertzinger. Tout juste recrutée par la MGM, Deanna y est citée par Wallace Beery sous son vrai nom: Edna Mae Durbin. Une version remastérisée sans l'interview est également à écouter. Pour son âge, la voix fait effectivement preuve d'une grande maturité qui n'aurait pas déparé dans la biographie d'Ernestine Schumann-Heink qu'on prévoyait de tourner.

"Il bacio" (Le baiser) (musique: Luigi Arditi, paroles: Gottardo Aldighieri), chanson publiée en 1860. Deanna l'interprète pour la première fois lors d'un concert radiophonique avec l'orchestre de Jacques Renard. Eddie Cantor introduit la jeune artiste, à présent avec son nouveau prénom, en précisant qu'elle a treize ans, laissant supposer que cet enregistrement eut lieu avant le 4 décembre de l'année. C'est avec cet air que Deanna convainquit la MGM de lui faire signer un contrat, qui ne fut pourtant pas renouvelé, par erreur à ce qu'il paraît.

"Italian Street Song" extrait de Naughty Marietta (musique: Victor Herbert, livret: Rida Johnson Young), opérette créée à Syracuse, New York, le 24 octobre 1910. Deanna y est également introduite par Edward Bowes sous son pseudonyme, et présentée comme ayant treize ans. Les aigus sont impressionnants, surtout considérant son jeune âge.


1936

Concerts radiophoniques
"Carmena Waltz" (musique: Henry James Lane-Wilson, paroles: Ellis Walton), chanson publiée vers 1914 et interprétée par Deanna dans la Radio Show d'Eddie Cantor au moment du tournage de Three Smart Girls. D'après ce que l'on sait de la chanson, la cadence (au sens d'improvisation par un soliste pendant un silence de l'orchestre, cf 2:30 sur la vidéo) a été raccourcie par rapport à ce qui était prévu sur la partition. Autrement, dommage que la prise de son ne soit pas meilleure, car ajoutée à une articulation pas toujours très claire, ça confère une lourdeur minime à un ensemble pourtant bien maîtrisé, en particulier lors d'aigus heureusement légers.

"Kiss Medley" (auteurs?). Chantée par Deanna avec l'orchestre de Jacques Renard lors d'une émission du 5 décembre 1936.

"Someone to Care for Me" (musique: Bronislau Kaper et Walter Jurmann, paroles: Gus Kahn), chanson introduite dans Three Smart Girls et interprétée quelques jours avant la première du film dans une émission du 6 décembre 1936, avec l'orchestre de Jacques Renard.


Every Sunday

Court métrage de Felix Feist, produit par George Sidney (MGM), écrit par Mauri Grashin et sorti le 28 novembre 1936. Avec Judy Garland. C'est l'une des rares apparitions de Deanna sur lesquelles je n'arrive pas à mettre la main. Ce court métrage raconte apparemment l'histoire de deux jeunes chanteuses qui parviennent à sauver un concert en attirant le public qui faisait défaut à l'orchestre jusqu'à présent. Ça reste surtout connu pour avoir servi de bout d'essai aux deux jeunes filles.

"Il bacio" (musique: Luigi Arditi, paroles: Gottardo Aldighieri) (1860). Je ne trouve aucune trace de sa reprise dans ce court métrage là, mais ceux qui l'ont entendue disent que c'est sa moins bonne version sur les trois ou quatre connues.

"Americana" (musique: Con Conrad, paroles: Herb Magidson). Souvent renommée "Opera vs. Jazz", cette chanson est d'abord interprétée par Judy Garland, avant d'être reprise en duo avec Deanna. Voir les deux futures stars ensemble permet d'esquisser un début de comparaison malgré leurs styles très différents, et honnêtement, je préfère réellement Deanna, qui fait déjà montre d'une grande maîtrise technique tout en dominant le duo par ses hautes notes. Ce qui ne veut pas dire que Judy démérite, mais sa voix n'a jamais été ma tasse de thé, sans compter que sa partie reste de toute façon moins exigeante que celle de sa consœur, quoique le mariage du swing et de l'opéra soit franchement réussi en soi. Les critiques s'accordent généralement à préférer Judy Garland dans l'ensemble du court métrage, à vérifier. A noter enfin que les sources divergent sur la composition des chansons du film: Conrad et Magidson sont parfois crédités pour Waltz with a Swing, tandis que Americana est parfois attribuée à Roger Edens.


Three Smart Girls

A partir de maintenant, tous les films de cet article furent produit par les studios Universal, qui récupérèrent Durbin après sa malencontreuse éviction de la MGM. Réalisé par Henry Koster, ce premier opus écrit par Adele Comandini sortit le 20 décembre 1936. L'histoire raconte les complots de trois adolescentes afin d'empêcher leur père (Charles Winninger) de se remarier avec une croqueuse de diamants (Binnie Barnes), affublée d'une mère envahissante (Alice Brady), dans l'espoir de réunir leurs parents autour d'elles. L'une de leurs trouvailles consiste entre autres à présenter la marâtre à un comte hongrois supposément richissime, afin de détourner son attention vers de plus hautes sphères, mais rien ne se passe évidemment comme prévu puisque les trois sœurs confondent le comte avec un pauvre innocent qui ne demandait rien (Ray Milland).

"My Heart Is Singing" (musique: Bronislau Kaper et Walter Jurmann, paroles: Gus Kahn). Cette chanson ouvre le film, immédiatement après le générique qui vient de se conclure par l'introduction spéciale de la nouvelle sensation du studio, Miss Deanna Durbin! Le metteur en scène nous gratifie d'entrée de jeu d'un gros plan sur son visage en pleines vocalises, le tout sur un lac montagnard des plus charmants. Les hautes notes sont remarquables pour une jeune fille de quatorze ans, mais la diction est à revoir: on ne comprend rien de ce qu'elle raconte dans les aigus! Le charme opère malgré tout, et ça reste une très belle façon d'introduire la coqueluche de l'année aux yeux de millions de spectateurs.

"Someone to Care for Me" (musique: Bronislau Kaper et Walter Jurmann, paroles: Gus Kahn). D'abord chanté, péniblement, par Binnie Barnes, heureusement interrompue par Deanna qui démonte son lit à l'étage au-dessus! Celle-ci en profite pour reprendre l'air sur quelques vocalises afin d'apprendre à son père comment bien chanter les hautes, avant d'interpréter l'intégralité de la chanson de façon mélodieuse. Pendant le tournage, une version studio fut enregistrée à son tour, "Someone to Care for Me", le 15 décembre 1936, et diffusée sur un disque Decca 1097 sorti la même année.

"Il bacio" (musique: Luigi Arditi, paroles: Gottardo Aldighieri) (1860). Deanna reprend sa chanson-phare au poste de police, puisque, déterminée à retarder le mariage avec l'intrigante, elle entend bien rester introuvable et n'être pas ramenée chez son père. Pour ce faire, elle fait croire aux policiers qu'elle est une cantatrice voyageant incognito avant ses débuts au Met! Et pour preuve, elle leur chante l'air que voici. L'introduction a cappella diffère des autres versions, mais c'est parfait. C'est aussi beau à l'écoute que l'enregistrement en studio opéré la même année, "Il bacio", opéré le 15 décembre 1936 et sorti sur le même disque Decca 1097 que "Someone to Care for Me". Quoi qu'il en soit, la qualité du son fait vraiment honneur à la chanteuse, qui a d'ailleurs une voix encore plus harmonieuse et posée sur les plus hautes notes que dans la version radiophonique de 1935.


1937

One Hundred Men and a Girl

Film d'Henry Koster, sorti le 5 septembre 1937, avec un scénario de Charles Kenyon, Bruce Manning et James Mulhauser sur une idée originale de Hanns Kräly selon laquelle, déçue de voir son père (Adolphe Menjou) et ses compagnons musiciens rester inactifs car pas assez connus, Deanna remue ciel et terre pour trouver un sponsor ayant de quoi financer les représentations de l'orchestre. Hélas! Les promesses en l'air de la toujours très évaporée Alice Brady ne suffisent pas à convaincre son mari, le richissime Eugene Pallette, qui n'entend gérer que des célébrités. Deanna décide alors de tenter l'impossible: convaincre Leopold Stokowski en personne de diriger l'orchestre! Mais des répétitions dans un garage à vélos à celles du Metropolitan, le chemin est long...

"It's Raining Sunbeams" (musique: Friedrich Hollaender, paroles: Sam Coslow). Interprétée dans la joie et la bonne humeur, alors que Deanna croit que son père a décroché un poste dans l'orchestre de Stokowski et qu'elle entend fêter ça avec tous les locataires de l'immeuble. Le 23 septembre 1937, la jeune artiste a également enregistré une version studio, "It's Raining Sunbeams", sortie la même année sur un disque Decca 1471.

"A Heart That's Free" (musique: Alfred Robyn, paroles: Thomas Railey). Deanna chante cet air contre son gré, alors qu'elle préférerait manger (!), afin d'entrer dans les bonnes grâces d'Alice Brady dont elle espère recevoir un soutien financier et qui insiste justement pour l'entendre.

"Alleluja" (extrait final du motet Exultate, jubilate (K.165) composé par Wolfgang Amadeus Mozart et créé le 17 janvier 1773 à l'église des Théatins de Milan). Deanna chante cet air par surprise alors que Leopold Stokowski s'apprête à le faire jouer de façon instrumentale par son orchestre, car c'est le seul moyen qu'elle trouve pour lui parler et éviter ainsi d'être éjectée du théâtre. Et très franchement, je trouve cette interprétation supérieure à certaines données par les plus grandes cantatrices contemporaines, qui arrivent parfois trop brusquement sur les dernières mesures. A noter que les archives mentionnent un enregistrement en studio, "Alleluja", du 5 avril 1939, sorti sur un Decca 3061B où Deanna est accompagnée par l'orchestre de Charles Previn.

"Libiamo ne' lieti calici" (musique: Giuseppe Verdi, livret: Francesco Maria Piave), opéra créé le 6 mars 1853 à La Fenice de Venise. Dans ce qui deviendra la principale marque de fabrique de Deanna Durbin, on conclut le film par un grand air d'opéra, en l'occurrence joué par l'orchestre des musiciens ayant (enfin!) trouvé un emploi et dirigé en conséquence par Leopold Stokowski. C'est très sincèrement remarquable, même si des interprétations plus modernes ont fini par surpasser celle-ci, et l'on admirera une fois de plus la maîtrise technique et la beauté des aigus de a chanteuse prodige. A noter l'existence d'une version studio, "Libiamo ne' lieti calici", enregistrée le 23 septembre 1937 et publiée sur le même Decca 1471 que It's Raining Sunbeams".

Bonus: Deanna fait momentanément semblant de diriger un orchestre sur "For He's a Jolly Good Fellow", toute joyeuse d'avoir, le croit-elle, trouvé un producteur prêt à financer son projet.


1938

Mad About Music

Film de Norman Taurog, sorti le 27 février 1938, d'après un scénario de Felix Jackson et Bruce Manning lui même basé sur une histoire originale de Marcella Burke et Frederick Kohner. Deanna y incarne Gloria Harkinson, élève d'un pensionnat en Suisse abandonnée par une mère distante (Gail Patrick) poursuivant une carrière de star, et qui, se sentent seule, fait croire à ses camarades qu'elle a un père explorateur. Devant les soupçons de sa Némésis (Helen Parrish), Gloria demande au premier homme qui descend d'un train (Herbert Marshall), de se faire passer pour le père tant recherché, dans l'espoir de recomposer une famille complète!

"I Love to Whistle" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Harold Adamson). C'est le thème principal du film, qu'on entend au générique d'ouverture et à plusieurs reprises au cours de l'intrigue. Deanna l'introduit tout d'abord en compagnie de ses camarades lors d'une excursion à bicyclettes au cœur de la campagne helvétique, tyrolienne à l'appui. La mélodie guillerette et le chœur féminin tout à fait d'époque préfigurent d'ailleurs la chanson Disney de Song of the South, mais en mieux. Après coup, Deanna en change les paroles pour s'adapter à diverses situations, entre punition au tableau et contentement extrême d'avoir trouvé un père adoptif. La chanson est enfin reprise à l'harmonica par Cappy Barra and His Harmonica Band, auxquels se joint Deanna dans l'allégresse générale. J'avoue avoir un faible pour le moment où les jeunes filles réalisent que l'orchestre se met à jouer leur mélodie fétiche dans un grand "Aaaaaah!" très communicatif!

"Ave Maria" (musique: Charles Gounod, d'après le premier prélude du premier livre du Clavier bien tempéré de Bach, paroles: texte latin de la prière éponyme), chantée pour la première fois sur cette mélodie 24 mai 1859. Deanna reprend cet air célébrissime avec un chœur de garçons, crédités comme les Petits Chanteurs de Vienne, lors de la messe dominicale, non sans avoir au préalable flirté avec un élève de l'école militaire dans le clocher de l'église! Puis elle en a enregistré une version studio le 5 avril 1939, "Ave Maria", sortie sur la face B d'un Decca 2757 puis sur la face A d'un Decca 25295.

"Chapel Bells" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Harold Adamson). Deanna y est accompagnée par Herbert Marshall, un pauvre compositeur qui ne demandait rien et qui doit se faire passer pour un chasseur de girafes devant tout le pensionnat! Dommage que la prise de son ne soit pas meilleure sur ce film, car la voix de Deanna sur cette mélodie se révèle particulièrement angélique, dans ce qui reste l'une de ses meilleures chansons originales.

"A Serenade to the Stars" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Harold Adamson). Deanna en chante une première version écourtée par les larmes qui lui montent aux yeux, dans la chambre parisienne d'Herbert Marshall, avant de reprendre la chanson en entier devant tous les protagonistes lors du finale.


That Certain Age

Film d'Edward Ludwig, sorti le 7 octobre 1938, d'après un scénario de Bruce Manning basé sur une histoire originale de Frederick Hugh Herbert. On y suit les déboires du pauvre Melvyn Douglas qui, après avoir été blessé lors d'un reportage en Espagne, se voit contraint de se reposer dans la dépendance de son employeur. Sauf que c'est précisément dans ce logement confortable au fond du parc que Deanna et sa troupe répètent leur nouvelle pièce! Décidés à ne pas céder un pouce de terrain, les jeunes comédiens sont prêts à tout pour faire fuir l'encombrant invité, au gré de péripéties qu'on devine aussi subversives que les déconvenues de Julie Andrews dans La Mélodie du bonheur...

"That Certain Age" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Harold Adamson). Deanna fait apparemment partie du chœur qui interprète cette chanson lors du générique d'ouverture, puis lors de la reprise finale par les membres de la troupe dans les toutes dernières secondes, bien que l'on n'y distingue pas spécialement sa voix.

"Be a Good Scout" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Harold Adamson). Interprété devant les jeunes recrues de l'école militaire avec lesquelles Deanna tente de monter son spectacle. La mélodie est entraînante, mais c'est loin d'être ce que la jeune artiste a chanté de plus mémorable.

"Les Filles de Cadix" (composée par Léo Delibes en 1874). Version studio "Les Filles de Cadix" enregistrée le 21 décembre 1938, avec l'orchestre de Charles Previn, et sortie en 1939 comme face A d'un Decca 2274. C'est la première chanson qui doit figurer dans la pièce, d'où le besoin d'espace pour pouvoir répéter devant tous les figurants. Pour le coup, l'interprétation est un peu aigre, et le problème d'accent rend le phrasé difficilement compréhensible.

"Vocalises". Déterminée à faire fuir Melvyn Douglas de la maison d'amis, Deanna fait semblant de chanter très faux avec des "Maaaa", des "Raaaa" et même des aboiements!

"You're as Pretty as a Picture" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Harold Adamson), un air repris comme thème instrumental lors de la chevauchée. C'est à ce moment là que Melvyn Douglas réalise que Deanna chante en réalité très bien, tandis que l'échange de regards en dit long sur l'intrigue amoureuse qui se prépare.

"Daisy Bell" (chanson populaire composée par Harry Dacre en 1892, et également connue sous le titre "Bicycle Built for Two", suivant la dernière phrase du refrain). Deanna entonne cet air en compagnie de Melvyn Douglas alors qu'ils pédalent sur un même vélo dans la campagne.

"My Own" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Harold Adamson). That Certain Age a beau être le moins bon film de Durbin parmi les cinq tournés pendant les années 1930, c'est tout de même ici qu'on y trouvera la plus belle chanson originale introduite par la star. Ça sert en outre très bien la narration puisque Deanna destine ces paroles à Melvyn Douglas, alors que Jackie Cooper passe à la fenêtre derrière elle. Cette version filmée est plus courte, sans la partie instrumentale et avec une introduction plus aiguë, mais le très bel enregistrement studio du 21 décembre 1938, "My Own", où Deanna est accompagnée de l'orchestre de Charles Previn, vaut son pesant d'or. Publié comme face B du Decca 2274, en complément des "Filles de Cadix".

"Je veux vivre" tiré de Roméo et Juliette (musique: Charles Gounod, livret: Jules Barbier et Michel Carré), opéra créé le 27 avril 1867 au Théâtre-Lyrique de Paris. Là encore, on conclut le film en beauté avec un aria tout à fait célèbre, mais l'accent français ne passe décidément pour un public francophone. De même certains aigus sont également assez peu mélodieux, comme dans l'interprétation de Delibes, même si Deanna se rattrape heureusement sur les mesures finales.


1939

Three Smart Girls Grow Up

Film d'Henry Koster, sorti le 24 mars 1939, sur un scénario original de Bruce Manning et Felix Jackson. Dans cette suite du film de 1936, Deanna tente à présent de faire le bonheur de ses sœurs aînées en intervenant dans les affaires de cœurs. Sauf qu'elle comprend tout de travers, de quoi créer bien des quiproquos!

"Invitation to the Dance" (Aufforderung zum Tanz), valse de Carl Maria von Weber composée en 1819, et adaptée vocalement pour le film par Charles Henderson. Deanna y est accompagnée par l'orchestre de Charles Previn, mais le seul lien disponible coupe l'introduction fredonnée par l'actrice, alors que son père s'étonne qu'elle connaisse les paroles de cette chanson. C'est l'une des reprises que je préfère dans la discographie de l'artiste.

"La capinera" (aria composé par Julius Benedict). Interprété par Deanna lors des répétitions au conservatoire, alors qu'elle contorsionne sa bouche dans tous les sens pour pouvoir parler à l'un de ses amis sans être vue du chef d'orchestre. Visuellement, c'est hilarant, et musicalement, c'est charmant, même si la prise de son ne rend pas du tout justice au travail de la chanteuse.

"The Last Rose of Summer" (chanson traditionnelle irlandaise sur un poème de Thomas Moore, notoirement rendue célèbre par Beethoven, Mendelssohn et d'autres grands compositeurs). Deanna reprend cet air dans le bureau de son père, lors d'une séquence émouvante où elle tient admirablement le point d'orgue. Version studio avec introduction musicale, "The Last Rose of Summer" enregistrée le 7 juillet 1939 avec l'orchestre de Charles Previn, et sortie comme face A d'un Decca 2758 en 1940.

"Because" (musique: Guy d'Hardelot, paroles: Edward Teschemacher), chanson publiée en 1902. C'est la séquence finale du film, où après s'être arrangée pour redresser toutes les situations, Deanna ne manque pas de conclure en beauté avec cette reprise. Version studio, "Because", enregistrée le 7 juillet 1939; toujours avec l'orchestre dirigé par Charles Previn, et sortie comme face A d'un Decca 2757, puis comme face B d'un Decca 25295, avec l'Ave Maria de Mad About Music. Quelque chose d'un peu lourd dans l'articulation me dérange légèrement, même si Deanna fait preuve d'une excellente maîtrise du souffle sur les dernières mesures.


First Love 

Film d'Henry Koster sorti le 10 novembre 1939. Ecrit par Lionel Houser et Bruce Manning, d'après une idée d'Henry Myers et Gertrude Purcell elle-même basée sur Cendrillon. Deanna y incarne une orpheline recueillie par ses cousins richissimes, bien que leur fille de son âge (Helen Parrish) la déteste. Malgré tout déterminée à aller au bal après que la méchante cousine a déchiré sa robe, Deanna peut compter sur l'aide d'une fée inattendue, ayant les traits... d'Eugene Pallette!

"Home, Sweet Home" (musique: Henry Bishop, paroles: John Howard Payne) aria tiré d'un opéra de Payne et Bishop, Clari, créé à Londres en 1823. C'est la chanson que Deanna interprète au pensionnat, après la remise des diplômes, quand vient le temps des adieux à toutes ses camarades. Version studio, "Home, Sweet Home", enregistrée le 7 juillet 1939, avec l'orchestre de Charles Previn, et sortie en 1940 comme face B d'un Decca 2758, en compagnie de La Dernière Rose de l'été. Le tempo largo rend le tout parfaitement mélancolique, bien que je n'aime pas énormément cette chanson, qui ressemble précisément trop à La Dernière Rose mais en moins dynamique.

"Amapola" (chanson composée par José María Lacalle García, dit Joseph Lacalle, en 1920). Deanna en chante une version une fois arrivée dans sa nouvelle maison. Version studio, "Amapola", enregistrée le 28 février 1940 et sortie la même année comme face A d'un Decca 3063. La mélodie espagnole est absolument charmante, Deanna garde bien le rythme avec en outre d'assez jolis aigus, même si certains auraient mérité d'être encore plus légers.

"Spring in My Heart" (inspirée d'une composition de Johann Strauss, musique adaptée par Hans Salter, paroles ajoutées par Ralph Freed). Deanna chante cet air au bal, en s'imaginant que c'est elle qui est invitée à chantée à la place d'une cantatrice de renom complètement dépassée par les événements! Version studio, "Spring in My Heart", enregistrée la même année et sortie comme face B d'un Decca 15044. L'aigu final est un tout petit trop strident, mais autrement, cette opérette viennoise fonctionne à merveille.

"Un bel di vedremo" extrait de Madame Butterfly (musique: Giacomo Puccini, livret: Luigi Illica et Giuseppe Giacosa), opéra créé le 17 février 1904 à la Scala de Milan. Dans une grande tradition durbinienne, cet aria célébrissime mais traduit en anglais sert de finale, juste avant que le prince charmant ne vienne délivrer la pauvre héroïne des griffes du célibat. Version studio, "One Fine Day", sortie comme face A du Decca 15044, en compagnie de la mélodie de Strauss. Je trouve honnêtement cette interprétation très datée: la chanteuse appuie un peu trop lourdement sur certaines notes et reste trop stridente sur la dernière.


1940

It's a Date

Film de William Seiter sorti le 22 mars 1940, sur une histoire originale de Ralph Block, Jane Hall et Frederick Kohner, scénarisé par Norman Krasna. On y suit les rapports conflictuels entre un étoile du théâtre américain (Kay Francis) et de sa fille, toutes deux en concurrence pour un même rôle et... un même homme. Devinez qui gagnera quoi à la fin...

"Love Is All" (musique: Pinky Tomlin, paroles: Harry Tobias). Je n'ai pas pu revoir le film avant cet article, mais c'est me semble-t-il la première chanson de Deanna, destinée à montrer la complicité existant malgré tout entre la mère et la fille, avant que ne vienne le temps des conflits. Version studio, "Love Is All", enregistrée le 28 février 1940 et sortie comme face B d'un Decca 3063, en compagnie de l'Amapola de First Love. Deanna l'interprète de façon tendre, même si le rythme un peu trop lent à mon goût est loin d'en faire ma chanson préférée.

"Loch Lomond" (chanson traditionnelle écossaise également connue comme The Bonnie Banks o' Loch Lomond). Chantée par Deanna lors d'une répétition. Version studio, "Loch Lomond", enregistrée le 28 février 1940 et sortie comme face B d'un Decca 3062, mais dont le seul lien disponible de nos jours semble tronqué, car on ne comprend pas bien pourquoi les producteurs n'auraient pas gardé le second couplet. Quoi qu'il en soit, en grand amateur de mélodies écossaises du XVIIIe siècle (Auld Lang Syne, Sweet Afton et compagnie), j'adore sans surprise celle de Loch Lomond. Deanna en rend une bien jolie version, mélancolique à souhait, avec cependant un "Lo" un peu trop appuyé à la fin.

"Quando me'n vo'" extrait de La Bohème (musique: Giacomo Puccini, livret: Giuseppe Giacosa et Luigi Illica), opéra créé le 1er février 1896 au Teatro Regio de Turin. Version studio sans les applaudissements de départ, "Quando me'n vo", enregistrée le 28 février 1940 et sortie comme face A du Decca 3062, avec "Loch Lomond". Pour le coup, ça ne fonctionne pas du tout: l'aria de Musette demande une tessiture légère, mais les harmoniques plus profonds de la voix de Deanna la mettent d'entrée de jeu en difficulté sur les "la" les plus hauts, d'où l'impression qu'elle s'égosille pour les atteindre.

"Ave Maria" (hymne composé par Franz Schubert en 1825, sous le nom officiel de Ellens Gesang III, Hymne an die Jungfrau, D839, op. 52 n° 6). C'est évidemment le finale du film, et c'est fort mélodieux, avec un chœur ajoutant au charme de l'ensemble. A noter l'existence d'une version studio sans chœur, "Ave Maria", également enregistrée le 28 février 1940, et sortie comme face A d'un Decca 3061.


Spring Parade

Film d'Henry Koster sorti le 27 septembre 1940. C'est le remake de Frühjahrsparade, un film germanique de Géza von Bolváry déjà produit par la Universal en 1934. Deanna y incarne une fermière hongroise qui, après s'être entendu dire la bonne aventure, se retrouve à travailler dans une boulangerie viennoise, où elle fait la rencontre d'un jeune militaire rêvant de devenir compositeur. Et comme celui-ci ne reçoit aucune aide de la part des officiers, Deanna décide de viser plus haut encore en glissant l'une de ses partitions dans l'un des gâteaux qu'elle doit livrer à l'empereur!

"It's Foolish But It's Fun" (musique: Robert Stolz, paroles: Gus Kahn). C'est la première chanson du film, lorsque Deanna conduit sa chèvre au marché. Version studio "It's Foolish but It's Fun" enregistrée le 29 août 1940 et sortie comme face B d'un Decca 3653 en 1941. La mélodie est entraînante mais je crois qu'on peut difficilement faire plus kitsch: le costume de fermière (!), les pieds nus sur le chemin (!), le fichu sur la tête (!), les paroles ridicules et la chèvre récalcitrante (!)... On admirera ainsi le courage de l'actrice de s'être prêtée au jeu!

"Blue Danube Dream" (célébrissime valse viennoise composée par Johann Strauss II en 1866, sous le nom exact: An der schönen blauen Donau, op. 314). La musique fut adaptée pour le film par Hans Salter, Gus Kahn s'étant chargé d'ajouter des paroles. Porté par la voix délicieusement lyrique et pour le coup assez légère de la star, ce voyage vers la ville en devient onirique, telle une valse nocturne dans des jardins palatiaux.

"When April Sings" (musique: Robert Stolz, paroles: Gus Kahn). C'est le thème principal qu'on entend dès l'ouverture, et que Deanna reprend lors d'un concert en plein air dans une ambiance viennoise à souhait. Version studio, "When April Sings" encore plus parfaitement légère, enregistrée le 29 août 1940 et sortie sur la face A d'un Decca 3414.

"Waltzing in the Clouds"(musique: Robert Stolz, paroles: Gus Kahn). Avant de servir de conclusion grandiose au palais impérial, cette chanson est interprétée en duo avec Robert Cummings lors du concert en plein air où Deanna venait déjà de chanter "When April Sings". Version studio, "Waltzing in the Cloud", enregistrée le 29 août 1940 et sortie sur la face B du Decca 3414, en complément de l'autre chanson d'inspiration viennoise. Ces deux airs servent merveilleusement bien le film, et la voix de Deanna est absolument idéale pour ce type d'opérettes entraînantes.

Bonus: L'artiste accomplie danse sur des czardas traditionnelles lors du marché, quand bien même cela lui donne le tournis.


1941

Enregistrements

"O Come, All Ye Faithful" (Adeste Fidelis), chanson traditionnelle du répertoire religieux datant probablement du XVIIe siècle. Enregistrée par Deanna le 29 septembre 1941 avec l'orchestre de Charles Previn et le Male Octet and Organ, et sortie sur la face A d'un Decca 18198. C'est reposant à souhait, et bien sûr admirablement bien chanté.

"Silent Night" (Stille Nacht, heilige Nacht), chant de Noël autrichien composé en 1818 par Franz Xaver Gruber, sur des paroles de Joseph Mohr. Ce n'est pas la version chantée dans Lady on a Train: il s'agit bien d'un enregistrement du 29 septembre 1941 avec le même orchestre que précédemment, sorti sur la face B du Decca 18198 consacré aux chants de Noël. Deanna a fait mieux encore quatre ans plus tard dans Lady on a Train, mais c'est déjà assez merveilleux en l'état.

"My Hero" (Mein Held!) extrait de l'opérette Der tapfere Soldat ou Der Praliné-Soldat (The Chocolate Soldier) (musique: Oscar Strauss, livret: Rudolf Bernauer et Leopold Jacobson), créée le 14 novembre 1908 au Theater an der Wien. Enregistré le 9 octobre 1941 et sorti comme face A d'un Decca 18199 consacré aux opérettes du début du siècle. C'est très beau, je n'ai rien à ajouter.

"Kiss Me Again" extrait de Mlle. Modiste (musique: Victor Herbert, livret: Henry Blossom), opérette créée le 25 décembre 1905 au Knickerbocker Theatre de Broadway. Enregistré le 29 septembre 1941 avec l'orchestre de Victor Young, et sorti sur la face B du Decca 18199 cité à l'instant. C'est une fois de plus très joli, sans que ce soit l'interprétation la plus marquante de Deanna.

"Cielito lindo": chanson populaire mexicaine composée par Quirino Mendoza y Cortés et publiée en 1882. C'est l'air mexicain le plus connu à l'étranger, notamment popularisé par son usage abusif chez les Looney Tunes, bien que la mélodie pourrait être plus ancienne et dériver d'une copla espagnole. Enregistré le 9 octobre 1941 avec l'orchestre de Victor Young, et sorti sur la face A d'un Decca 18216. C'est la première chanson de Deanna que je découvris, et je fus immédiatement sous le charme: l'orchestration est délicieuse et dynamique, tandis que la voix se fait légère à souhait sur le refrain au multiples "Ay, ay, ay, ay"!

"La estrellita": chanson mexicaine composée par Manuel Ponce en 1912. Enregistrée le 9 octobre 1941 avec l'orchestre de Victor Young, et sortie sur la face B du Decca mexicain 18216. C'est nostalgique à souhait, mais je préfère tout de même l'entraînant Cielito lindo du même disque.


Nice Girl?

Film de William Seiter, sorti le 21 février 1941 et adapté d'une pièce de Phyllis Duganne. Deanna y joue le rôle d'une jeune fille modèle qui commence à ne plus supporter d'être considérée comme parfaite par l'ensemble de la ville, alors que personne ne se soucie vraiment d'elle, y compris son fiancé qui lui préfère sa voiture. L'arrivée inopinée d'un collègue de son père sera l'occasion pour la trop sage héroïne de pimenter un peu sa vie, à gré de quiproquos impliquant des pommes de terre et des pyjamas trop luxueux pour être honnêtes...

"Perhaps" (musique: Aldo Franchetti, paroles: Andrés de Segurola). Version studio "Perhaps" enregistrée le 22 janvier 1941 et sortie sur la face B d'un Decca 3654. C'est la première chanson du film, que Deanna interprète en nourrissant ses lapins et autres animaux de basse-cour, d'une manière que Blanche-Neine n'aurait pas désavouée! Ce n'est pas sa meilleure chanson, mais ça sert bien le propos pour illustrer la gentillesse trop prononcée d'une héroïne qui n'attend que de se rebeller!

"Beneath the Lights of Home" (musique: Walter Jurmann, paroles: Bernie Grossman). Version studio "Beneath the Lights of Home" enregistrée le 22 janvier 1941, et sortie sur la face A d'un Decca 3653. Dans le film, Deanna est accompagnée par tous les membres de sa famille qui jouent chacun d'un instrument à cordes (piano pour Deanna, mandoline pour son père, guitare et violon pour ses sœurs). Ce n'est pas non plus ce qu'elle a chanté de plus mémorable, mais ça illustre une fois de plus la pureté de l'héroïne avant la tempête, avec en prime des ferments patriotiques en ces temps troublés.

"Old Folks at Home" (chanson composée par Stephen Foster en 1851). Version studio sans les applaudissements de départ, "Old Folks at Home", enregistrée le 22 janvier 1941, et sortie comme face B d'un Decca 3655. Chantée par Deanna lors de la fête nationale, au bord d'un lac aux multiples lampions lumineux. C'est parfaitement nostalgique, et l'on a bien le motif de l'eau pour restituer les méandres paisibles de la célèbre S(u)wanee River.

"Love at Last" (chanson composée par Eddie Cherkose et Jacques Press). Version studio "Love at Last" enregistrée le 22 janvier 1941, et sortie comme face A du Decca 3654, avant "Perhaps". C'est une fois de plus tendre et mélancolique, et bien entendu admirablement bien interprété par Durbin, mais décidément, ni le film ni les chansons n'arrivent à me captiver.

"Thank You America" (musique: Walter Jurmann, paroles: Bernie Grossman). Version studio, "Thank You, America", enregistrée le 22 janvier 1941 et sortie comme face A du Decca patriotique 3655. Annonçant la future entrée en guerre des Etats-Unis, Deanna interprète cette chanson lors de la convention finale aux nombreux drapeaux tricolores. Comme souvent, j'adore les mélodies entraînantes des chansons patriotiques, même si les paroles sont rarement ma tasse de thé.

"There'll Always Be An England" (musique: Ross Parker et Harry Parr Davies, paroles: Hugh Charles). Fin alternative ajoutée pour le public anglais, chez qui la guerre faisait rage, et où Deanna était extrêmement populaire.  A choisir, je préfère le refrain dynamique américain.


It Started with Eve

Film d'Henry Koster, sorti le 26 septembre 1941, d'après une histoire originale de Hanns Kräly, scénarisée par Leo Townsend et Norman Krasna. Dans cet opus considéré comme le meilleur jamais tourné par la star, et pourtant loin d'être mon favori, Deanna doit se faire passer pour la fiancée d'un jeune homme de bonne famille dont le grand-père (Charles Laughton) est mourant. Sauf que celui-ci se remet bien vite en devenant le premier fan de la fausse fiancée, de quoi compliquer nettement les choses quand son petit-fils doit lui avouer que ce n'est pas elle qu'il doit épouser!

"When I Sing" extraits de La Belle au Bois dormant, ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski (opus 66), sur une chorégraphie de Marius Petipa, créé le 15 janvier 1890 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Ici, la musique est adaptée par Max Terr et Charles Previn, avec des paroles de Samuel Lerner. Deanna interprète cette chanson au rez-de-chaussée pour impressionner Charles Laughton: le résultat est hilarant, mais on me permettra de donner ma préférence aux versions symphoniques plus connues.

"Clavelitos" (chanson espagnole composée par Joaquín Valverde Sanjuán). Deanna la chante à Charles Laughton dans le salon. Une fois de plus, sa voix passe extrêmement bien sur les airs hispaniques, avec ses aigus très clairs et sa maîtrise des rythmes rapides.

"Goin' Home" thème du largo de la Symphonie n° 9 en mi mineur, B. 178 (op. 95) dite « Du Nouveau Monde » d'Antonín Dvořák, créée le 15 décembre 1893 au Carnegie Hall de New York. Adapté par William Arms Fisher en 1922. Dans la séquence la plus émouvante du film, Deanna chante cette reprise à Charles Laughton avant une conclusion plus heureuse au restaurant.

Bonus: Deanna joue quelques notes du concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski pour s'échauffer avant la valse de la Belle au Bois dormant. Puis elle danse une conga endiablée au restaurant!


1942

Enregistrements

"Annie Laurie", chanson écossaise mise en musique par Alice Scott en 1835, d'après un poème du XVIIIe siècle de William Douglas dont les paroles ont néanmoins été modifiées. Enregistrée le 29 septembre 1941 et sortie sur la face A d'un Decca 18297 en 1942. C'est franchement exquis: hormis l'articulation qui demandait plus de précision en bouche, la voix est mélodieuse à souhait et les notes joliment tenues, avec en prime une orchestration aérienne qui sied parfaitement à l'air de départ.

"Poor Butterfly" (musique: Raymond Hubbell, paroles: John Golden), chanson populaire inspirée par Madame Butterfly de Puccini et publiée en 1916. Enregistrée le 29 septembre 1941 et sortie sur la face B du Decca 18297 en 1942. C'est un très bon complément de la première chanson, mais je préfère malgré tout Annie Laurie.

"When the Roses Bloom Again" (probablement une reprise de la chanson de 1901 de Will Cobb et Jeff Tweedy, mais avec des paroles et une partition très différentes). Enregistrée le 4 février 1942 avec l'orchestre de Max Terr, et sortie sur la face A d'un Decca 18261.

"Love's Old Sweet Song" (musique: James Lynam Molloy, paroles: G. Clifton Bingham), chanson victorienne publiée en 1884, à ne pas confondre avec la valse de Sari ou La Vedette Tzigane de Kálmán. Enregistrée le 4 février 1942 avec l'orchestre de Max Terr, et sortie sur la face B du Decca 18261. Un disque manifestement nostalgique entre cette reprise et la chanson précédente.


1943

Enregistrements


"God Bless America" (paroles et musique: Irving Berlin), chanson patriotique composée en pleine première guerre mondiale en 1918, puis révisée par son auteur à la veille de la seconde, en 1938. Enregistré avec l'orchestre de Max Terr le 2 février 1942, et sorti sur la face B d'un disque Decca 18575 paru en 1943, avec une version studio de "Say a Prayer for the Boys Over There" de Hers to Hold sur la face A.


The Amazing Mrs. Holliday

Film de Bruce Manning sorti le 19 février 1943, d'après une histoire de Sonya Levien. Dans cette histoire bien ancrée dans l'air du temps, Deanna y incarne une jeune fille courageuse qui sauve de petits orphelins en Chine afin de les mettre à l'abri à San Francisco, où elle devra user d'un stratagème tortueux pour qu'une riche famille accepte de les prendre en charge, et leur éviter ainsi d'être expulsés vers les terres chinoises en feu.

"Mighty Lak' a Rose" (musique: Ethelbert Nevin, paroles: Frank Lebby Stanton), chanson américaine publiée en 1901. Une autre version existe ici. Deanna interprète cet air dans la nouvelle maison en Amérique, afin de rassurer les enfants tout juste arrivés après un voyage pénible.

"Lullaby" et "Chinese Lullaby". Ces deux berceuses inspirées par Rock-a-bye Baby sont contenues sur le même lien, toujours pour rassurer les enfants en temps de guerre.

"The Old Refrain", (musique: Fritz Kreisler, paroles: Alice Mattullath). A présent vêtue en grande dame, Deanna continue de charmer les enfants, et commence à charmer Edmond O'Brien, avec ce joli refrain.

"Vissi d'arte" extrait du deuxième acte de Tosca (musique: Giacomo Puccini, livret: Luigi Illica et Giuseppe Giacosa), opéra créé le 14 janvier 1900 au Teatro Costanzi de Rome. Dans un finale très patriotique vu l'époque, Deanna redonne le moral à tout le monde lors d'un concert devant le drapeau américain. Et comparée à ces reprises en demi-teinte de La Bohème et Tosca, cette interprétation est bien mieux maîtrisée par la jeune chanteuse, bien qu'on ne la sente pas tout à fait à l'aise à l'apogée de l'aria.


Hers to Hold

Film de Frank Ryan, sorti le 13 juillet 1943, d'après un histoire de Lewis Foster. Dans ce dernier volet de la trilogie des Smart Girls, une jeune Penny Craig désormais adulte connaît ses premiers émois amoureux, tout en s'engageant dans l'effort de guerre en fabricant toutes sortes de munitions.

"Séguedille" ("Près des remparts de Séville") extrait de Carmen (musique: Georges Bizet, livret: Henri Meilhac et Ludovic Halévy), opéra créé le 3 mars 1875 à l'Opéra-Comique. Dans ce qui constitue le seul moment digne d'intérêt du film, Deanna s'amuse avec l'ignoble intrus qui la suit partout en le poursuivant en chanson lors d'une réception. Au niveau du chant c'est très bon, avec un bon vibrato seyant bien à cette mélodie dansante, et l'on comprend mieux ce que Deanna raconte par rapport aux airs français précédents.

"Begin the Beguine" (paroles et musique: Cole Porter), chanson composée en 1935. La star interprète cette charmante chanson devant les soldats: un numéro rafraîchissant qui divertit au sein d'un film ennuyeux.

"Say a Prayer for the Boys Over There" (musique: Jimmy McHugh, paroles: Herb Magidson). Ne serait pas la même chanson que celle éponyme écrite par James Nall en 1918, dont je ne trouve nulle trace. Chantée une première fois devant les soldats, puis reprise à la fin. Version studio, "Say a Prayer for the Boys Over There" enregistrée le 30 septembre 1943 avec l'orchestre de Victor Young, et diffusée sur la face A d'un disque Decca 18575 paru la même année avec "God Bless America".

"Kashmiri Song" (musique: Amy Woodforde-Finden, paroles: Laurence Hope), chanson également connue sous le nom de "Pale Hands" et publiée en 1902. Deanna l'interprète à la fenêtre de sa chambre.


His Butler's Sister

Film de Frank Borzage sorti le 23 novembre 1943, d'après un scénario d'Elizabeth Reinhardt et Samuel Hoffenstein. Dans ce qui reste la principale ligne directrice des films de Deanna Durbin, on y suit le parcours d'une parfaite inconnue déterminée à devenir une cantatrice de renom dans la grande ville. Etre embauchée par son demi-frère comme femme de chambre d'un directeur d'opéra lui semble être un bon début, même s'il lui faudra bien des efforts pour que celui-ci daigne l'écouter, alors qu'elle fait tout son possible pour faire ses vocalises dans son appartement!

"In the Spirit of the Moment" (musique: Walter Jurmann, paroles: Bernie Grossman). Autre version, "In the Spirit of the Moment", sur laquelle je ne trouve aucune information. Deanna, qui cherche à impressionner le directeur d'opéra pour se faire repérer, entame cette chanson dans le train mais se trompe de compartiment!

"When You're Away" (musique: Victor Herbert, paroles: Henry Martyn Blossom). Dans une autre séquence amusante, Deanna tente désespérément de se faire entendre de Franchot Tone en chantant dans son salon, mais un quiproquo lui fait croire que le son vient de la radio!

"Russian Medley". Interprété par Deanna au restaurant slave, sur une musique arrangée par Max Rabinowitz. Rendons justice à l'internaute ayant pris la peine de détailler la liste des chansons sous la vidéo: la première est ainsi une chanson de 1911 intitulée "Эй , ямщик, гони-ка к Яру" ("Cocher, conduis-moi au Yar"), du nom d'un célèbre restaurant moscovite où l'on aimait faire la fête de mon temps. La seconde se nomme "Отвори потихонько калитку", une romance signifiant "Ouvre la porte doucement". La troisième est enfin une romance tzigane intitulée "Две гитары за стеной жалобно заныли", soit "Deux guitares se lamentaient derrière le mur".

"Nessun dorma" extrait de Turandot (musique: Giacomo Puccini, livret: Giuseppe Adami et Renato Simoni), opéra créé le 25 avril 1926 à la Scala de Milan. Un aria des plus célèbres, évidemment chanté lors d'un grand finale enchanteur, même si j'aurais préféré que Deanna le chante en italien. Quoi qu'il en soit, ça passe divinement dans sa tessiture, prouvant par-là même que l'artiste était en net progrès depuis ses premiers pas dans l'univers de Puccini.


1944

The Shining Future

Court métrage de LeRoy Prinz, sorti au printemps 1944, aussi connu comme Road to Victory, dans lequel des stars viennent chanter afin de vendre des obligations de guerre.

"Begin the Beguine" (chanson composée par Cole Porter en 1935). Ils ont inséré la séquence de Hers to Hold dans ce court métrage. Rien à ajouter.


Christmas Holiday

Film de Robert Siodmak, sorti le 28 juin 1944, d'après un roman de William Somerset Maugham scénarisé par Herman Mankiewicz. C'est le film du contre-emploi pour à peu près tout le monde ici, où Gene Kelly joue le rôle d'un homme déséquilibré étouffé par sa mère, alors que Deanna y incarne une entraîneuse de bar désabusée.

"Spring Will Be a Little Late This Year" (paroles et musique: Frank Loesser). Une version swing que Deanna interprète dès son introduction dans le bar. Et c'est honnêtement impressionnant, car elle swingue très bien, ce qui n'est pas chose facile quand on a une formation lyrique! Version studio plus langoureuse et pour le coup plus lyrique sur les hautes notes, "Spring Will Be a Little Late This Year", enregistrée le 15 décembre 1944 avec l'orchestre d'Edgar Fairchild et sortie sur un Decca 23397.

"Always" (paroles et musique: Irving Berlin), chanson composée en 1925. Deanna la chante au piano accompagnée par Gene Kelly, pendant que Gale Sondergaard tricote suspicieusement. Elle en reprend ensuite une version jazz au cabaret. Version studio, "Always", enregistrée le 15 décembre 1944 et sortie sur un Decca 23397.


Can't Help Singing

Film de Frank Ryan, sorti le 25 décembre 1944, sur un scénario de Lewis Foster et Frank Ryan, d'après un roman de Curtis et Samuel Warshawsky. On y suit le parcours d'une grande rebelle de bonne famille, bien déterminée à traverser les Etats-Unis de la Nouvelle-Angleterre à la Californie pour rejoindre son fiancé, malgré les injonctions de sa famille. L'occasion pour elle de faire de terribles rencontres, dont plusieurs bandits de grand chemin aussi effrayants que les rejetons de Janet Gaynor et d'un ourson en peluche, avant de réaliser que son cœur ne se porte peut-être plus sur sur celui qu'elle voulait désespérément rejoindre au départ... A noter qu'il s'agit là du seul film en couleurs de Deanna Durbin, et que si les antagonistes sont à pleurer de ridicule, les costumes chamarrés, les prairies du Wild West et les jolies chansons en font malgré tout un grand divertissement musical.

"Can't Help Singing" (musique: Jerome Kern, paroles: Edgar Yipsel Harburg). Deanna chante d'abord une version plus courte lors d'une introduction où elle m'imite (on dirait moi quand je roule dans la campagne, même si les moyens de transports diffèrent!), puis vient ce duo avec Robert Paige où les protagonistes chantent dans des bains moussants! J'adore cette mélodie entraînante, et les paroles me vont également comme un gant!

"Any Moment Now" (musique: Jerome Kern, paroles: Edgar Yipsel Harburg). Version studio, "Any Moment Now", enregistrée le 7 décembre 1944 avec l'orchestre d'Edgar Fairchild, et sortie sur un Decca 23389. Une bonne chanson où l'héroïne s'interroge sur ses sentiments qui se mettent à changer au beau milieu de son périple, avec en prime une conclusion angélique sur les paysages du Grand Ouest.

"More and More" (musique: Jerome Kern, paroles: Edgar Yipsel Harburg). Version studio, "More and More" enregistrée le 7 décembre 1944 avec l'orchestre d'Edgar Fairchild, et sortie sur le même Decca 23389. Une chanson romantique et langoureuse, devant un joli clair de Lune.

"Californ-i-ay" (musique: Jerome Kern, paroles: Edgar Yipsel Harburg). d'abord chantée par Deanna et Robert Paige lors de leur arrivée à destination, avant un finale qui reprend des extraits des autres chansons entendues dans le film. Comme pour la chanson-titre, j'adore la mélodie réjouissante mais aussi la mise en scène, avec danseurs hispaniques, fruits luxuriants et multiples figurants en costumes.


1945

Concerts radiophoniques


"Rose of No Man's Land" ("La rose sous les boulets") (musique: ?, paroles d'origine: Louis Delamarre), chanson en l'honneur de la Croix Rouge publiée en 1918, avec paroles anglaises ajoutées par Jack Caddigan et James Alexander Brennan en 1945. Probablement chantée par Deanna à la fin de la guerre. J'avais réussi à en récupérer une version tombée le domaine public jadis, mais qui n'existe plus en ligne aujourd'hui.

"Roses of Picardy" (musique: Haydn Wood, paroles: Frederick Weatherly), chanson publiée en 1916. Chantée par Deanna avec des paroles en hommage à la Croix Rouge, en complément de la précédente. Ce n'est hélas plus disponible en ligne pour le moment, j'essaierai de voir comment vous le faire écouter.


Lady on a Train

Film de Charles David (M. Deanna Durbin à la ville), sorti le 3 août 1945, basé sur une histoire de Leslie Charteris. Dans l'une des performances comiques les plus drôles du monde, Deanna enquête sur un meurtre tout en harcelant un auteur de romans policiers qui ne de demandait qu'à rester tranquille avec sa propre compagne! Le film n'est pas brillant, mais la performance principale est à se rouler par terre!

"Silent Night" (Stille Nacht, heilige Nacht), chant de Noël autrichien composé en 1818 par Franz Xaver Gruber, sur des paroles de Joseph Mohr. La chanson intervient de façon totalement gratuite dans le seul but de faire entendre la divine Deanna, mais peu importe que ça arrive sans crier gare: c'est probablement la plus belle version jamais enregistrée de cet air fameux, avec une véritable douceur qu'accompagne à merveille un orchestre discret.

"Give Me a Little Kiss" (chanson composée par Roy Turk, Jack Smith, Maceo Pinkard). La voix swingue admirablement bien, et le numéro de charme est irrésistible!

"Night and Day" (chanson composée par Cole Porter en 1932). Deanna est un peu plus lyrique sur cet air là, d'où un premier couplet un peu étrange, mais le charme opère malgré tout.


1946

Because of Him

Film de Richard Wallace sorti le 18 janvier 1946, sur un scénario d'Edmund Beloin. C'est la même histoire que His Butler's Sister, sauf qu'ici, l'héroïne ne compte pas devenir chanteuse mais comédienne, harcelant pour ce faire un acteur de renom incarné par Charles Laughton, et un auteur à succès ayant les traits de Franchot Tone.

"Lover" (musique: Richard Rodgers, paroles: Lorenz Hart), introduite dans Love Me Tonight, mais la mélodie semble différente de ce qu'on entend dans ce film de 1932. C'est en tout cas le chant de tous les espoirs, que Deanna interprète pour conquérir l'estime de Charles Laughton lors d'un grand duo avec elle-même. C'est repris comme thème principal dans le film.

"Danny Boy" (musique traditionnelle irlandaise du Londonderry Air, avec des paroles ajoutées par Frederic Weatherly en 1913). Deanna interprète cette chanson en désespoir de cause car Laughton veut la renvoyer, et c'est précisément cette reprise qui le convainc de l'engager. Le film présente une introduction sans paroles avant et le résultat reste très agréable. On ne peut s'empêcher de penser à "Goin' Home" de It Started with Eve, également chanté devant Charles Laughton.

"Good-Bye!" (musique: Francesco Paolo Tosti, paroles: George Whyte-Melville), chanson composée en 1880. Dans la séquence la plus drôle du film, Franchot Tone tente d'échapper à Deanna alors que celle-ci le poursuit dans tout l'hôtel avec cet air!


1947

I'll Be Yours

Film de William Seiter, sorti le 2 février 1947. C'est l'adaptation de la pièce hongroise A jó tündér de 1930 de Ferenc Molnár, déjà reprise en 1935 par William Wyler avec The Good Fairy. On y suit le parcours d'une héroïne une fois de plus déterminée à percer dans le monde du spectacle, et commençant comme ouvreuse au Buckingham Music Hall, avec bien entendu des quiproquos romantiques qui viennent se greffer à l'histoire principale.

"Cobbleskill School Song" (musique: Walter Schumann, paroles: Jack Brooks). Chanté en duo avec Walter Catlett avant que Deanna ne prenne ses fonctions, mais c'est une chanson très oubliable.

"Granada" (paroles et musique d'Agustín Lara), chanson composée en 1932 en l'honneur de la ville andalouse éponyme. Un morceau franchement grandiose après une séquence amusante dans laquelle Deanna fait semblant de parler espagnol pour repousser les avances d'Adolphe Menjou... qui est parfaitement bilingue!

"It's Dreamtime" (musique: Walter Schumann, paroles: Jack Brooks). Chantée lors d'une promenade romantique en barque.

"Love's Old Sweet Song" extrait de Sari ou La Vedette Tzigane (Der Zigeunerprimas) (musique: Emmerich Kálmán, livret: Julius Wilhelm et Fritz Grünbaum), opérette créée au Johann Strauß-Theater de Vienne le 11 octobre 1912. Une conclusion hilarante où Deanna disparaît juste avant de chanter, alors que les projecteurs la cherchent parmi la foule, tout ça pour la retrouver au bras de son grand amour enfin bien rasé, devant une cascade!

Note: contrairement à ce qu'indiquent certains coffrets, Deanna ne chante pas la berceuse de Brahms, qu'on n'entend que de façon instrumentale, furtivement.


Something in the Wind

Film d'Irving Pichel sorti le 21 juillet 1947, sur une histoire de Fritz Rotter et Charles O'Neal scénarisée par Harry Kurnitz et William Bowers. Deanna y incarne une animatrice de radio qui se fait enlever par une famille richissime, car celle-ci la croit bénéficiaire du testament d'un aïeul fraîchement décédé. L'humour est si grinçant que ça ne fait jamais rire, bien que l'actrice y livre l'une de ses meilleurs prestations comiques.

"The Turntable Song" (musique: Johnny Green, paroles: Leo Robin). Version studio, "The Turntable Song", enregistrée le 22 juillet 1947 avec l'orchestre de Johnny Green, et sortie sur un Decca 24166. Une chanson interprétée d'entrée de jeu par Deanna, qui ouvre le film pieds nus sur la table alors que son chant est diffusé dans tous le pays! Reprise plus tard par Donald O'Connor et les Williams Brothers lors d'un chant nocturne en plein air, sous les fenêtres de la maisonnée. Deanna s'en sort une fois de plus très bien dans le swing.

"Happy Go Lucky and Free" (musique: Johnny Green, paroles: Leo Robin). D'abord chantée par Deanna lors d'un concert, avant une reprise finale avec Donald O'Connor.

"You Wanna Keep Your Baby Looking Right" (musique: Johnny Green, paroles: Leo Robin). Chanté lors du défilé de mode: Deanna y est trop lyrique au début, mais elle devient plus swing après coup. Version studio, "You Wanna Keep Your Baby Looking Right", enregistrée le 22 juillet 1947 avec l'orchestre de Johnny Green, et sortie sur un Decca 24166.

"Something in the Wind" (musique: Johnny Green, paroles: Leo Robin). Dans le film, Deanna est accompagnée par le chœur des Williams Brothers, suite à la reprise de "Turntable Song" par Donald O'Connor dans de charmants jardins au clair de Lune. C'est repris à la fin avec "Happy Go Lucky and Free", en un mélange de swing et de lyrique qui passe très bien. La version studio, "Something in the Wind", fut enregistrée le 22 juillet 1947 avec l'orchestre de Johnny Green, et diffusée sur un Decca 24167.

"It's Only Love" (musique: Johnny Green, paroles: Leo Robin). Version studio, "It's Only Love" enregistrée le 22 juillet 1947 avec l'orchestre de Johnny Green, et diffusée sur le Decca 24167. Deanna chante cet air mélancolique alors qu'elle se retrouve seule, après une conversation avec la mère de famille qui l'a kidnappée. Les larmes qui coulent sur sa joue rehaussent l'effet vocal, la tentation lyrique de la star servant pour le coup très bien une chanson triste de cette sorte, bien qu'elle ait été plus brillante ailleurs.

"Miserere" tiré du Trouvère (Il trovatore), opéra de Giuseppe Verdi, sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare, créé au Teatro Apollo de Rome le 19 janvier 1853. Pour cet air grandiose, Deanna est mise en scène avec la vedette du Metropolitan, Jan Peerce, déguisé pour l'occasion en gardien de prison. En effet, la méchante famille qui a kidnappé Deanna vient à ce stade de la mettre en cage pour la forcer à signer un document. L'héroïne ne compte évidemment pas se laisser faire et, ayant découvert que son gardien est lui même amateur d'opéra, elle tente coûte que coûte de détourner son attention lors d'un duo sublime anglicisé afin de lui dérober sa clef! Musicalement, c'est extraordinaire: les deux interprètes se complètent à merveille, donnant lieu à l'une des versions les plus réussies de cet aria, où la soprano est à égalité avec le ténor. A noter néanmoins que dans ce film plutôt "swing", l'air d'opéra ne constitue pas le finale, intervenant au contraire bien avant le dénouement.


1948

Up in Central Park

Réalisé par William Seiter d'après la pièce d'Herbert et Dorothy Fields mise en musique par Sigmund Romberg, pièce ayant ouvert avec grand succès en 1945, ce film en costumes raconte les mésaventures d'une jeune immigrée irlandaise, qui se retrouve manipulée par un politicien corrompu (Vincent Price), tandis qu'un jeune journaliste épris de justice, et ennemi juré de Price, ne manque pas de lui faire un brin de cour à chaque promenade dans le parc le plus célèbre des Etats-Unis... Curieusement, le film ne reprend que deux chansons sur les quinze d'origine, en ajoute une nouvelle créée spécialement pour l'adaptation cinématographique, et le tout manque cruellement de musique, un comble pour une comédie musicale!

"Oh Say, Can You See (What I See)" (musique: Sigmund Romberg, paroles: Dorothy Fields). C'est cette chanson là qui fut composée spécialement pour le film. Deanna l'interprète sur le bateau qui la conduit avec son père sur les rives des Etats-Unis, pays d'opportunités où elle compte réaliser son rêve de devenir une grande cantatrice. La mélodie n'est pas des plus mémorables et n'offre aucun morceau de bravoure à la chanteuse, pourtant irréprochable.

"Carousel in the Park" (musique: Sigmund Romberg, paroles: Dorothy Fields). L'une des deux seules chansons d'origine qui se retrouve dans le film, alors que Deanna, désormais riche grâce à l'emploi de son père, ne manque pas de faire de nouvelles conquêtes à Central Park en marchant comme les coquettes de la ville. Le manège qui tourne et ses colonnes torsadées rendent la séquence somptueuse, malgré l'ignoble introduction sur les chœurs enfantins. Dieu merci, dès que les adultes reprennent les choses en mains, tout devient parfait, leurs voix étant idéalement faites pour cet exercice d'opérette moderne.

"Pace, Pace Mio Dio", tiré de La Force du destin (La forza del destino), opéra de Giuseppe Verdi, sur un livret de Francesco Maria Piave, créé le 10 novembre 1862 au théâtre impérial de Saint-Pétersbourg. C'est chanté par l'héroïne lors d'une répétition au Metropolitan, devant quelques notables de la ville dont Vincent Price, qui veut en faire une grande vedette afin d'avoir une maîtresse célèbre avec qui s'afficher. Raccourcie au maximum, alors que la comédie musicale manquait déjà cruellement de chansons (!), cette version n'est pas des plus satisfaisantes, malgré les hautes notes bien posées de Deanna.

Note: la deuxième chanson d'origine ayant survécu est "When She Walks in the Room" (musique: Sigmund Romberg, paroles: Dorothy Fields), uniquement interprétée par Dick Haymes, tout émoustillé de voir la ravissante héroïne entrer dans la salle de bal.


For the Love of Mary

Le dernier film de Deanna Durbin a été réalisé par Frederick de Cordova, sur un scénario original d'Oscar Brodney. On y suit les aventures de Mary, standardiste à la Maison Blanche, qui se retrouve aux prises avec trois factions qui veulent chacune la marier à un homme différent! En effet, les membres de la Cour Suprême souhaitent qu'elle épouse son ami d'enfance travaillant à la Justice, tandis que le président en personne tente de la faire tomber amoureuse d'un lieutenant de la Marine. A ces prétendus fiancés s'ajoute un expert en pisciculture qui n'en finit pas de harceler la jeune femme afin qu'elle lui passe la ligne personnelle du président...

"Viennese Waltz", probablement inspiré d'une valse de Johann Strauss II, avec des paroles créées spécifiquement pour le film. Deanna est alors ravie qu'on lui joue cet air guilleret au violon, car dans la scène d'avant, son ami autrichien qui la croyait triste d'être célibataire avait commandé une sérénade larmoyante pour accompagner son supposé désarroi. Toute à sa joie d'affirmer son indépendance, Deanna en profite pour faire le service au restaurant! Sans surprise, sa voix sert idéalement ce morceau d'opérette, avec un dynamisme entraînant et des aigus bien posés.

"Moonlight Bay", (musique: Percy Wenrich, paroles: Edward Madden), chanson populaire publiée en 1912. A l'écoute, j'avais toujours cru que Deanna chantait cet air au bord d'un lac avec des chorus boys de son âge, aussi ma surprise fût-elle grande de voir cette chanson interprétée en compagnie de juges fédéraux lors d'une réception mondaine à Washington! Heureusement, le mélange entre la voix angélique de l'héroïne et le chœur masculin en arrière-plan donne une saveur particulièrement plaisante à cette romance à l'ancienne.

"I'll Take You Home Again, Kathleen", chanson populaire composée par Thomas Westendorf en 1875. Deanna et les juges interprètent cette chanson dans la foulée de Moonlight Bay. Comme pour la précédente, c'est mélancolique et parfaitement mélodieux. Néanmoins, dommage que dans l'ensemble, les chansons ne servent pas vraiment le film, puisque tout se passe dans des bureaux, sans qu'il soit jamais question de musique: les producteurs appliquent alors la recette fameuse pour mettre leur star en valeur, mais les chansons semblent légèrement plaquées, toutes jolies soient-elles.

"Largo al factotum" ("Laissez passer le factotum") issu du Barbier de Séville, opéra de Gioachino Rossini, sur un livret de Cesare Sterbini, créé le 20 février 1816 au Teatro di Torre Argentina de Rome. Comme son cavalier vient de lui avouer n'être pas du tout amateur d'opéra, Deanna accepte de changer de plan pour une promenade au parc, lors de laquelle elle ne peut s'empêcher de raconter l'histoire du Barbier avant de conclure sur cette interprétation délicieuse, moustache de valet à l'appui! Conçu à l'origine pour baryton, cet air se féminise très bien dans la bouche de Deanna, qui se tire avec brio des séries de triples croches obligeant à garder un tempo des plus rapides sans rien perdre de sa diction, avec en prime des gestes chapliniens qui rendent le tout stupéfiant. Une belle manière pour la chanteuse de tirer sa révérence, et de prouver par-là même qu'elle avait très sincèrement la plus jolie voix chantée de l'âge d'or hollywoodien.

Bonus: "It's a Big, Wide, Wonderful World" (composée par John Rox et publiée en 1939) fut coupée au montage et aurait dû constituer la toute dernière chanson de Deanna. Ça semble faire pendant à la valse viennoise entendue dans le même restaurant beaucoup plus tôt. L'interprète est décidément à l'aise dans le lyrique, bien que ce ne soit pas la chanson qui me marque le plus dans sa discographie. La note finale officielle sur Rossini est finalement une bonne chose.


Note

Wikipédia cite également "Alice Blue Gown", "I'll Follow My Sweet Heart", "I'll See You In My Dreams", "Make Believe", "Molly Malone", "Never in a Million Years", "The Prince", "Seal It With a Kiss", "Summertime" (Porgy and Bess), "Sweetheart", "Two Hearts" comme airs chantés par Deanna, mais je n'en trouve pas la moindre trace. J'avais trouvé jadis des reprises de "Ciribiribin" et "Embraceable You" qui lui étaient également attribuées, mais je doute fortement à l'écoute qu'il s'agisse bien d'elle.

Dites-moi pour conclure quelles sont vos chansons préférées chantées par Deanna! Bonne écoute!