dimanche 13 janvier 2013

Il était une fois...

Le 13 janvier 2013, alors que Paris se croyait de retour en l'an de grâce 1413... 


... Nichette et Marguerite allèrent à la campagne se marier.


Marguerite pria sa cousine suédoise Christine d'être son témoin, laquelle accepta avec joie et fit le déplacement avec son épouse Ebba, la Suède étant quelque peu plus avancée que nous sur ces questions.


Quant à Nichette, elle demanda à son pote Leo de signer à son tour le registre. Celui-ci fut ravi de venir aux côtés de son compagnon Ulrich.


Hertha, la soeur d'Ulrich, assista également à la cérémonie en compagnie de la belle Felicitas, une jeune femme qui lui avait ravi son coeur lors d'un bal quelques années auparavant.


Peu après les festivités, Ulrich montra à un Leo très amoureux le bâtiment où tous deux allaient pouvoir, dans les prochaines semaines, remplir les formulaires leur permettant d'adopter un enfant. Nichette et Marguerite eurent quant à elles recours à la PMA.


Ils vécurent tous heureux et eurent beaucoup d'enfants, qui vécurent tous heureux également, sous l'oeil attendri de leurs grands-mères bien contentes d'avoir des petits-enfants!

Oscar de la meilleure actrice 1989

Au programme:

Isabelle Adjani - Camille Claudel
Pauline Collins - Shirley Valentine
Jessica Lange - Music Box
Michelle Pfeiffer - The Fabulous Baker Boys
Jessica Tandy - Driving Miss Daisy

Toutes deux victorieuses aux Golden Globes, Michelle Pfeiffer et Jessica Tandy formèrent cette année-là l'essentiel de la compétition. Et c'est finalement la seconde qui emporta le trophée ultime, probablement en raison de son âge et du succès de son film (couronné par quatre Oscars pour neuf nominations), ce qui lui permit de devenir la personne la plus âgée à avoir été à la fois nommée et récompensée, avant que Christopher Plummer ne la détrône l'année dernière, en espérant que lui-même sera supplanté par Emmanuelle Riva d'ici peu. Quant à Michelle Pfeiffer, elle était au pic de sa popularité dans ces années-là, mais on a pu penser qu'elle pourrait aisément gagner un peu plus tard, ce qui ne fut hélas pas le cas. De son côté, Jessica Lange achevait brillamment la décennie la plus prolifique de sa carrière avec une cinquième nomination, mais son prix du second rôle remporté en 1982 et les mauvaises critiques que reçut Music Box n'en firent pas une concurrente de premier ordre. Pauline Collins, pour sa part, n'avait aucune chance : elle débarquait tout juste au cinéma après une carrière théâtrale et télévisée, aussi ne pouvait-elle prétendre au titre à l'aune de sa non-intégration au système hollywoodien. Isabelle Adjani, enfin, renouvelait la formule gagnante biopic-folle-XIXe-siècle qui l'avait introduite avec grand retentissement sur la scène internationale quinze ans auparavant, mais 1989 n'était clairement plus son moment à Hollywood, sa nomination relativement inattendue étant en soi un honneur.

De mon côté, l'année est plutôt alléchante à première vue, mais le détail me donne envie de partir dans d'autres directions. La preuve en images!

Je retire:

Jessica Tandy - Driving Miss Daisy: J'ai vu ce film le même jour que Shirley Valentine, et sur le moment j'étais plutôt tenté de sélectionner Collins au détriment de Tandy, la première bénéficiant d'un personnage aux enjeux plus intéressants. Mais avec le recul, c'est finalement la seconde qui l'emporte parce que d'une part, c'est Jessica Tandy et que quoi qu'elle fasse elle en impose, et d'autre part elle figure dans un film qui sans être un chef-d'oeuvre est tellement mieux filmé que je préfère orienter ma liste dans cette direction. Mais concernant la performance de l'actrice, qu'avons-nous exactement? Un rôle standard de vieille dame qu'elle manie avec beaucoup d'humour, en façonnant de façon attendue un personnage distant et suspicieux qui dissimule un cœur d'or sous ce vernis. Dans ce cadre, les meilleures scènes sont celles qui entérinent la complicité de l'interprète avec Morgan Freeman, à commencer par cet apprentissage de la lecture au beau milieu d'un cimetière, avec en point d'orgue le trip en Alabama, où Tandy se révèle plus charismatique que jamais. Personnellement, je suis moins touché par le dernier tiers du film où l'héroïne a vieilli de vingt ans et ne peut plus se nourrir elle-même, ces scènes-là alourdissant à mon sens une relation d'amitié qui aurait gagné à être traitée sur une période plus brève, et tendant également trop à chercher la sympathie du spectateur envers les protagonistes. Mais avouons que l'actrice reste malgré tout lumineuse sous cette détérioration physique.


Jessica Lange - Music Box: La performance de l'actrice n'est pas en cause, mais j'avoue d'emblée rester quelque peu circonspect devant le film. Alors, certes, je ne nie pas m'être laissé prendre au jeu de ce drame judiciaire et familial, mais tout ça pour en arriver là? Avec au passage une leçon pataude et pleine de clichés sur le devoir de mémoire? Hmm, voilà qui me laisse perplexe. Ceci dit, Jessica Lange parvient à se hisser nettement au-dessus du tout puisqu'elle sait puiser dans les moindres recoins de son personnage afin d'extraire celui-ci des schémas simplistes des autres protagonistes. Elle s'investit dès lors à fond dans le film pour montrer comment le doute s'installe chez l'héroïne qui, d'assez sûre d'elle au départ, se met à soupçonner le pire au sein de son propre foyer. Son portrait de femme forte et déterminée rend donc crédible son travail d'avocate, tandis que sa sensibilité qui perce dans différentes scènes arrive à point nommé pour nuancer l'héroïne comme il se doit. Il est cependant dommage qu'on nous inflige cette grande confrontation finale vue et revue, même si l'actrice est parfaitement adéquate dans la façon d'exprimer les émotions du personnage à ce stade de l'intrigue. Une bonne performance, donc, qui aurait toutefois mérité un meilleur support.


Pauline Collins - Shirley Valentine: Mettons nous d'accord: il s'agit d'une bonne performance. Lauréate du Tony Award pour ce même rôle qu'elle avait tenu sur scène l'année précédente, l'actrice est tout particulièrement à l'aise pour en faire ressortir les enjeux. Elle sait ainsi parfaitement mêler l'humour à l'émotion dans ses innombrables monologues de femme au foyer délaissée, et se montrer également très drôle dans ses dialogues avec les autres protagonistes, qu'elle parle travaux, cuisine ou relations. Le problème, c'est que le film est loin de faire honneur à son interprète principale. En effet, si à l'origine cette histoire bâtie autour d'un unique monologue pouvait supposément permettre à l'actrice de briller sur les planches, la transposition au cinéma, et par-là même l'inclusion de dialogues coupant les réflexions de l'héroïne, donne une impression de bizarrerie et de maladresse. Sans compter que l'ensemble est particulièrement mal filmé, depuis ces décors grecs sortis tout droit de l'appareil photo jetable d'une enfant de cinq ans à cette scène de cul grotesque qui ne s'épargne aucun cliché via la fréquence du ressac. Dès lors, Pauline Collins fait certes un bon travail et s'élève nettement au-dessus du tout, mais son rôle devait avoir plus de sens à la scène qu'au cinéma.


Ma sélection:

Isabelle Adjani - Camille Claudel: J'idolâtre Adjani, je vénère Claudel, aussi n'ai-je pas besoin de préciser que je suis un fan inconditionnel de ce rôle. Certes, on pourra m'objecter que ce personnage n'est pas un challenge des plus difficiles pour une actrice de la trempe d'Adjani, mais avouons que voir l'actrice  évoluer dans le domaine des arts et plonger petit à petit dans une paranoïa aiguë, le tout à une époque absolument fascinante, reste un plaisir de tous les instants. Adjani n'a en effet pas son pareil pour brosser le portrait d'une artiste de génie vivant au rythme de ses passions et, comme le laisse entrevoir ce commentaire d'un Rodin jaloux, l'actrice comme le personnage savent fort bien exalter la vie comme la mort à travers leur art. Ainsi, le jeu de l'interprète est tellement prenant qu'on a sans cesse envie d'effleurer les sculptures de Camille, de les étreindre et les caresser, avant qu'un glissement vers la folie, très lisible et fort bien amené, ne vienne emporter le spectateur de façon saisissante vers un savant jeu d'autodestruction plus ou moins conscient. Cerise sur le gâteau, l'alchimie qui se dégage des rapports entre Adjani et Depardieu fait des merveilles, de même que les relations bien exploitées entre l'héroïne et sa famille achèvent de faire entrer cette performance dans la légende.


Michelle Pfeiffer - The Fabulous Baker Boys: Dans son rôle le plus iconique, Michelle Pfeiffer chante, émeut et fait rire avec un personnage complexe qu'elle compose avec brio. Les critiques dithyrambiques quant à cette performance n'ont d'ailleurs pas manqué de la comparer avec celles des grandes stars du Golden Age, et il est tout à fait exact qu'à partir de l'entrée fracassante de l'actrice dans le film, il est bien difficile d'en détourner le regard tant elle a le don de vous scotcher à l'écran. Il faut dire qu'elle chante divinement bien dès son premier essai, se révélant au passage comme une idéale chanteuse de jazz, ce talent si particulier culminant dans cette extatique représentation du Nouvel An où l'artiste se produit dans des poses langoureuses sur un piano. Pfeiffer sait ainsi parfaitement assurer le show musicalement parlant, mais ce n'est évidemment qu'une des multiples facettes de sa performance puisqu'elle se montre également excellente dans tous les autres registres. Susie est en effet divinement drôle dans sa manière de ne jamais se laisser marcher sur les pieds, mais elle est aussi absolument touchante dans ses rapports des plus alchimiques avec Jeff Bridges, atteignant par-là même des sommets en mêlant ces diverses émotions dans ses sourires, pour notre plus grand bonheur.


Annette Bening - Valmont: Un an après Glenn Close, Annette Bening a repris le rôle de la marquise de Merteuil pour en livrer une version différente, et je dois dire que je suis tout autant charmé que par la première. Après, il est dommage que les deux films soient sortis en un laps de temps aussi restreint, car on ne peut s'empêcher de les comparer, ce qui donne l'avantage à la brillante version de Frears. Mais heureusement, Bening ne pâtit jamais de la comparaison, surtout qu'elle domine totalement le reste du casting, dont Colin Firth dans le rôle-titre. Elle livre ainsi une interprétation très sexy de Merteuil, se basant sur un charme inégalable qui renforce totalement son esprit machiavélique : gardant ses frustrations pour elle et faisant preuve d'un humour notoire, elle est tellement affable et tellement souriante, qu'on a totalement envie de se laisser prendre au piège de sa séduction quand bien même on connaît le fin mot de l'histoire, et cette sournoiserie me semble tout aussi payante que celle plus marquée dont faisait preuve Glenn Close. A l'inverse, Annette Bening a peut-être moins de détresse à jouer dans cette adaptation plus libre, mais elle n'oublie cependant pas de rester totalement marquante en révélant une audace délirante qui sied parfaitement à sa lecture du personnage, comme en témoignent tous les airs de défis qu'elle lance à la ronde en position de faiblesse, même avec une épée pointée sur son cou! Vraiment, un début fracassant pour une actrice légendaire.


Meg Ryan - When Harry Met Sally: Bon d'accord. J'ai longtemps lutté de crainte de tomber sur une comédie romantique standard, mais il me faut avouer que je fus très agréablement surpris, grâce à un scénario et des personnages fouillés rappelant davantage Woody Allen que les megryaneries des 1990's. Et certes, Meg Ryan n'est peut-être pas une très grande actrice, pas même ici où elle ne peut s'empêcher de grimacer ou de très mal jouer la tristesse, mais il n'en reste pas moins que quelque chose fonctionne énormément dans ce rôle, un je-ne-sais-quoi ne tenant pas seulement à la très bonne écriture du personnage. Elle doit en fait incarner de multiples émotions, et force est de constater qu'elle s'en tire plutôt pas mal, hormis les quelques réserves émises à l'instant. Elle se révèle ainsi sincèrement drôle dans le registre comique, avec en point d'orgue la séquence la plus célèbre du film qu'elle rend avec un brio certain, au point de toujours faire rire bien que la scène soit vue et revue; mais elle est aussi très touchante lorsqu'il lui faut être plus sérieuse, au point qu'on parvient totalement à s'identifier à ses problèmes. Disons que pour briller, il lui sied mieux de rester dans un jeu assez sobre puisque les excès ne lui réussissent pas vraiment, mais dans tous les cas, l'impression est plus que positive, et l'engouement de taille. Et puis, quoique loin de lui arriver à la cheville, Meg (ou Sally?) fait vraiment écho à Diane Keaton, de quoi suffire à la valoir sa nomination.


Kathleen Turner - The War of the Roses: Pauline Collins et Jessica Tandy peuvent être drôles tout leur content dans leurs rôles respectifs, personne ne bat Kathleen Turner dans le registre comique en 1989. En effet, dans ses retrouvailles avec Michael Douglas après leurs amusantes collaborations aventurières du milieu de la décennie, l'actrice se montre toujours autant charismatique au point de faire de nombreuses étincelles dès qu'elle apparaît à l'écran. Et justement, rien n'est plus jouissif que de la voir donner tout ce qu'elle a dans le ventre dans ce jeu de massacre particulièrement jubilatoire, et ce en réussissant l'exploit d'être monstrueusement hilarante (et c'est un euphémisme) en conservant tout son sérieux en apparence. De surcroît, elle trace son personnage de façon si cohérente que tous ses actes, même les plus excentriques, paraissent tout à fait normaux au regard des sentiments de cette héroïne en pleine crise de la quarantaine. Dès lors, aux côtés de son excellent partenaire, Kathleen Turner est constamment à hurler de rire dans une série de scènes toutes plus féroces les unes que les autres, depuis ces dialogues crépitants dans la chambre à coucher à ces ébats cultissimes au beau milieu d'un lustre, en passant par tous ces autres moments redoutablement comiques.

Voilà ce qu'il en est de mes goûts, sachant que même si la concurrence est rude entre la machiavélique Annette, la virtuose Isabelle, l'hilarante Kathleen et la sublime Michelle, Meg Ryan est loin d'avoir démérité et reste totalement digne de cette distinction pour l'unique sommet de sa carrière. Cependant, mon prix 1989 se joue entre les quatre autres qui m'ont toutes quatre absolument subjugué. And the award goes to...


Michelle Pfeiffer - The Fabulous Baker Boys

En définitive, le choix final est quasi impossible mais 1989 reste plus que jamais LE moment Pfeiffer. Susie Diamond est incontestablement le rôle phare de sa carrière et lui permet de brosser un personnage complexe qui traverse une multitude d'émotions, tout en se payant le luxe d'éblouir dans de sublimes scènes chantées : Michelle Pfeiffer est donc sans aucun doute l'actrice de l'année. Sur ce, avec Meg Ryan assurée d'avoir la cinquième place, j'ai du mal à classer les trois autres. On va dire que dans l'immédiat, j'ai un assez gros coup de cœur pour Bening qui me fascine de plus en plus via tous les personnages très variés qu'elle a joués dans sa carrière, mais Turner et Adjani dans leur zone de confort sont tout autant géniales, aussi m'est-il vraiment difficile de les départager, surtout pour des registres aussi différents.

Quant aux honorable mentions, j'aime beaucoup Mia Farrow dans Crimes and Misdemeanors mais j'aurais plutôt tendance à la nommer en second rôle aux côtés d'Anjelica Huston. J'attends également de découvrir Andie MacDowell dans Sex, Lies and Videotape, dont j'entends partout le plus grand bien, quoique je sois plus que réticent envers une "actrice" qui m'évoque avant tout de la crème antiride. Mais peut-être le vaut-elle bien, pour le coup... Autrement, c'est tout ce que j'ai à vous proposer dans l'immédiat, sous réserves de nouvelles découvertes. Ceci dit, ma sélection m'emballe totalement, et je n'ai pas vraiment envie d'en changer!

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mardi 18 décembre 2012

I want to get married.


Dimanche, pour la première fois en un quart de siècle d'existence, j'ai enfin embrassé une cause corps et âme en me rendant à Bastille afin de marcher aux côtés d'un nombre incalculable mais très conséquent de partisans du mariage pour tous, n'en déplaise à certains journaux pour le moins spécieux. 

Jusqu'à présent, je n'avais jamais éprouvé le besoin de donner ma voix aux idéaux qui me correspondent pour une raison toute simple: je suis un grand rêveur dans l'âme, probablement bien plus naïf que je l'avais imaginé, aussi restais-je persuadé qu'une fois la gauche bien installée à l'Elysée et à l'Assemblée, voter l'égalité des droits pour tous irait de soi. Sauf que non, comme l'ont prouvé les récentes déclarations présidentielles sur "la liberté de conscience" des maires et cette propension perverse à vouloir un débat au lieu de prendre sans plus tarder le taureau par les cornes. C'est alors qu'à l'image de Catherine Sloper, je suis tombé des nues en réalisant que l'environnement dans lequel j'évoluais n'était pas si bienveillant que ça, ce qui ajouté à la consternation d'entendre tant d'homophobes se cacher derrière l'idée nauséabonde d'un handicap dans le développement personnel des enfants élevés par un couple de même sexe, n'a fait que décupler en moi le désir de participer enfin pleinement à cette grande cause.

Résultat: après m'être découvert tout particulièrement naïf, pour n'avoir pas voulu croire plus tôt que des gens adultes et a priori cultivés pouvaient être aussi fermés d'esprit, et qui sous couvert de ne pas me juger sur ma sexualité se frottaient finalement les mains de ne pas me voir accéder aux mêmes droits qu'eux, je fus heureusement tout à fait rassuré de voir que nous étions extrêmement nombreux ce dimanche pour lutter en faveur de l'égalité. Ainsi, ma toute première manifestation fut une expérience des plus enrichissantes, partagée avec des amis et des milliers d'inconnus dans une ambiance parfaitement chaleureuse, et vraiment, qu'il est grisant de nous savoir forts sur un tel sujet. Le clou du spectacle: deux enfants à leur fenêtre affichant un panneau en papier où l'on pouvait lire un émouvant "OUI", et acclamés comme il se doit par une foule en délire.

Dès lors, même si je ne fais qu'enfoncer des portes ouvertes, et même si je n'envisage pas de me marier dans l'immédiat, "husband is such an ugly word", j'ai enfin pris sur moi pour réclamer d'avoir le choix. Et nom d'une pipe, et nom d'une pipe, j'en suis fier!

mercredi 5 décembre 2012

I want to be alone.

L'année dernière, j'ai eu la chance de compléter ma collection Greta Garbo pour avoir visionné l'ensemble de sa filmographie, Gösta Berlings Saga ayant constitué la dernière étape d'une série de découvertes des plus fascinantes commencée en 2005, à l'occasion du centenaire de la naissance de la star. Depuis ma plus tendre enfance, j'avais toujours entendu parler de Garbo, mais je n'avais encore jamais eu l'occasion de la voir à l'écran. Oups. Mortifié à cette idée, je résolus de prendre le taureau par les cornes lors d'une flânerie à Virgin, où je découvris le fameux coffret Warner contenant huit films clefs d'une carrière mythique. Autant dire que je ne regrettai nullement cet achat et, après m'être délecté de multiples visionnages des oeuvres en question, j'entrepris de voir l'ensemble de la filmographie de la Divine, quitte à devoir me contenter parfois d'enregistrements TCM US pour les films les plus difficilement trouvables. Mais je ne désespère pas, et gageons que je posséderai bientôt toutes ces oeuvres en DVD, sachant qu'étant quelque peu masochiste j'envisage réellement de dépenser de l'argent pour Susan Lenox, c'est dire.

Bien, mais passons sans plus tarder au coeur du sujet, via une petite rétrospective de la carrière de la plus iconique de toutes les icônes.

1920-1922:


Premiers pas devant la caméra. La toute jeune Greta commence sa carrière cinématographique en tournant des films publicitaires sans grand intérêt, mais qui permettent toutefois au spectateur contemporain de jouer à "Où est Garbo?" en la recherchant parmi un groupe de jeunes filles assises en terrasse d'un restaurant, ou d'admirer l'icône essayer divers costumes fort peu seyants, à l'instar de ces pantalons à carreaux. A la même époque, alors qu'elle vient d'entrer au Dramaten de Stockholm, où elle fut l'une des rares à passer en troisième année, la jeune actrice fait également de la figuration aux côtés de sa soeur dans Le Joyeux Cavalier et Kärlekens ögon de John W. Brunius.


Plus marquante est revanche son apparition de quelques minutes dans Luffar-Petter d'Erik A. Petschler, où l'on s'amusera de la voir marcher au pas sous la direction d'une institutrice peu avenante, avant de la découvrir s'adonner aux joies du pique-nique au bord de l'eau. 

1924:

Gösta Berlings Saga (Mauritz Stiller). 

Repérée par Stiller au Dramaten, l'actrice se voit offrir son premier rôle développé au cinéma, et prend par la même occasion le nom de scène qui fera d'elle un mythe. 1924 est donc une année phare pour Garbo puisque Gösta Berlings Saga n'est rien moins... qu'un chef-d'oeuvre absolu, l'un des meilleurs films muets qu'il m'ait été donné de voir, où tout, depuis la mise en scène inspirée de légendes nordiques à la complexité des intrigues croisées, en passant par des personnages extrêmement bien développés interprétés par des acteurs tous plus géniaux l'un des que les autres, est d'une perfection totale. Dans le rôle d'Elisabeth Dohna, la comtesse italienne découvrant son pays d'adoption, Garbo se révèle sublime dans chacune de ses scènes et laisse présager de très bonnes choses à l'avenir. Malgré tout, ce n'est pas le personnage le plus marquant, mais reconnaissons que, pour une toute jeune actrice fraîchement employée par le cinéma, parvenir à rester parfaitement mémorable devant des pointures telles que Karin Swanström et Gerda Lundequist, ainsi que les déjà excellents Lars Hanson et Jenny Hasselqvist, c'est un exploit digne de tous les éloges. Inutile de préciser qu'avec tout ce beau monde, on ne voit absolument pas passer les trois heures de fiction.

1925:

Die freudlose Gasse (Georg Wilhelm Pabst). 

Et hop! A peine un film au compteur que Garbo est déjà en train de s'internationaliser, puisque c'est cette fois-ci en Allemagne qu'elle tourne son nouveau projet. Là aussi, le film se révèle très long, sans avoir cependant la force du précédent. Il faut dire que la tonalité très sombre du sujet, et la partie assez terne consacrée à Asta Nielsen, n'ont pas réussi à capter mon intérêt autant que je l'aurais voulu, mais La Rue sans joie n'en reste pas moins un bon film teinté d'une coloration politique. Si Nielsen a manifestement clamé ne pas trouver de talent à sa partenaire, Garbo, qui n'estimait pas non plus sa propre prestation, lui vole pourtant largement la vedette, faisant de son personnage plus moral le véritable centre d'attraction de l'histoire. A noter également la poignante impression laissée par Hertha von Walther, souvent confondue avec Marlene Dietrich, qui par l'intensité de ses regards parvient à prendre à la gorge en rendant toute la noirceur de l'intrigue.

1926:

Torrent (Monta Bell). 

En quête de talents européens afin d'asseoir sa réputation, la toute nouvelle MGM, née de la fusion de trois studios, fait venir Stiller et Garbo aux Etats-Unis dans le but de leur faire tourner The Temptress. Mais c'est d'abord dans Torrent que l'actrice fait ses débuts à Hollywood, ce qui reste d'ailleurs une bonne entrée en matière vu le succès du film et les critiques dithyrambiques sur sa performance, Variety louant une jeune fille ayant tout pour elle: "la beauté, le talent et la personnalité". Il faut dire que Garbo crève littéralement l'écran dans son premier film américain, son personnage fort de cantatrice espagnole de retour dans son village natal et ses rapports tourmentés avec Ricardo Cortez étant par ailleurs fort bien mis en valeur par cette histoire de torrent menaçant. Isolée dans sa maison à proximité du danger, l'héroïne est absolument sublime lorsqu'elle se moque de son amant venu la sauver.


The Temptress (Mauritz Stiller, Fred Niblo). 

La première tache sur le CV de Garbo, la faute au déséquilibre provoqué par le changement de réalisateur au beau milieu du film, soit disant à cause de la barrière du langage dont était tributaire le suédois Stiller. On se retrouve dès lors avec un film dont le début n'a absolument rien à voir avec les deux autres tiers, et l'impression d'étrangeté de l'ensemble est d'autant plus grande que la première partie frise le chef-d'oeuvre, quand le reste tend clairement plus vers le navet. Ainsi, on se retrouve avec un excellent début où la mise en scène grandiose et poétique pose les bases d'une intrigue a priori complexe, enveloppée par l'aura de mystère tournant autour de l'héroïne. Mais patatras! Après une brillante scène de dîner parisien qui laisse entendre que Garbo ne serait pas aussi innocente qu'elle n'en a l'air, le scénario entreprend un virage à 180° pour déplacer le coeur de l'histoire en... Argentine, un pays d'hommes (!), où le labeur est celui des hommes (!) et où la virilité des spécimens masculins n'est plus à prouver (!), comme le rappellent de façon très subtile les intertitres. Dès lors, tout ce qui avait été mis en place dans la première partie se trouve balayé d'un revers de la main, l'intrigue préférant se consacrer à de virils combats de fouets, Ay, Ay Ay! Si au moins les combattants, torse nu, avaient le bon sens d'être attrayants, on pourrait éventuellement être divertis, mais ce n'est objectivement pas le cas. Mais ne soyons pas tristes, car heureusement, le film se rattrape avec un superbe final... sorti de n'importe où, et probablement scénarisé par une mormone sous acide. La preuve, c'est qu'on a même réussi à trouver de la place dans le casting pour...


... Jésus Christ, habituellement sous contrat avec le Vatican. Quoi qu'il en soit, Garbo ne parvient nullement à sauver l'ensemble du désastre, notamment dans les scènes argentines où elle reste essentiellement en arrière-plan à regarder les hommes se mutiler. Par bonheur, le film ayant été un succès public, son image n'en fut que renforcée. C'est toujours ça de pris.


Flesh and the Devil (Clarence Brown). 

La première collaboration de la star avec son réalisateur fétiche reste sont film muet le plus connu, sans doute parce que Garbo partageait pour la première fois l'affiche avec John Gilbert et que leur couple à l'écran fit des ravages dans les salles de cinéma. L'actrice ne se reconnaissait pourtant pas dans les rôles de séductrices, ayant toujours désiré jouer en priorité des femmes "vertueuses, mais intéressantes", mais il n'en reste pas moins qu'elle irradie à chaque seconde dans le rôle de Felicitas, notamment dans des scènes d'une formidable puissance érotique, qu'elle allume une cigarette dans la pénombre, qu'elle défie son époux du regard tout en embrassant vigoureusement Gilbert, ou qu'elle tourne une coupe de vin en pleine messe pour boire à l'endroit où a bu son amant quelques secondes plus tôt. De leur côté, les personnages masculins déçoivent quelque peu en restant trop naïfs, ce qui est dommage vu le potentiel de Lars Hanson et John Gilbert dans d'autres films.

A noter encore que le film est empli d'un homoérotisme constamment latent, les étreintes et regards que s'échangent les deux amis d'enfance étant pour le moins ambigus.

1927:

Love (Edmund Goulding). 

Vous aussi vous pensiez qu'Anna Karénine était une histoire tragique? J'ai le regret de vous apprendre que vous vous fourvoyez! La preuve, c'est que la bande-son orchestrée pour la sortie du DVD se paye le luxe d'insérer au beau milieu d'une excellente musique des... rires en boîte sortis tout droit d'une sitcom contemporaine. Argh. Mais indépendamment de ça, le film n'en reste pas moins très drôle, que ce soit pour l'apparition de George Fawcett et d'Emily Fitzroy en aristocrates burlesques, ou pour l'évident décalage par rapport au texte originel. Vous serez dès lors ravis d'apprendre qu'Anna et Vronski se rencontrent dans une auberge au fond des bois où des musiciens viennent leur suggérer, à grand renfort de regards lubriques, que les deux sont vraisemblablement faits l'un pour l'autre et qu'il serait grand temps de consommer cette affaire. Par la suite, le film reprend une tonalité plus tragique pour cadrer à peu près avec l'histoire (c'est pas comme si l'oeuvre n'était rien d'autre qu'une exploitation des rumeurs sur la liaison Garbo-Gilbert à la ville), avant de se clore sur un final alternatif: triste pour les Européens, heureux pour les Américains, la ménagère californienne des Années Folles ne pouvant décemment pas supporter de voir son héroïne se jeter sous les roues d'un train. Ceci dit, malgré les innombrables libertés prises avec l'histoire, le film n'en reste pas moins très séduisant, et permet à Gilbert et Garbo d'illuminer à nouveau l'écran pour notre plus grand plaisir, leurs prestations étant d'ailleurs impeccables. 

1928:

The Divine Woman (Victor Sjöström). 

Evidemment. Un film réalisé par Victor Sjöström, qui venait tout juste de tourner The Wind, où Garbo retrouve Lars Hanson, le tout sur une intrigue inspirée de la vie de Sarah Bernhardt, et il faut que ce soit une oeuvre perdue. Argh. Par bonheur, une bobine de neuf minutes a été retrouvée et intégrée au DVD de Mysterious Lady, ce qui permet d'admirer un échange savoureux entre les deux interprètes, dans lequel Garbo se montre à la fois triste et enjouée. A noter que c'est ce film qui valut à l'actrice le surnom "La Divine", comme pour inscrire la star dans une filiation avec la grande Sarah. La classe.


The Mysterious Lady (Fred Niblo). 

Sachant que Fred Niblo a réalisé l'essentiel de la Tentatrice, on serait tenté de s'attendre au pire... mais ce n'est heureusement pas le cas. The Mysterious Lady est effectivement un excellent film où Garbo irradie en espionne russe intéressée par les documents secrets d'un officier autrichien, avant de donner vie à une seconde partie haletante où l'héroïne, à la fois menacée par un effrayant Gustav von Seyffertitz et tiraillée par son impossible amour envers Conrad Nagel, confine au divin. Si la scène de cour martiale et le passage des partitions de piano sont d'une intensité à couper le souffle, le moment le plus marquant reste tout de même la scène de séduction où Garbo, de retour de l'opéra, allume d'une manière ultra érotique une série de candélabres. En un mot : fascinant.


A Woman of Affairs (Clarence Brown). 

Probablement le plus grand rôle muet de la star. En effet, si le personnage bénéficie à nouveau d'une dimension de tentatrice venant remettre en question le ménage formé par les excellents John Gilbert et Dorothy Sebastian, cette Diana Merrick Furness se révèle beaucoup plus humaine que bon nombre des héroïnes précédentes, de quoi permettre à Garbo de nuancer constamment son jeu depuis l'héritière dynamique typique des Années Folles à la femme sacrificielle blessée par les codes sociaux. Les relations entre chaque protagoniste sont en outre admirablement bien développées, ce qui ajouté à l'excellence de l'actrice fait de ce film l'un des meilleurs de sa carrière.

1929:

Wild Orchids (Sidney Franklin). 

Seulement trois personnes au générique: une femme, deux hommes... Tout est dit, à tel point qu'on se demande comment Lewis Stone fait pour ne pas se rendre compte plus tôt de ce qui se trame dans son dos. Mais le vrai problème du film n'est pas tant ici que dans sa tentative maladroite de pallier ce schéma convenu en ajoutant d'interminables scènes inutiles qu'on intitulera "la demi-heure exotique", ou "comment Garbo part à la découverte d'un intérieur javanais". "Oh! Les jolies marches, la jolie maison, la jolie chambre, les jolies servantes, le joli mécanisme pour se rafraîchir; puis oh! La jolie danse, la jolie seconde danse, la jolie... troisième danse! Sans oublier les jolis costumes..." Stop! Pitié! J'adore les chinoiseries, mais trop, c'est trop! De fait, trop de scènes ne sont qu'un prétexte exotique pour faire tenir le film sur toute sa longueur, les trois quarts d'entre elles ne servant absolument pas l'intrigue, quoique collant tout de même bien à l'atmosphère générale pour en rehausser la moiteur et la volupté. De son côté, Garbo parvient à tirer son épingle du jeu en se montrant sensuelle, auréolée de mystère et de mélancolie, et s'efforçant de dissimuler les choses aux autres ou à elle-même. Mais il est dommage que le climat du tout soit aussi étouffant, car plus de légèreté n'aurait que renforcé sa performance, à la différence de l'effet rendu par le costume exotique qu'on lui fait porter pour éveiller les sens de son mari.


The Single Standard (John S. Robertson). 

Nouvelle collaboration avec Nils Ashter, nouveau film sur le thème du triangle amoureux. Mais par comparaison, Wild Orchids l'emporte tout de même car les flots d'exotisme parvenaient au moins à éveiller quelque peu l'intérêt. Ici, le film est trop statique et trop peu original pour susciter la moindre émotion. Garbo y est toutefois impeccable, comme à son habitude, mais son personnage a bien du mal à se singulariser, se contentant de recouper des thématiques déjà aperçues dans d'autres films: la jeune héritière des Années Folles calquée sur A Woman of Affairs, l'éternel sentiment de culpabilité de la femme adultère mis en exergue dans les fictions précédentes, etc.


A noter cependant que pour la première fois, Garbo déclare désirer qu'on la laisse seule, en l'occurrence lors d'une promenade citadine au milieu de la foule.


The Kiss (Jacques Feyder). 

De peur que l'accent suédois de la Divine passe mal à l'écran, en cette période où les grandes stars du muet jouaient quitte ou double pour espérer passer le stade du parlant, la MGM choisit de repousser l'échéance en faisant tourner un dernier film muet à Garbo. Voilà qui permet à l'actrice de clore brillamment cette période de sa carrière puisque The Kiss constitue un bon film policier, très bref mais passionnant, soutenu par une bande-son tchaïkovskienne des plus plaisantes. Si Garbo se retrouve à nouveau dans le rôle d'une femme adultère, on est loin de la pesanteur des deux films précédents, sans compter que la tonalité plutôt légère de l'ensemble met infiniment bien en valeur l'alchimie se dégageant des rapports de la star avec Conrad Nagel et Lew Ayres. L'actrice ne manque d'ailleurs pas d'irradier à chaque plan sur son visage, de quoi faire de cette fiction sympathique un très agréable moment. 

1930:

Anna Christie (Clarence Brown). 

Garbo Talks! Pour la première fois les spectateurs américains peuvent entendre l'icône parler à l'écran et, comme on peut s'en douter, le rendu est un éblouissement de tous les instants, la voix légèrement grave de la star, teintée d'un irrésistible accent suédois, étant absolument divine à écouter. Et bien entendu, ce n'est que la moindre de ses qualités, car Garbo est en tout point brillante dans ce rôle triste de fille perdue revenant vivre sur la péniche de son père sur les docks de New-York, et autant dire que si le personnage tranche quelque peu avec les femmes distinguées auxquelles l'actrice nous a plus habitué, elle n'en reste pas moins extrêmement crédible en jeune femme un peu plus rustre, notamment lorsqu'elle commande un whisky sous les yeux scrutateurs d'une Marie Dressler intriguée. Ceci dit, si ces deux performances féminines sont des plus réussies, Garbo ayant bien mérité sa nomination à l'Oscar en dépit d'une théâtralisation à outrance qui la déconnecte un peu trop du personnage, le film dans son ensemble n'a rien d'exceptionnel. Finalement, on ne peut que féliciter les deux dames d'en élever le niveau face à des protagonistes masculins des plus crispants.


Romance (Clarence Brown). 

Là aussi, le rôle de la voix est essentiel puisque Garbo interprète une cantatrice italienne. Si le film s'arrange habilement pour ne pas la montrer en pleine représentation, ça n'empêche nullement l'actrice d'être tributaire d'un léger problème vocal... son accent étant tout sauf italien! Parce que, non, ces "R" roulés sur plusieurs secondes font bien moins latins que germaniques, mais par bonheur, il ne s'agit que d'un tout petit hic au sein d'une performance des plus réussies. En effet, Garbo éblouit en grande dame enjouée et dynamique, et force est de reconnaître que l'ambiance relativement légère du film par rapport aux grands drames plus habituels lui sied à ravir. Souvent critiqué, le film n'a peut-être rien d'un chef-d'oeuvre mais il reste tout à fait plaisant et délectable.

1931:

Anna Christie (Jacques Feyder). 

Devenue la plus grande star mondiale, Garbo est sollicitée pour tourner une version allemande d'Anna Christie spécialement destinée au public européen. Calquée à l'identique sur le film de Brown, cette oeuvre devait théoriquement avoir une tonalité plus sombre pour mieux correspondre aux attentes du public outre-Atlantique, mais, bien qu'il me faudrait la revoir pour m'en refaire une idée plus précise, il ne me semble pas avoir vu de différence entre les deux, si ce n'est que le protagoniste masculin y est un peu moins irritant que dans la version américaine. Quoi qu'il en soit, Garbo y est toujours très bien, mais elle n'apporte rien de nouveau par rapport à son travail dans l'autre film.


Inspiration (Clarence Brown). 

Preuve qu'on ne change pas une recette qui gagne, ces retrouvailles avec Brown exploitent à nouveau tout ce qui a déjà été vu auparavant : personnage de courtisane, en l'occurrence muse de l'intelligentsia parisienne; amours contrariées avec Robert Montgomery sur des questions de sincérité et de respectabilité, etc. Avec The Single Standard, le film le plus oubliable de la carrière de la star.


Susan Lenox: Her Fall and Rise (Robert Z. Leonard). 

Diantre! Une collaboration Clark Gable - Greta Garbo, ce devrait être un bon film, non? Que nenni! Susan Lenox a l'insigne honneur d'être... le plus mauvais film tourné par la Divine. Pour commencer, il n'y a pas l'ombre d'un début d'alchimie entre les deux acteurs, ce qui pour une intrigue amoureuse est une très mauvaise entrée en matière, Gable ayant notamment trouvé sa partenaire trop hautaine: sans blague! Hélas, ce n'est pas le pire, car le grand exploit du film reste avant tout d'enchaîner des situations toutes plus grotesques les unes que les autres, sans jamais prendre la peine de donner la moindre cohérence aux héros. Car comment croire que l'héroïne est capable de soutenir une thèse sur le désir masculin alors que quelques minutes plus tôt elle ne connaissait pas le mot "maison" et faisait la causette à un "pauvre petit poisson"? Et là, vous vous dites qu'on a touché le fond, non? Si seulement! Parce que... Comment a-t-on pu penser un seul instant que ce serait une bonne chose de...


... coller des étoiles sur la poitrine de Garbo?! Mais quelle idée! Et après on s'étonne que la star soit particulièrement mal à l'aise pour jouer la détresse amoureuse! Enfin bon, sachant que l'héroïne finira ses jours dans un bar perdu en pleine forêt amazonienne où elle retrouvera, par le plus grand des hasards, l'amour de sa vie, on se dit qu'il n'y a plus lieu de s'étonner de quoi que ce soit.


Mata Hari (George Fitzmaurice). 

Forcément, comparé à Susan Lenox, Mata Hari passerait pour un chef-d'oeuvre absolu. Pourtant, le film est loin d'être réussi, même si Garbo parvient heureusement à tirer son épingle du jeu. Mais décidément, l'ensemble est bien trop statique, à l'image de cette scène de danse inutile puisque coupée aux trois quarts pour être soit disant trop osée, sans compter que l'histoire reste plombée par des protagonistes masculins particulièrement lourds, entre un grand méchant Lionel Barrymore et un Ramon Novarro qui a perdu tout son charisme en passant au parlant. Dès lors, si ce n'est Garbo, encore qu'elle soit loin de ses meilleures performances, il n'y a pas grand chose pour sauver cette fiction de l'ennui le plus total. Enfin ça, c'était avant. Avant que je découvre par le plus grand des hasards le doublage français intégré au DVD. Car avec cette révélation des plus lumineuses, j'ai finalement changé d'avis sur l'ensemble de l'oeuvre. Ainsi, Mata Hari est un film absolument jubilatoire, la voix de mégère qu'on a collé à Garbo ne lui allant tellement pas que chacune de ses répliques prend une tournure entièrement savoureuse. "Il a eu trèèès bon goût, elle n'est paaas ordinaire." "Prenez-moiii dans vos braaas." "Eteignez cette lampe, si vous m'aimez!" "Bonjour menteuse serait plus poli!" Aaaah! Dieu que c'est drôle! Même les religieuses qui de très classes en anglais deviennent complètement stupides en français sont à écouter sans modération. Malheureusement, ce n'est pas ça qui risque de rendre le film plus glorieux.

1932:

Grand Hotel (Edmund Goulding). 

Pour changer un peu de ces courtisanes toutes plus redondantes les unes que les autres, la MGM offre à Garbo un rôle de danseuse névrosée dans une prestigieuse production destinée à gagner l'Oscar du meilleur film, avec en prime des partenaires des plus luxueux. Sans être un chef-d'oeuvre, Grand Hotel est de facto bien meilleur que l'ensemble des films tournés par l'actrice l'année précédente, en particulier grâce à un scénario entrecroisant à merveille de multiples intrigues. Mais malheureusement, la Divine se fait voler la vedette par tous les autres interprètes. Il faut dire que Grusinskaya est un personnage assez crispant, et que ses répliques théâtrales plutôt pesantes détournent très vite l'attention vers les autres acteurs, notamment des frères Barrymore en grande forme et une tornade ultra rafraîchissante nommée Joan Crawford. A tel point que Grand Hotel n'a pas été intégré au coffret DVD Garbo mais à celui consacré à Crawford, ce qui n'est que justice car le film lui appartient. Détail non négligeable néanmoins, c'est dans cette oeuvre que la Divine prononce l'immortel "I want to be alone" qui lui collera à la peau jusqu'à la fin des temps.


As You Desire Me (George Fitzmaurice). 

Toujours dans une logique d'offrir à sa principale star des scenarii de meilleure qualité, la MGM tente d'exploiter une veine plus intellectuelle avec cette adaptation d'une pièce de Pirandello. Objectivement très plaisant, le film est idéal pour exploiter l'aura de mystère dégagée par l'actrice, laquelle y livre d'ailleurs une performance plus qu'honorable. Malheureusement, l'ensemble n'en reste pas moins raté, depuis cette perruque blonde platine qui ne sied pas du tout à Garbo, à ces personnages secondaires caricaturaux fort peu digestes. Mention spéciale à Rafaela Ottiano qui, après avoir été infoutue de reconnaître la mystérieuse inconnue de près, vient se la péter devant tout le monde sur le mode: "Je l'ai reconnue de près!" une fois son identité démasquée.


Visiblement embarrassée, Garbo ne peut retenir un facepalm bien compréhensible.

1933:

Queen Christina (Rouben Mamoulian). 

Fatiguée de cette série de rôles insipides et de films médiocres, Garbo prend des vacances de dix mois en Europe et laisse entendre qu'elle pourrait ne pas reprendre le chemin des studios si on ne lui propose pas un meilleur projet. La démarche s'avère payante puisque non contente de bénéficier à présent d'un contrat lui permettant de contrôler ses films, elle fait un retour triomphal avec rien moins que La Reine Christine. Forte de cette nouvelle position, la Divine fait remplacer Laurence Olivier par John Gilbert, dans une vaine tentative de l'aider à sauver sa carrière, et force est de reconnaître qu'il s'agit d'un choix judicieux. En effet, les deux acteurs éblouissent comme dans leurs grandes collaborations au temps du muet, même si Garbo capte tous les regards grâce à ce personnage royal réécrit sur mesure pour elle, grâce auquel l'actrice se délecte de jouer sur les identités sexuelles renversées. Cerise sur le gâteau, le film est un chef-d'oeuvre total, offrant à la Divine l'un des deux plus grands rôles de sa carrière. A voir et à revoir.

1934:

The Painted Veil (Richard Boleslawski). 

Continuant sur sa lancée, Garbo ne tourne plus qu'un film par an et livre à nouveau une très bonne performance dans un bon film. Alors certes, The Painted Veil n'est pas Queen Christina, mais on se félicitera surtout qu'il ne soit pas Wild Orchids, car tout exotique qu'il soit, la débauche de chinoiseries est ici savamment contrôlée et limitée à une scène de carnaval servant parfaitement l'intrigue. Sublime de bout en bout, Garbo émeut en jeune femme prise au piège d'un mariage ennuyeux, avec en point d'orgue les scènes d'ouverture dans lesquelles la Divine n'est rien moins qu'époustouflante en trouvant le parfait équilibre entre ennui, désir d'évasion, enthousiasme et dynamisme.

1935:

Anna Karenina (Clarence Brown). 

Quatre ans après Inspiration, Garbo retrouve Brown et tourne, dans cette seconde adaptation du roman de Tolstoï, l'un de ses meilleurs films. Divinement enjouée lors des scènes moscovites, superbement émouvante dans ses rapports avec son fils, sublimement touchante en compagnie de Vronski, extraordinairement torturée par Karénine, Garbo est tout simplement épatante et brille de mille feux dans chacune de ses scènes. Elle est en outre bien aidée par un casting des plus luxueux comptant Fredric March, mais surtout deux des meilleurs seconds rôles des années 1930, Maureen O'Sullivan en une Kitty vivace et spontanée, et Basil Rathbone en époux tellement classe qu'il m'a rendu follement amoureux. 

1936:

Camille (George Cukor). 

Mais malgré toutes ces indéniables réussites, Garbo frappe encore plus fort et livre, sous la direction de Cukor, la meilleure performance de sa carrière, la seule qui d'ailleurs ait jamais trouvé grâce à ses yeux. En effet, sa dame aux camélias est un éblouissement de tous les instants, avec notamment toutes ces scènes de souffrance amoureuse qui mettent particulièrement bien en valeur l'extraordinaire talent de tragédienne de la star. Mais le meilleur dans tout ça, c'est bien entendu la toute première partie où l'héroïne voit naître ses sentiments pour un Armand Duval fort bien joué par un attrayant Robert Taylor, et où Garbo est absolument indépassable en courtisane radieuse et amusée. Sans oublier cette apparition en tout point merveilleuse avec ce bouquet de camélias en mains. Nommée à l'Oscar pour ce rôle phare dans sa carrière, la Divine ne fut même pas récompensée, quoique sa défaite fit couler beaucoup d'encre, ce qui n'a rien d'étonnant vu les sommets atteints par elle dans ce film.

1937:

Conquest (Clarence Brown, Gustav Machatý). 

Après avoir enchaîné quatre rôles absolument sublimes en quatre ans, Garbo retrouve Brown pour la dernière fois dans un film qui, certes réussi, tranche quelque peu avec les précédents par son caractère moins étincelant. La Divine y est pourtant irréprochable, mais comparée à la Reine Christine et la Dame aux camélias, Marie Walewska fait quelque peu pâle figure. Heureusement, les rapports de l'actrice avec Charles Boyer sont excellents, de même que cet élégant dialogue avec May Whitty en Laetitia Bonaparte tout à fait compréhensive. A noter également une scène très drôle où l'empereur ahuri se fait joyeusement dénigrer par une amusante Maria Ouspenskaya en comtesse royaliste pas très en avance sur son temps. Quoi qu'il en soit, un bon film, mais clairement pas le plus marquant dans la filmographie de Garbo ou de ses partenaires.

1939:

Ninotchka (Ernst Lubitsch). 

Concrétisant un vieux rêve de Lubitsch qui désirait tourner avec la Divine depuis 1932, cette brillante comédie constitue le dernier chef-d'oeuvre de la carrière de Garbo. Mais quel chef-d'oeuvre! Hilarant de bout en bout, le film exploite à merveille la personnalité publique de l'actrice afin de préparer l'un des retournements de situation les plus drôles de l'histoire du cinéma, dans lequel la star rit aux éclats comme jamais auparavant. Parodiant avec délectation les moeurs austères d'une Russie stalinienne peu ouverte aux émotions, Garbo est fort bien aidée par un très bon Melvyn Douglas pour faire de cette délicieuse satire politique un enchantement dont on ne se lasse pas. Petite pensée tout particulière pour les scènes consécutives au fameux rire, notamment celle du conseil avec les autres envoyés moscovites, et celle de l'arrivée chez Douglas avec un nouveau chapeau : jamais Garbo n'aura été plus chaleureuse que dans ces moments-là, de quoi provoquer de multiples ravages.

1941:

Two-Faced Woman (George Cukor). 

Le point final d'une carrière exemplaire, la MGM n'étant d'ailleurs pas franchement mécontente de pousser la star vers la sortie suite à l'échec du film, en grande partie dû à sa date de sortie tombant en plein pendant les événements de Pearl Harbor. Garbo elle-même sentait que le personnage n'était pas fait pour elle, et pourtant, elle est excellente dans ce rôle comique, parfois encore plus drôle que dans Ninotchka. Malheureusement, le film ayant souffert de la censure, de nombreuses scènes furent coupées, de quoi ôter bien de la cohérence à l'ensemble, d'où le sentiment d'avoir affaire à un film inégal, quoique très plaisant. Cependant, Garbo n'y est absolument pour rien, et il reste fort dommage que ses efforts pour faire rire n'aient pas réussi à sauver la totalité de l'oeuvre. On pensera notamment à cette amusante scène de danse qui montre une actrice habituellement très posée ne pas se prendre du tout au sérieux. En somme, une note finale peu représentative de la filmographie de l'actrice, mais qui reste à voir pour tout cinéphile qui se respecte.

Quoi qu'il en soit, vu le nombre de chef-d'oeuvres que Garbo peut se targuer d'avoir à son actif, en plus de toutes ces performances très réussies, y compris dans des films ratés, son statut iconique et légendaire est pleinement mérité. Pour conclure, voici deux petits tops destinés à mettre en lumière les oeuvres clefs de sa carrière:

Top 5 performances: 5° Torrent, 4° The Painted Veil, 3° A Woman of Affairs, 2° Queen Christina, 1° Camille.

Top 5 films: 5° Anna Karenina, 4° Ninotchka, 3° Camille, 2° Queen Christina, 1° Gösta Berlings Saga.