dimanche 28 septembre 2014

Oscar de la meilleure actrice 1933

Comme vous l'avez peut-être lu, j'ai déjà publié des articles "Oscars et années 1930", mais en m'alignant sur la césure alors en vigueur dans l'organisation des cérémonies, une année oscarienne avant 1934 allant selon l'Académie de juillet à juin. Mais comme dans mon système personnel je fais remonter mes remises de prix à 1920, afin de couronner les grandes actrices de l'époque, j'en profite également pour m'aligner à présent sur les années civiles, histoire que tout soit plus clair et, dans un certain sens, plus juste. A part ça, sachez qu'il me manque encore plein de grands noms à découvrir pour cette année, mais puisque j'en suis déjà à plus d'une cinquantaine de performances éligibles en prenant en compte le domaine public et la série B, c'est assez pour pouvoir écrire sans trop de scrupules. Sur ce, que devient ma nouvelle sélection pour les actrices de 1933?


Greta Garbo - Queen Christina: J'ai revu le film ce mois-ci afin de faire des captures d'écran, 294 en l'occurrence, et ce qui m'a une fois de plus sauté aux yeux, c'est que la reine Christine est vraiment le rôle pour lequel était faite la Divine, peut-être plus encore que Marguerite Gautier. En effet, pour une actrice aussi mythique, incarner une reine n'était que la moindre des choses, et Garbo a précisément la prestance et la gravité requises, au point d'en imposer à tout le monde dès qu'elle entre en scène. Et bien entendu, elle ne manque pas d'humaniser Christine en ajoutant beaucoup d'humour au rôle, comme en témoignent ses sourires chaleureux devant l'ambassadeur de France et plus encore le plaisir manifeste qu'elle a de se jouer de John Gilbert en se faisant passer pour un homme. Or, les relations entre ces deux partenaires de légende fonctionnent comme au temps de leurs grands succès du muet, et Garbo n'a jamais été aussi adorable que lorsqu'elle s'épanouit à ses côtés, avant de restituer à merveille la tonalité plus sombre de la dernière partie, faisant au passage preuve d'un érotisme latent en se débarbouillant par exemple dans la neige, ou en dégustant une grappe de raisins. Cependant, la dimension la plus intéressante de cette performance, c'est tout ce jeu sur les ambiguïtés sexuelles, Garbo trouvant le parfait équilibre entre masculin et féminin, au point d'être même plus à l'aise en femme dans des habits d'homme qu'en femme dans des robes de satin. Enfin, elle est également ravie d'interpréter un personnage bisexuel de façon totalement décomplexée, ce qui ajoute au charme de cette performance. Cerise sur le gâteau, les envolées lyriques caractéristiques de sa carrière passent très bien ici, car elle en use surtout quand la reine se met en scène, mais évite précisément d'en faire trop lors des moments dramatiques, d'où une compréhension parfaite du rôle. En somme, il s'agit là d'un rôle éblouissant dont la postérité a surtout retenu la célèbre séquence à la proue du navire, bien que ma préférée reste de loin celle des souvenirs dans la chambre d'auberge, où non contente d'être plus cinématographique que jamais, la Divine offre l'un des moments les plus humains et touchants de sa filmographie.


Ann Harding - Double Harness: Faire des recherches a décidément du bon, car je n'avais jamais entendu parler de ce film jusqu'alors, ce qui m'aurait privé du plaisir de découvrir une excellente performance portée par une Ann Harding une fois de plus très convaincante, qui se paye en outre le luxe de s'approcher à grands pas des sommets de mon panthéon. D'ailleurs, c'est probablement son meilleur rôle parmi tout ce que j'ai pu voir de sa filmographie, principalement parce qu'elle est ici plus manipulatrice qu'à l'accoutumée, et par conséquent moins facilement sympathique que dans Holiday et Peter Ibbetson. En outre, le rôle est vraiment bien écrit, ce qui lui permet de jouer un personnage complexe et somme toute moderne, sans compter que, cerise sur le gâteau, elle abandonne volontiers ses envolées lyriques trop appuyées pour apporter cette même modernité dans son jeu. Elle semble ainsi naturelle dès son entrée en scène, très à l'aise dans un rôle de jeune mondaine des beaux quartiers, sans oublier d'être éminemment charismatique, d'où le crépitement de ses échanges avec William Powell, qu'elle piège pour le forcer à l'épouser afin de faire quelque chose de sa vie. Elle ajoute ensuite une plus grande touche émotionnelle lorsqu'elle réalise qu'elle tombe amoureuse de son mari contre son gré, et il reste d'ailleurs très intéressant de la voir constamment tenter de garder contenance en public alors que tout se bouscule dans son esprit, que ce soit devant sa sœur alors qu'elle aperçoit Powell avec une autre, ou devant ses invités alors qu'elle est en train de défaillir intérieurement puisque son époux vient de la quitter après avoir eu vent de son stratagème. La scène des confessions est aussi très touchante, mais comme le film reste avant tout une comédie, d'autres rebondissements sont à prévoir, dans lesquels l'actrice s'en sort finalement tout aussi bien. Ann Harding trouve ainsi le parfait équilibre entre humour et émotion, tout en complexifiant son personnage autant que faire se peut: je suis donc à nouveau conquis et ne regrette nullement cette heure passée en sa compagnie.


Miriam Hopkins - The Stranger's Return: Avec Temple Drake et Design for Living la même année, on peut dire que 1933 fut un excellent millésime pour Miriam Hopkins, tout comme le fut 1931 auparavant. Toutefois, c'est pour ce film assez méconnu de King Vidor que je la nomme cette année, sachant que j'adore cette fiction intelligemment scénarisée, portée par une vision adulte des rapports humains et dotée de personnages complexes multidimensionnels qui piquent tous l'intérêt, à l'exception des deux cousines stéréotypées. Or, Miriam rend parfaitement justice à son rôle savoureux, en prenant bien soin d'en extraire tout ce qu'elle peut, sans jamais se départir de son fabuleux charisme. Elle trouve ainsi l'équilibre subtil entre fille de la campagne et citadine, la première étant constamment dotée de la classe acquise à la ville, la seconde sachant fort bien s'adapter à la société rurale qu'elle redécouvre, avec en point d'orgue la délicieuse scène de la tarte! Par ailleurs, c'est un réel plaisir de voir que l'actrice ne se pose jamais en victime alors qu'elle est plus ou moins traitée comme une étrangère dans sa propre famille, ce qui lui permet d'étoffer ses rapports avec les autres habitants de la ferme, dont Lionel Barrymore avec qui elle noue une complicité vivace qui débouche sur des échanges particulièrement savoureux. Enfin, Miriam prend le parti de ne pas faire montre de ses manières expansives plus habituelles, usant au contraire de toute sa subtilité pour bien correspondre à la tonalité du film, et renforcer par-là même la force de sa relation amoureuse avec Franchot Tone, ce qui est évidemment un très bon choix. On se retrouve alors avec un portrait très détaillé sur différents niveaux entre amour naissant, rapports familiaux, et réadaptation à un univers qu'on a quitté jadis, de quoi donner au spectateur le goût d'une performance complète fort bien analysée par l'actrice. Ce n'est donc pas pour rien que Miriam Hopkins est mon idole préférée, et à vrai dire, elle me donnerait presque envie d'apprendre à fumer rien que pour la voir me proposer une cigarette avec le même charme dont elle fait preuve envers Lionel Barrymore!


Mary Pickford - Secrets: Jusqu'à présent, je n'avais jamais apprécié Mary Pickford dans ses films parlants, entre le désastreux Coquette et sa Mégère apprivoisée un peu sèche, mais vraiment, sa dernière apparition dans Secrets est plus éblouissante que jamais, d'autant qu'elle lui permet d'user de ce qu'elle sait faire de mieux, à savoir jouer les jeunes filles à quarante ans passés, tout en offrant de nouvelles dimensions à travers le vieillissement progressif de son personnage. L'héroïne est ainsi développée sur trois époques différentes, au sein desquelles l'univers change d'ailleurs du tout au tout entre richesse et confort rudimentaire, et Pickford réussit parfaitement à lier tout ça avec une grande cohérence. Dans la première partie, elle est tout d'abord très drôle en jeune fille dynamique qui prend plaisir à flirter, l'air de rien, derrière son ombrelle et à l'abris des regards de son chaperon, et n'était le physique de quadra à présent assez affirmé, elle serait très crédible dans la jeunesse du personnage grâce à son comportement insouciant, sans compter qu'elle imprime dès le début l'idée qu'elle serait prête à tout sacrifier pour suivre un homme de condition modeste. Cela mène à une seconde partie radicalement différente où le couple est à présent installé dans une petite ferme du Far West, et dans laquelle Pickford s'adapte bien à cette vie difficile. Cependant, son véritable morceau de bravoure, c'est lors de l'attaque de la maison par des rivaux, où l'actrice livre l'un des sommets de sa carrière lorsqu'elle comprend que sa fille a été touchée par une balle perdue, avant de dire calmement "She's asleep", les larmes aux yeux, pour ne pas inquiéter son mari sur le moment. Après cette très grande réussite, la troisième partie intéresse légèrement moins, même si l'actrice crève une fois de plus l'écran lorsqu'elle est confrontée à la maîtresse de son mari, tout en faisant preuve d'une extrême dignité comme on pouvait l'attendre d'une grande dame à présent épouse d'un riche politicien. On se demande même comment Leslie Howard peut lui avoir préféré l'autre ne serait-ce que trente secondes! Quoi qu'il en soit, l'évolution du personnage reste très cohérente à travers ces différentes épreuves, et Mary Pickford brosse un portrait complet qui lui permet de clore sa carrière en beauté.


Barbara Stanwyck - The Bitter Tea of General Yen: Comme pour Miriam Hopkins, Barbara Stanwyck peut se targuer d'avoir régné sur l'année 1933 grâce à au moins deux grandes performances absolument dignes d'éloges: Baby Face et The Bitter Tea of General Yen. Je la trouve fabuleuse dans le premier, mais comme je nomme déjà Jean Harlow dans la version comique de la même histoire un an plus tôt, je choisis de parler de mon film favori de Frank Capra, dont les flots d'exotisme ne manquent pas de ravir le collectionneur de chinoiseries que je suis. Mais revenons surtout à Barbara qui est encore une fois éblouissante dans un rôle complexe, en l'occurrence celui d'une fiancée de missionnaire en pleine confusion des sentiments après avoir été enlevée par un général chinois. Dans un phrasé moderne et médical, il s'agit d'une véritable analyse du syndrome de Stockholm que livre ici l'actrice, qui nourrit justement le rôle de façon progressive en résistant très nettement à son attirance envers Nils Asther, avant de céder peu à peu. Ainsi, c'est avec une facilité déconcertante qu'elle passe du dégoût au désir, ce que résume parfaitement la célèbre séquence onirique où l'on ressent toutes ces émotions contradictoires qui bouleversent l'héroïne. D'autre part, Barbara a également, et ce n'est évidemment pas une surprise, le charisme nécessaire pour porter ce personnage volontaire qui n'hésite pas à défendre la concubine de son ravisseur, et à proposer sa propre vie en échange tout en défiant le mystérieux général du regard. Elle ne perd donc jamais une occasion d'étoffer son rôle, mais comment en douter lorsqu'on a affaire à Barbara Stanwyck? Quoi qu'il en soit, elle rend l'héroïne réellement poignante, surtout dans les dernières séquences, tout en participant à la remise en cause des pires clichés d'un orientalisme fantasmé afin de donner une image positive des sentiments entre une Occidentale et un (hélas faux) Asiatique, ce qui est plutôt osé pour un film de 1933. On peut alors critiquer l'emploi d'un acteur danois pour le rôle du général, mais il n'en reste pas moins que cette histoire d'amour est bouleversante, et tout particulièrement grâce à Barbara.


Ainsi, ma liste me donne l'occasion de conserver mes trois candidates de l'article 1932/1933, en y ajoutant Ann Harding et Mary Pickford dans deux très belles découvertes. Vais-je cependant rester sur la même lauréate? La réponse est...


Greta Garbo - Queen Christina

Oui! Sincèrement, Garbo donne la performance de l'année dans ce chef-d'oeuvre qu'est Queen Christina, très certainement mon film préféré de 1933, et ce tout en livrant l'un des deux plus grands sommets de sa carrière, aux côtés de sa fabuleuse Marguerite Gautier. Elle conserve donc son titre sans aucune hésitation, et ce en dépit d'une forte concurrence en face. Sa principale rivale reste toujours Miriam Hopkins pour ses trois excellents rôles de l'année, mais Barbara Stanwyck n'est pas loin derrière avec deux rôles tout aussi mémorables. Mary Pickford se classe quant à elle quatrième pour son magnifique chant du cygne, tandis que la toujours fascinante Ann Harding vient clore ce palmarès en beauté.

Et pour conclure, le classement fowlerien des performances...

dignes d'un Oscar: Greta Garbo (Queen Christina): voir ci-dessus. Miriam Hopkins (The Story of Temple Drake) (The Stranger's Return): pour le Vidor, voir ci-dessus. Pour Temple Drake, qu'il est impressionnant de voir à quel point l'actrice ne craint pas de composer un personnage relativement désagréable trempant au beau milieu d'un propos des plus sordides. Et malgré son statut de victime terrifiée, elle ajoute de multiples détails pour ne pas rendre l'héroïne immédiatement sympathique, ce qui est tout à son honneur. Barbara Stanwyck (Baby Face) (The Bitter Tea of General Yen): voir plus haut pour le Capra, mais que cela ne fasse pas oublier à quel point elle est fabuleuse dans Baby Face, où elle reprend le rôle de Jean Harlow dans Red-Headed Woman d'un point de vue tragique, en composant une héroïne prête à tout pour gravir les échelons, à grand renfort d'une vulgarité parfaitement assumée. Dans l'ensemble, le film est peut-être moins crédible que la comédie qui l'a précédé, mais Barbara tire le tout vers le haut avec un brio impressionnant.


dignes d'une nomination: Lillian Gish (His Double Life): l'occasion de découvrir une Lillian Gish comique qui, l'air de ne pas y toucher, réussit à être extrêmement drôle avec un naturel désarmant, notamment lorsqu'elle répond à Roland Young que peu lui importe sa véritable identité, du moment qu'il n'a pas commis de meurtre. Disons que pour une actrice traditionnellement tragique, le contraste est saisissant, avec en prime une certaine dose de tendresse qui lui va à ravir. Ann Harding (Double Harness): vraiment, une très bonne surprise que je vous invite à découvrir si ce n'est déjà fait. Miriam Hopkins (Design for Living): encore une excellente performance de la part d'Hopkins, cette fois-ci dans le registre comique où, sans atteindre les sommets du Lieutenant et Becky Sharp, elle rend parfaitement justice à cette jeune femme libre et dynamique qui se refuse à choisir entre deux hommes. Mary Pickford (Secrets): voir ci-dessus.


dignes d'intérêt: Claudette Colbert (I Cover the Waterfront) (Torch Singer): les films ne sont pas très bons, mais Colbert prouve à nouveau qu'elle est toujours à même de se hisser au-dessus du matériel pour sauver ce qu'elle peut, notamment par son dynamisme dans le premier. Dans Torch Singer, elle suggère parfois trop lourdement la tristesse du personnage, et devient trop manifestement gouailleuse après avoir été humble dans la première partie, mais son charisme et sa capacité à tisser une grande complicité avec son enfant rehaussent totalement l'ensemble de son travail. Betty Comspon Marian Marsh (Notorious but Nice): découvrant tout juste Marian Marsh, j'ai été vraiment  ravi de voir qu'elle joue plutôt bien, notamment lors du procès, et n'hésite pas à donner de l'énergie au rôle, en tenant par exemple tête à son patron, en dépit de quelques imperfections, dont sa façon de rire pour enchaîner sur des pleurs peu crédibles. Néanmoins, elle se fait entièrement voler la vedette par la fabuleuse Betty Compson, qui crève l'écran dans un rôle ambigu d'amie décontractée au grand cœur, et annonce par-là même de nombreux seconds rôles de wisecracking friends davantage passés à la postérité. Marion Davies (Going Hollywood): après une jolie entrée où elle brille par son charisme, on regrette qu'elle n'ait pas grand chose à se mettre sous la dent. Mais elle reste assez charmante pour donner envie d'y revenir de temps à autres. Marlene Dietrich (The Song of Songs): bien sûr, Marlene en paysanne prude et naïve n'a aucune crédibilité, même si son charisme est déjà prêt à percer sous ses grosses nattes, mais la deuxième partie plus dans sa zone de confort m'a vraiment plu, sans compter que ses larmes sur mon morceau favori de Tchaïkovski me rendent totalement partial. Irene Dunne (If I Were Free) (Ann Vickers) (No Other Woman): autant de films franchement ternes, d'où la divine Irene parvient toujours à sortir la tête haute par son jeu moderne et sa personnalité. Une préférence pour No Other Woman où sa présence à l'écran est magnétique, spécialement dans sa façon de tout faire passer par le regard. Glenda Farrell (Mystery of the Wax Museum): je n'attendais absolument rien de ce film ou de cette performance, mais force est de reconnaître que Glenda Farrell est plus qu'intéressante en journaliste dynamique prompte à mener l'enquête. Et même si la seule chose qu'on lui demande est de crier d'épouvante, ça ne l'empêche nullement de servir parfaitement le propos. Janet Gaynor (Adorable): bon, d'accord, elle est parfois totalement ridicule, principalement quand on croit qu'elle va forcer des portes à coup de pied de biche alors qu'elle se contente juste de frapper dans ses mains en musique, mais elle est malgré tout très dynamique sous ses minauderies. Disons qu'on est très loin de Jeanette MacDonald dans le genre princesse, mais pour une petite souris de la trempe de Gaynor, c'est un sommet. Katharine Hepburn (Little Women): une version vraiment mythique de Jo, porté par le dynamisme de l'actrice qui reste bien meilleure ici que dans Morning Glory, et préfigure même par ses larmes sa fabuleuse Alice Adams. Carole Lombard (Supernatural): j'avais peur que la jeune endeuillée du début manque de peps et reste assez renfrognée, mais dès qu'intervient la séance de spiritisme et que le personnage retrouve toute son énergie, la performance d'actrice devient de plus en plus intéressante. Myrna Loy (Penthouse): une fois encore, et sans aucune surprise, Myrna Loy m'a totalement ébloui via son naturel désarmant, son charisme, sa repartie et son extraordinaire capacité à créer une parfaite alchimie avec son partenaire. Dès lors, même sans grandes scènes expansives, elle brille de mille feux et prouve qu'elle mérite absolument de figurer dans mon top 10 intemporel. Esther Ralston (To the Last Man): comme pour Farrell, je n'aurais jamais pensé trouver là matière à satisfaction, alors qu'Esther Ralston est en tout point remarquable dans ce western, ajoutant plein d'énergie et de répondant au personnage, n'hésitant pas à se battre à l'occasion, et jouant bien la tristesse sans la rendre larmoyante. Dès lors, on s'intéresse vraiment à elle, et ce d'autant plus qu'elle fait preuve d'une réelle présence d'esprit. May Robson (Lady for a Day): plus de détails iciGinger Rogers (Professional Sweetheart): je ne garde pas forcément un très bon souvenir de ce film, dans lequel Ginger se promène en nuisette tout en essayant de se faire passer pour très sage afin de soigner sa carrière, mais à défaut d'être drôle, l'actrice est assez dynamique pour intéresser un minimum. Margaret Sullavan (Only Yesterday): un rôle très représentatif de ce que sait faire l'actrice, évitant constamment le mélodrame malgré sa tristesse, et gardant toujours un certain dynamisme. Sheila Terry (The Sphinx): qui l'eût cru? Une performance digne d'intérêt dans ce genre de films? Eh bien oui, l'actrice sachant parfaitement jouer, tout en étant dotée d'une bonne dose de charisme qui sert bien son personnage de journaliste. Mae West (I'm No Angel) (She Done Him Wrong): la quintessence de Mae West dans deux mauvais films, où elle en impose par son charisme et sa repartie cinglante, sans avoir peur une seule seconde de se jeter dans la gueule du lion! Loretta Young (Man's Castle) (Midnight Mary) (Zoo in Budapest): la preuve que 1933 fut également une formidable année pour Loretta, qui a au moins le mérite d'être très charmante dans le zoo hongrois, beaucoup plus piquante en accusée dans Midnight Mary, où je ne l'ai cependant pas aimée autant que la plupart d'entre vous, et vraiment touchante chez Borzage.


ratées mais dignes d'intérêt: Katharine Hepburn (Morning Glory): pour un avis détaillé sur sa performance, voir mon article 1932/1933. A part ça, je la classe dans cette catégorie spécifique car malgré toutes mes réserves à son égard, je préfère cent fois passer une soirée avec Kate dans Morning Glory qu'avec les performances suivantes, et son dynamisme reste de toute manière plus intéressant que la zone de confort des autres. Evalyn Knapp (Corruption): elle ne sait clairement pas jouer dès qu'on lui demande de pleurer, mais elle reste assez pétillante, notamment dans ses regards en coin, pour laisser une impression plutôt favorable. Colleen Moore (The Power and the Glory): elle est calme et touchante, dynamique bien qu'un peu quelconque dans la jeunesse de la dame, et assez frustrée dans sa vieillesse. Le problème, c'est que rien dans son jeu ne fait comprendre pourquoi le personnage réagit comme ça, spécialement dans sa scène d'explications avec Tracy, où elle reste trop atone pour apporter une liaison cohérente entre la femme aigrie et l'incurable désespérée qui suit. Elle est en tout cas assez développée pour être considérée comme un petit premier rôle. Diana Wynyard (Cavalcade): comme pour Hepburn, voir mon autre article, et comme pour Hepburn, je la classe également ici, car bien qu'elle soit franchement insupportable, elle a le mérite de bien restituer la hauteur de cette grande dame, tout en étant pas trop mal à la fin. En outre, le rôle est bien plus prestigieux que ses concurrentes suivantes, de quoi lui faire gagner quelques points.


sans saveur: Madge Bellamy (Gigolettes of Paris): techniquement, elle n'est pas mauvaise quoiqu'assez monocorde, mais elle est tellement quelconque qu'elle ne laisse finalement pas grand chose à dire sur sa performance. Alice Brady & Maureen O'Sullivan (Stage Mother): la seconde est assez insupportable, la première est dotée du meilleur rôle d'artiste ratée transformée en mère étouffante, mais vu la matière on regrette qu'elle ne soit pas plus mémorable. Janet Gaynor (State Fair): elle a quand même du répondant même si elle n'est pas loin d'être atroce lorsqu'elle force au maximum dans le registre petite fille. De toute façon, elle se fait rapidement éclipser par Louise Dresser. Leila Hyams (The Constant Woman): en toute honnêteté elle joue plutôt bien mais elle est tellement angélique qu'on se soucie peu d'elle à la fin, d'autant que Claire Windsor détient le meilleur rôle. Zita Johann (The Sin of Nora Moran): après avoir volé la vedette à tous les passagers de Luxury Liner, et après avoir refusé tous les scenarii proposés par la MGM sous prétexte que le studio produisait de gros navets, chose qu'elle a dit à Irving Thalberg en personne, on était en droit d'attendre quelque chose d'au moins intéressant de sa part. Sauf que non. Elle est totalement insipide dans la première partie, toujours prête à grimacer, et seule sa fermeté lors du procès parvient à sauver quelques meubles. Evalyn Knapp (His Private Secretary): contrairement à Corruption, elle pétille déjà beaucoup moins ici, au point qu'elle n'est pas vraiment mémorable, avec le recul. Lila & Gwen Lee (The Intruder): deux rôles féminins parfaitement inutiles, la faute à un scénario qui ne sait pas quoi en faire. Mais qu'attendre d'un tel navet de toute façon? Marian Marsh (A Man of Sentiment): alors, on sent bien une forte présence dès son entrée en scène, mais au fur et à mesure du film, ça commence à sentir le réchauffé tant ça lui demande peu de grain à moudre. Et le rôle est déjà moins intéressant que dans Notorious but Nice.


mauvaises et sans intérêt: Madge Bellamy (Riot Squad): le problème, c'est qu'elle donne toujours l'impression de jouer dans un film comique, ce qui n'est pas le cas, d'où un sentiment de déséquilibre assez prononcé. Sans compter qu'elle rate totalement sa dernière grande scène dramatique. Kathryn Crawford (Skyway): elle ne sait clairement pas jouer et grimace autant que faire se peut, au point qu'on n'arrive même pas à ressentir un minimum de sympathie pour son personnage. Sally O'Neil (By Appointment Only): elle surjoue tellement mal les jeunes filles qu'on se demande vraiment si elle a été jeune un jour, d'autant que sa vingtaine bien passée transpire vraiment sous ses gesticulations. Le pire, c'est qu'une fois son personnage devenu adulte, elle se comporte toujours comme si elle avait cinq ans... Anita Page (Jungle Bride): certes, le film est un gros navet, à côté duquel Four Frightened People passerait pour un très grand cru, mais ça n'empêche pas l'actrice de ne savoir nullement quoi faire de ses expressions, préférant lancer des regards vides de toute substance à la ronde. Diane Sinclair (Damaged Lives): une actrice monoexpressive dans un film atroce sur les maladies vénériennes. Brrrr.


catastrophiquesLora Baxter (Before Morning): bonheur! Elle est tellement mauvaise, et tout sonne tellement faux, qu'elle en devient absolument brillante! Son rire forcé, ses larmes pas du tout crédible, ses répliques mal récitées, son air constipé... tout est parfaitement malmené par l'actrice qui se paye en outre le luxe de massacrer le clou du spectacle, lorsqu'elle découvre la mort de son mari: un temps de latence, les mains sur le visage, le corps gondolé prêt à s'évanouir, le tout suivi de ce "Ouuuuuuh" passablement énervé avant de s'arracher les cheveux en s'écriant: "He is dead! I can't believe it! Snif snif snif." A vrai dire, elle donne envie de voir et revoir ce très mauvais film rien que pour guetter son prochain regard écarquillé. Quel dommage qu'elle n'ait d'ailleurs fait que cet unique film dans toute sa carrière.


à découvrir: Mary Astor (The Little Giant), Constance Bennett (Bed of Roses) (Our Betters), Joan Blondell (Goodbye Again), Nancy Carroll (The Woman Accused), Ruth Chatterton (Female) (Lilly Turner), Mae Clarke (Fast Workers) (Turn Back the Clock), Claudette Colbert (Three Cornered Moon) (Tonight Is Ours), Joan Crawford (Dancing Lady) (Today We Live), Henrietta Crosman (Pilgrimage), Bebe Daniels (Cocktail Hour) (Counsellor at Law), Marion Davies (Peg o' My Heart), Bette Davis (Ex-Lady) (Parachute Jumper) (The Working Man), Marie Dressler (Tugboat Annie), Irene Dunne (The Silver Cord), Madge Evans (Beauty for Sale), Glenda Farrell (Girl Missing), Kay Francis (I Loved a Woman) (The House on 56th Street), Ann Harding (When Ladies Meet), Jean Harlow (Bombshell) (Hold Your Man), Helen Hayes (The White Sister), Myrna Loy (The Barbarian) (The Prizefighter and the Lady), Una Merkel (The Women in His Life), Ginger Rogers (Chance at Heaven), Sylvia Sidney (Jennie Gerhardt) (Pick-Up), Barbara Stanwyck (Ladies They Talk About), Diana Wynyard (Men Must Fight), Fay Wray (One Sunday Afternoon), Loretta Young (Employee's Entrance) (Grand Slam) (She Had to Say Yes) (The Devil's in Love)


← Best Actress 1932   Best Actress 1933   Best Actress 1934 →

samedi 30 août 2014

Deanna mène l'enquête: Qui a volé l'Oscar de Joan Fontaine?


Bonjour à tous, ravie de vous retrouver. Il faut dire que j'ai une belle histoire à vous raconter, une histoire trépidante et palpitante digne des meilleurs films noirs des années 1940. Alors ouvrez grand vos oreilles! En effet, hier soir, j'étais invitée avec le tout Hollywood à la 14e cérémonie des Oscars, un joli spectacle quelque peu ennuyeux où j'avais bien fait d'emmener ma lecture du moment, un succulent roman policier de l'immense Wayne Morgan, mon idole. Et j'étais presque arrivée au bout du dénouement lorsque tout à coup... Scandale! La grande lauréate de l'Oscar de la meilleure actrice, Joan Fontaine, s'est évanouie au beau milieu de la salle, après avoir tenté d'expliquer qu'elle venait de se faire dérober son précieux trophée. Comme il a fallu la ramener d'urgence chez elle pour la réanimer et lui prodiguer les premiers soins, elle n'a pas eu le temps de révéler l'identité du coupable, mais heureusement, j'ai mené ma petite enquête de mon côté, tout ça pour découvrir que trois personnes étaient en somme fort bien placées pour commettre un tel méfait. 

Ainsi, trois suspects ont été vus auprès de la victime juste avant qu'elle ne soit spoliée:


1° Olivia de Havilland, sa propre sœur, elle aussi candidate pour le même prix.


2° Ginger Rogers, lauréate de l'an passé, qui a remis le prix à Joan cette année.


3° Gary Cooper, lauréat dans la catégorie meilleur acteur ce même soir.

Alors, sachant que dans cette salle pleine à craquer n'importe lequel des suspects aurait pu se glisser jusqu'à la table de Joan Fontaine pour lui dérober son Oscar, qui est, à votre avis, le vrai coupable?

Olivia de Havilland, par dépit d'avoir perdu, et qui aurait vraisemblablement gagné si Suspicion été sorti en 1942 comme prévu?

Ginger Rogers, en commando privé pour Bette Davis, elle aussi candidate cette année, dépitée de n'avoir toujours pas le troisième Oscar qu'elle attend si avidement?

Gary Cooper, par pur souci de proportionnalité: un homme de si grande de taille ne saurait se contenter d'un seul Oscar pour décorer sa cheminée.

Alors, des suggestions?

Rafaela Ottiano: Oui! Moi je sais! Moi je sais!

Deanna: Vraiment? Alors qui?

Rafaela: C'est Gary Cooper! Je l'ai reconnu en regardant de près, lorsqu'il a pris l'Oscar des mains de Joan Fontaine!

Deanna: Vous êtes sûre?

Rafaela: Certaine.

Deanna: Eh bien, mesdames et messieurs, la bonne réponse était...


Ginger Rogers!
En effet, ce dialogue enregistré par Louella Parsons, et déniché par mes soins lors de mes recherches, ne laisse aucun doute:

Ginger: Hep, moi aussi j'ai qu'un Oscar, c'est pas assez. Tu m'files le tien?
Joan: Ah non Ginger, tu n'oserais pas?!
Ginger: J'vais me gêner! Attention... 3... 2... 1...

Ginger: Niark niark! C'est à moi!
Joan: Je me vengerai.
Rafaela: Ah! C'est bien ce que je disais, Ginger Rogers! Je l'ai reconnue en regardant de près!

Ginger: Mais non, mais non, il ne faut pas le prendre comme ça. C'était juste du second degré, pour faire une blague à mon amie Joan. D'ailleurs, je m'en vais lui rendre son Oscar de ce pas, il faut juste que je retrouve le code du coffre-fort où je l'ai rangé... Tiens, où est le papier? Mince! J'ai perdu le code! Comme c'est triste, je crois que Joan va devoir gagner un autre Oscar une prochaine fois pour compenser...

Deanna: Et voilà le fin mot de l'histoire. Et une fois encore, le mystère a été éclairci grâce à moi. A bientôt pour de nouvelles énigmes!

vendredi 15 août 2014

Courrier du cœur: les bêtes du Sud sauvage.


Au secours!

C'est un scandale! Je suis profondément choquée! Je m'insurge! Voilà t-y pas que tout à l'heure, j'me promenais sur la plage abandonnée, et là, alors que j'étais juste rentrée pour lire mon blog préféré, qu'est-ce que j'lis pas? J'apprends qu'un cas de cheval maltraité a été signalé en Californie!

C'est une honte! Apparemment, le cheval en question aurait été sauvé in extremis de l'abattoir pour jouer dans un film, mais les gens qui l'ont engagé lui ont menti sur toute la ligne quand ils lui ont fait signer son contrat! Ainsi, ils ne l'ont pas arraché de là pour lui laisser la vie sauve, ils l'ont fait jouer dans ce film pour mieux le maltraiter!!! D'après ce que j'ai lu, la pauvre bête a été maquillée avec des produits douteux sur tout le corps, et ensuite, l'actrice principale lui a mis des rubans partout dans la crinière et sur la queue!

Et ça la fait rire en plus!!!
Et le pire, c'est qu'ils ont même osé faire monter le cheval dans un immeuble, sauf qu'à cause de son poids, l'animal est passé à travers le plancher et il est tombé à l'étage en dessous!

C'est proprement scandaleux! Je suis indignée! Je m'insurge! Les gens qui ont commis ce crime atroce sont très méchants! Il faut les punir! Appelez vite la police pour arrêter cette Mary Pickford et toute sa clique avant qu'ils ne s'en prennent à d'autres petites bêtes qui n'ont rien demandé à personne! Et faites tout votre possible pour ramener le cheval blessé dans ma fondation! Moi je m'en occuperai comme il se doit!

Animalement vôtre,

Brigitte                         

Tallulah: Dahlings, depuis quand reçoit-on des lettres d'enfants de cinq ans? Vous avez changé la ligne éditoriale ou... ?

Miriam: Chère Brigitte. Savez-vous que l'affaire dont vous parlez date de... 1920? Et que, bien que les rédactrices de ce blog aient l'insigne honneur d'avoir accédé à l'immortalité dans le meta-world gretallulien, vous vivez pour votre part en... 2014? Je vous laisse faire le calcul ou vous commencez à comprendre le problème?

Marlene: Pourquoi diable répondre à une fillette qui a confondu Gretallulah avec Le Journal de Mickey? Mettons la lettre au panier à recycler, ça fera du bien à l'environnement, au moins.

Joan: Eh, wait a minute! J'ai bien entendu que Mary Pickford allait être arrêtée? Pourquoi s'en priver? Quelqu'un peut-il joindre la police? J'aurai ainsi ma revanche sur toutes ces années d'humiliations à Pickfair, du temps de mon mariage avec Doug Jr.! I'm so excited!!!

Norma: Grands dieux, c'est elle qui folle à lier. J'appelle l'asile. 

Bette: Oh oui! Bon débarras! 

Miriam: De toute façon, à l'heure qu'il est, Mary Pickford s'est réfugiée dans un bayou, pour se mettre sous la protection de sept petits enfants. Je doute que la police daigne y mettre les pieds juste pour faire plaisir à Joan, ou à notre épistolière du jour...

Joan: What?! Alors, je me rendrai moi-même dans le bayou. Je vais la tirer de là et je la ferai blacklister pour m'avoir jeté un regard méprisant à un dîner, lorsque j'étais sa bru! Mieux! Je vais me déguiser pour qu'elle ne me reconnaisse pas, et je lui ferai manger une pomme empoisonnée, ainsi ma vengeance sera parfaite!

Marlene: Elle a vraiment perdu la raison?

Miriam: Elle a vraiment perdu la raison.

Norma: Allô, Irving? Oui, c'est moi... Dis, peux-tu me dire quand expire le contrat de... comment s'appelle-t-elle déjà? Tu sais, la fille LeSueur... Ah, oui, voilà, j'oublie toujours son nom à celle-là. Non, c'était pour dire qu'il va peut-être falloir racheter son contrat pour y mettre un terme plus tôt que prévu. Pourquoi? Mais parce qu'elle se prend pour Blanche-Neige en plein complexe d'Electre! Je vais appeler la Maison des Lilas Enchantés, il paraît qu'il leur reste une place dans une cellule capitonnée et... Allô? Allô? Mais... Bizarre, ça a coupé.

Bette: Zut!

Marlene: Joan, c'est malin d'avoir coupé les fils du téléphone à la hache, on n'a plus qu'à racheter un nouvel appareil.

Joan: Et alors? Vous croyiez que j'allais me laisser faire? Il faut impérativement que j'aille retrouver Pickford dans le Vieux Sud, et ni l'asile ni Norma ne me mettront des bâtons dans les roues.

Tallulah: Mais pourquoi diable vous entêter à aller là-bas, Dahling? Que vous a-t-elle fait de si horrible?

Joan: Ce qu'elle m'a fait? Mais du temps où j'étais invitée à Pickfair, j'étais terriblement maltraitée! Ma belle-mère m'obligeait sans cesse à faire le ménage et elle passait son temps à me crier dessus dès que j'amenais des vêtements sur des cintres en métal. Elle m'obligeait même à participer au nettoyage du jardin à l'aide d'une hache!

Marlene: La pauvre, elle prend vraiment ses fantasmes pour des réalités.

Miriam: En attendant, chère Joan, loin de moi l'idée de vous décevoir, mais savez-vous que l'îlot sur lequel s'est réfugiée votre ex-belle-mère est entouré de marais infestés d'alligators?

Joan: Who's cares? Je préparerai plus de pommes empoisonnées et je les ferai manger aux reptiles pour passer. En plus, je pourrais même me refaire une sublime garde-robe avec!

Brigitte: Quoi???!!! Qu'est-ce que vous avez dit que j'entends?! Vous voulez vous en prendre à de pauvres petits crocodiles qui ne voulaient pas vous faire d'autre mal que vous manger? C'est criminel! Vous aussi vous êtes méchante! Je vais porter plainte!

Greta: Oh non. Encore quelqu'un, ça suffit comme ça. Partez.

Brigitte: Ah! Le comble! Vous me demandez de partir alors que vous osez vous pointer devant moi en manteau de fourrure? Vous aussi, je vais vous faire arrêter, vous ne perdez rien pour attendre!

Norma: Bigre. Si c'est elle qui a écrit la lettre, elle n'a pas du tout cinq ans...

Tallulah: Elle en a même soixante-quinze de plus!

Brigitte: C'est ça! Parlez! Moquez-vous! En attendant, j'ai aussi des preuves contre vous! Après tout, vous avez bien tenté d'enlever cent un dalmatiens pour vous en faire un manteau! Je vous ai à l’œil!

Tallulah: Dahling, il faut savoir faire la différence entre fiction et réal...

Brigitte: Ouuuuuuh! Ces Américaines! Il faut boycotter le cinéma! Sauf mes films, bien entendu!

Marlene: Ça va être gai...

Brigitte: Comment? Alors vous aussi vous vous moquez? Très bien, eh bien puisque c'est comme ça, je prends ma Harley-Davidson et j'me casse en Mordovie rejoindre Gégé, dans cette grande démocratie respectueuse des droits de l'homme et des animaux! Vroum vroum! J'appuie sur le starter et... Mais, pourquoi je quitte la Terre??? Aaaaaah! Qu'est-ce qui s'paaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaasse...

Tallulah: Euh, c'était quoi, ça, dahlings?

Marlene: Miriam? Pourquoi avez-vous une clef à molette entre vos mains?

Miriam: Eh bien, vous vous souvenez d'Ellen Ripley qui est passée nous voir la semaine dernière? Comme je m'intéresse à tout, je lui ai demandé comment on fabriquait un vaisseau spatial. Finalement, bien m'en a pris car, alors que cette Brigitte commençait sérieusement à me donner la migraine, j'ai trafiqué son véhicule pour l'envoyer illico presto sur une autre planète. Vous savez, celle avec les Aliens! Comme ça, elle aura plein de petites bestioles à protéger, et tout le monde sera heureux.

Marlene: En tout cas félicitations, vous êtes encore plus redoutable que le plus rusé des renards. Reste plus qu'à savoir si Joan va finalement partir dans son marais louisianais.

Joan: Eh bien, à la réflexion... Non. Je viens de voir des images, vous auriez dû me dire que c'est plein d'herbe et de boue... Je risquerais de salir mes robes et, pire, de ramener plein de terre à la maison. Tant pis, je me vengerai de Mary Pickford une autre fois. Et puis, j'ai déjà tellement à faire avec Norma et Bette... N'est-ce pas, les filles?


dimanche 10 août 2014

Courrier du cœur: le huitième invité.


Chers tous, 

C'est aujourd'hui un cœur meurtri et désolé qui vous livre sa souffrance. En effet, voilà de nombreuses années que je recherche la femme que j'aime plus que tout au monde mais hélas, toutes mes tentatives pour la retrouver sont jusqu'à présent restées vaines. Dès lors, je ne puis m'empêcher de repenser au merveilleux séjour que nous avons passé ensemble, bien que les merveilleuses heures écoulées à ses côtés fussent aussi teintées de noirceur, puisque hélas, la cause de notre séparation est aussi vieille que le monde, ses amis à elle n'ayant jamais pu accepter ma différence...

Mais est-ce ma faute si je ne suis pas né avec une forme humaine? Est-ce ma faute si la nature m'a doté d'une bouche télescopique aux dents acérées? Et moi qui n'ai jamais voulu faire le mal en quelque occasion, dois-je être tenu pour responsable d'avoir été malencontreusement pondu dans le ventre d'un astronaute?  Et comme tout bébé qui vient de naître, pouvais-je savoir qu'en éclosant, je tuerai mon hôte sans le vouloir? Inutile de vous dire qu'après ces débuts houleux, il va de soi que les autres membres de l'équipage ne m'ont tout d'abord pas vu d'un très bon œil, mais par bonheur, mon Ellen n'a jamais eu ces craintes, aussi est-elle venue à moi avec tant d'amour et de gentillesse que je suis tombé amoureux sur le champ. Nous avons d'ailleurs vécu une poignée d'heures fabuleuses à chanter notre bonheur malgré nos différences, mais hélas, l'un de ses collègues, sans doute pris de jalousie après avoir été éconduit, a tout fait pour nous séparer. Pire: non content de vouloir garder Ellen pour lui tout seul, il voulait également m'enfermer à fond de cale pour mieux m'exhiber en public comme une bête de foire, une fois revenu sur Terre. Et comme il voulait bien entendu être tenu pour seul responsable de ma capture, il n'a pas hésité à décimer son équipage un par un.

De fait, son plan était redoutablement ingénieux puisque après m'avoir poursuivi dans les conduits d'aération et m'avoir coincé entre deux tuyaux, il a jeté sa balise pour se faire passer pour mort, afin de faire croire à ses collègues que j'étais un dangereux criminel avide de tous les manger! Personne n'ayant vérifié où son corps pouvait être, il a alors eu toute la liberté de tuer un à un les autres astronautes, épargnant Ellen pour des raisons perverses. Pourtant, j'ai bel et bien essayé de joindre tout le monde pour les mettre en garde, mais à chaque fois que j'entrais dans une salle, il était malheureusement passé avant moi... Alors qu'Ellen s'est crue la dernière survivante, sans compter son petit chat tout mignon, elle a tenté de fuir dans la navette de secours, mais par bonheur, j'ai pu la rejoindre in extremis pour m'expliquer avec elle. Prise de panique, et me croyant toujours coupable, elle n'a rien voulu savoir et m'a éjecté du véhicule sans autre forme de procès, probablement avant de se mettre en biostase le temps de dériver pour rejoindre la Terre. De mon côté, j'ai fini par atterrir sur une météorite, et à vrai dire, voilà 57 ans que je l'attends. Après tout ce temps, vous comprendrez que je commence à avoir faim... euh, je veux dire... faim de nos retrouvailles, qu'allez-vous imaginer? Elle me manque tellement!

Alors, pourriez-vous m'aider à retrouver ma chère Ellen? Savez-vous vers quelles directions sa navette a dérivé?

Alienement vôtre,

Zrkwxmprztvn                  

PS: Si vous savez également où je peux trouver son chat, un petit dessert de temps en temps ne fait de mal à personne... Enfin, je veux dire qu'à l'occasion de nos retrouvailles, je préparerai aussi un délicieux dessert pour le chat, hein!

Tallulah: Dahlings, avant de lui répondre, pouvez-vous me dire qui a eu l'affront de remplacer les bouteilles d'alcool du mini-bar par du lait?

Joan: C'est bien le moment de parler alcool après une lettre si romantique... Que lui répondons-nous?

Greta: Rien. Quelle idée, aussi, de vouloir retrouver des amis.

Miriam: En tout cas, je ne veux pas dire, mais si ça fait 57 ans qu'ils ne se sont vus, a-t-il pensé à chercher dans les maisons de retraite?

[Bruit de porte qui s'ouvre et de pas gluants: sflok sflok sflok.]

Alien: Bah, non. Elle est en biostase depuis tout ce temps, ça n'aurait aucun sens.

Greta: Oh. Non. Je supporte déjà difficilement la compagnie de mes collègues, mais alors celle d'un Alien, c'en est trop. Je vais finir par m'exiler sur un iceberg pour être tranquille.

Alien: Graou. En attendant, j'ai faim. Dans l'attente de retrouver Ellen, je vais commencer par vous.

Norma: Ah! J'en étais sûre! Il est bien plus méchant qu'il ne le laissait croire! Il faut le tuer avant qu'il ne nous mange. Que peut-on faire?

Bette: Pas de panique. J'ai justement gardé le revolver de La Lettre. Heureusement que je suis là! Alors, comment ça marche déjà? Ah oui, comme ça...

[Pan. Sflik. Rrrrrr.]

Bette: Ah mince! Je l'ai juste touché à l'épaule. Et il gicle un liquide bizarre en plus.

Joan: Oui, de si jolis rideaux... Heureusement que nous ne sommes pas dans mon salon.

Marlene: Attendez. S'il saigne de cette façon, on ne pourra pas le tuer normalement, ça pourrait salir les locaux. En ce cas, il faudra l'empoisonner.

Greta: Oh, oui, bonne idée. Et vous croyez vraiment qu'il va boire une tasse de thé empoisonné? En levant le petit doigt? Avec une serviette en dentelle peut-être?

Marlene: Il faut l'assommer pour le faire boire. Miriam, vous qui savez tout faire, prenez un Oscar et frappez-le au front!

Miriam: En temps normal je vous aurais bien rendu service, mais j'ai bien peur que... Oups, vous ne m'avez jamais donné d'Oscar. Si vous vouliez que je vous aide, il fallait voter pour moi en 1935, au lieu de donner le prix à la vieille furie qui a gagné à ma place!

Bette, prenant Miriam entre ses mains et la secouant comme un prunier: Tu sais ce qu'elle te dit la vieille furie? Qu'elle a gagné un deuxième Oscar pour un rôle créé par toi, et qui a fait un flop à Broadway! Hahaha!

Alien: Grrrrrrrr!

Marlene: Comme si c'était le moment de parler de ça! Bette, au lieu de vous acharner sur Miriam, prenez un de vos cinquante Oscars et assommez la bête!

Bette: Ah non, ce sont mes Oscars à moi, rien qu'à moi! Bas les pattes!

Marlene: Mais vous êtes la seule d'entre nous à pouvoir le faire. Ah moins que Joan ou Norma?

Joan: Désolée, j'ai passé ma matinée à briquer le mien, hors de question de le salir.

Alien: Grrrrrrrr. Euh, si je vous dérange, dites-le, hein.

Norma: Bon, j'ai compris. Dans ma grande bonté d'âme, je me sacrifie. Allez, petit Alien, viens par-là, penche-toi un peu, c'est ça...

[Boum.]

Norma: Et voilà le travail.

Marlene: Bon, vite, empoisonnons-le. Quelqu'un a du vitriol?

Greta: Bien sûr. Je me promène toujours avec une fiole sur moi.

Marlene: Joan et Bette, vous devez bien en avoir vous, pour les fois où vous vous croisez à la Warner?

Joan et Bette, sifflotant l'air de ne pas y toucher: Comment? De quoi voulez-vous parler?

Miriam: De toute façon, nous n'avons pas de poison dans le mini-bar, et comme Loretta Young est venue récemment jeter toutes les bouteilles d'alcool, il ne reste pas grand chose...

Tallulah: Sacrilège!

Marlene: Mais alors, quelle est la pire chose que nous pourrions lui faire boire?

Tallulah: Du lait.

Marlene: Tallulah! Ce n'est pas parce que votre taux d'alcoolémie est supérieur à celui d'un président russe que le lait fera office de poison pour tout le monde.

Tallulah: Vous avez une meilleure idée?

Marlene: Non.

Tallulah: Alors, allons-y! Ouvrez-lui la gueule, je verse.

[Glou glou glou.]

Joan: Oh, ça y est, il se contorsionne sur le sol... Il pâlit... Son souffle s'arrête... Son sang se glace... Ça y est, nous sommes saines et sauves!

Norma: Pfiou. Nous l'avons échappé belle, et mon Oscar est intact, tout va bien.

[Toc toc toc.]

Ellen: Euh... Dites donc, les filles, vous avez pas un peu l'impression de m'avoir volé la vedette? Non?

Miriam: Eh bien, peut-être que cet Alien a des frères et sœurs. Si vous voulez continuer de jouer les héroïnes, ne pourriez-vous retourner sur cette planète pour en exterminer quelques-uns?

Ellen: Hmmm... Ça n'a pas l'air d'être une si mauvaise idée après tout, je vais voir si ça vaut le coup d'y donner suite... Merci pour la suggestion.

vendredi 8 août 2014

Oscar de la meilleure actrice 1920

Et si les Oscars avaient existé dès 1920? Et s'ils étaient aussi vieux que la médaille d'honneur de Photoplay magazine? Quels auraient été mes choix (toujours en restant dans le monde hollywoodien)?

C'est ce que je vous propose de découvrir dès à présent avec mes cinq candidates dans la catégorie meilleure actrice. Les heureuses élues sont donc:

Priscilla Dean - Outside the Law: Aujourd'hui, Outside the Law reste surtout connu pour être le rôle qui a lancé Lon Chaney sur la voie d'une carrière royale tout au long de la décennie, et pourtant, il n'est qu'un personnage secondaire, le film étant entièrement dominé par sa tête d'affiche, la brillante Priscilla Dean. A vrai dire, je n'avais jamais entendu parler de la dame auparavant, ce qui est franchement regrettable car dans la peau de ce personnage préfigurant, dans une certaine mesure, les figures de Gloria Swenson et Julia, elle crève absolument l'écran, et s'ingénie à voler la vedette à tout le monde. En effet, elle est extrêmement charismatique et, bien qu'elle ait tendance à conserver une mine renfrognée tout en jetant des regards froids pas systématiquement subtils, ça passe finalement tout seul tant ça sert à la fois l'histoire et l'héroïne. D'ailleurs, même si elle s'exalte de façon assez amplifiée par moments, on n'osera jamais parler de surjeu car elle pense toujours à nuancer ses expressions. Par exemple, il lui arrive à plusieurs reprises de jeter des regards machiavéliques à la ronde, tout en souriant légèrement pour souligner son désabusement, et hop, elle parvient à indiquer de l'étonnement dans la seconde qui suit sans pratiquement rien changer. Parfois, le changement est beaucoup plus rapide et flagrant, comme lorsqu'elle sourit, parfaitement à l'aise dans un fauteuil, avant de menacer son interlocuteur avec un revolver, mais à défaut de subtilité, ça n'en reste pas moins très prenant. Elle parvient aussi à s'adoucir progressivement avec l'enfant caché dans son appartement, sans jamais céder trop vite à la tentation de se montrer rapidement sympathique, mais le meilleur, c'est qu'à partir du moment où elle change, elle crée dans l'instant une bonne complicité avec lui. D'autre part, elle est aussi très forte pour discuter comme si de rien n'était alors qu'elle prépare son revolver en cachette, et elle garde de toute façon une classe folle lorsqu'elle tient tous ces gangsters virils en respect, les dominant même par son jeu calme quand tout le monde fait la grimace à côté. Bref, elle réussit l'exploit de nous faire dire: "Qui se soucie de Lon Chaney quand on a Priscilla Dean?", ce qui n'est évidemment pas la moitié d'un compliment.


Louise Glaum - Sex: Là encore, je n'avais jamais entendu parler de Louise Glaum avant de m'intéresser à cette période de cinéma, et je suis absolument ravi d'avoir découvert une autre actrice très charismatique, qui parvient à porter tout un film sur ses épaules au sein d'une galerie de personnages tous fabuleusement bien écrits. En fait, elle aussi doit esquisser une évolution, puisque de vamp capricieuse, elle doit passer à une position d'insécurité lorsque intervient dans sa vie une sorte d'Eve Harrington nocturne, et force est de reconnaître qu'elle s'en sort avec tous les honneurs. Ainsi, le côté vamp est parfaitement rendu, et de façon beaucoup plus complète que l'ébauche de Theda Bara dans A Fool There Was, puisque Louise Glaum donne toujours un côté très humain à l'héroïne, jetant des regards satisfaits à la ronde pour bien montrer qu'elle règne sur le monde de la nuit. En outre, elle fume de façon très décontractée et joue constamment sur une vulgarité exacerbée, notamment lors de la confrontation avec l'épouse très digne, face à laquelle elle rit à gorge déployée, tout en se tenant légèrement courbée. Elle est aussi un brin patronale envers sa nouvelle recrue, en posant sa main sur son bras pour bien montrer qui commande, ce qui sied parfaitement au personnage. Elle sait aussi enlacer ses proies telle l'araignée de son costume de scène et le seul reproche qu'on peut lui faire est d'être en définitive assez peu subtile dans ses regards durs ou séducteurs, même si son langage corporel reste heureusement bien plus innovant, notamment lorsqu'elle désigne les gens du petit doigt, pour mettre en lumière sa singularité. Et puis, on passe tout naturellement à la seconde partie où l'héroïne, qui a tout abandonné pour un homme riche, se voit supplantée par son élève, si bien que l'actrice devient de plus en plus sobre dans sa mise, au point de rappeler l'épouse meurtrie, mais ce sans jamais rompre avec sa véritable nature : en effet, son maintien a peut-être gagné en noblesse, mais Adrienne reste malgré tout dure et vulgaire, prête à crier et poignarder au besoin. Il est juste dommage que sa détresse ne soit pas mieux abordée puisqu'elle joue une fois de plus sur des regards en coin trop lourds de sens, de quoi estomper un peu le fascinant potentiel des séquences finales. Néanmoins, on a bel et bien affaire à une grande performance marquante tout à fait digne d'une distinction.


Mabel Normand - What Happened to Rosa? J'avoue, je n'ai pas été tout de suite séduit par son approche du personnage à cause de son jeu constamment ahuri lors du premier quart d'heure, soulignant de façon trop ostentatoire le côté pas du tout dégourdi du personnage, mais dans l'ensemble, il s'agit d'une performance qui s'améliore considérablement sur la durée, au point de devenir un véritable morceau de bravoure comique. Au début, elle préfigure Clara Bow dans It et Mary Pickford dans My Best Girl, en jouant à la petite vendeuse maladroite qui renverse tout sur son passage tout en rêvant d'un futur meilleur, et pour bien en rajouter une couche, elle regarde toujours les gens d'un air totalement absorbé, notamment la voyante qui tente de l'arnaquer. Ceci dit, Mabel Normand trouve toujours plein d'idées lumineuses pour faire rire, notamment en se grattant la tête après que la voyante y soit passée, ou en levant légèrement la main pour marquer ses interrogations. Mais c'est surtout après qu'on lui a faussement annoncé qu'elle est la réincarnation d'une princesse espagnole que l'héroïne devient irrésistiblement drôle, en répondant par exemple de façon très snob à son amie intriguée, laquelle s'imagine que son petit ami est un employé alors qu'elle convoite un riche homme d'affaires, et il est fort amusant de voir Normand gagner en assurance pour jouer à la grande dame ridicule dans des atours qui ne lui vont aucunement. Elle est aussi toute mignonne quand elle sourit de satisfaction en caressant les tissus qui, croit-elle, la mettent en valeur, mais le plus drôle, c'est lorsqu'elle embrasse la photo du Who's Who en s'imaginant que l'homme qu'elle vient de croiser est le prince que la voyante lui a prédit. Mais surtout, la force de cette performance, c'est que l'actrice suggère toujours la maladresse de l'héroïne en dépit de ses aspirations de señorita, aussi est-il fort amusant de la voir par moments revenir à la réalité, notamment lorsqu'elle rêve tout en jouant de façon érotique avec des collants sur les jambes d'un mannequin, avant de tomber à la renverse. Elle gagne aussi en dynamisme dans la seconde partie, notamment en se travestissant en jeune homme, sans oublier de donner un petit côté touchant à l'histoire, en enlaçant son oreiller par pur fantasme. Dans l'absolu, disons que Mabel Normand n'a pas l'aisance et la coolerie d'une Marion Davies ou d'une Mary Pickford, mais la performance n'en reste pas moins charmante et réussie. 


Gloria Swanson - Why Change Your Wife? Autre héroïne qui doit subir une évolution drastique, Beth Gordon est elle aussi un véritable morceau de bravoure comique, soulignant par-là même à quel point Gloria Swanson pouvait être aussi douée dans des drames tragiques que dans des comédies légères et pétillantes. D'ailleurs, plus encore qu'Indiscreet et Tonight or Never, ses deux films comiques parlants, Why Change Your Wife? est sans doute son meilleur rôle dans ce registre, tant elle est hilarante de bout en bout, tout en conservant une élégance plus que rafraîchissante. Dans la première partie, elle est par exemple très drôle en jouant à la ménagère maniaque un peu trop sérieuse, avec son look besogneux, ses grosses lunettes et des expressions à mourir de rire lorsqu'elle oublie quelque chose, le tout avec un naturel qui détonne pour l'époque. A vrai dire, elle est aussi irrésistible dans sa pruderie, se cachant constamment le buste avec ses manches en fourrure après que son mari lui a offert une tenue quelque peu décolletée. Elle adopte ainsi toujours des manières un brin austères sans jamais se départir d'un fabuleux dynamisme, si bien que tout en faisant rire, elle met d'emblée le spectateur de son côté. Ceci dit, si les débuts de cette performance sont très réussis, le meilleur reste à venir avec cette éblouissante seconde partie où l'actrice se lâche totalement, afin de prouver qu'elle n'est pas la graine de vieille dame aigrie qu'on l'accuse d'être. Ainsi, après avoir entendu des ragots sur elle dans la boutique, elle explose en arrachant ses vieux vêtements avant d'essayer toutes les fanfreluches qui lui passent sous la main, prenant par-là même des airs de divas qui lui vont parfaitement. Par la suite, elle est extrêmement à l'aise dans ses robes très échancrées, n'hésitant pas à flirter avec tout ce qui comporte un chromosome Y afin de reconquérir son ex, tout cela en restant malgré tout très digne et jamais vulgaire. Mais bien entendu, l'apogée de cette comédie arrive avec le duel de dames dans la chambre à coucher, séquences dans lesquelles les expressions menaçantes de Swanson sont hilarantes à souhait, de même que ses regards totalement blasés pour montrer qu'elle méprise sa rivale. D'ailleurs, la force du personnage ne surprend jamais car tout était déjà bien suggéré dans la première partie. En somme, le propos a beau ne pas être très féministe, les dames ne s'habillant jamais pour se faire plaisir mais en fonction du regard masculin; ça n'enlève rien au génie de cette performance comique aux airs bien plus modernes que les codes de jeu alors en vigueur. 


Olive Thomas - The Flapper: Comme pour deux autres des candidates de l'année, je ne connaissais pas du tout Olive Thomas avant ce film, aussi ai-je été assez agréablement surpris de retrouver en elle un physique pickfordien, comme si elle avait emprunté son style à sa propre belle-sœur. En tout cas, quelles que soient les comparaisons que l'on puisse faire, rendons justice à Olive Thomas d'être éminemment dynamique dans l'ensemble du film, au point de voler la vedette à tout ce qui bouge, tout en nuançant constamment son jeu. Mais surtout, elle est irrésistiblement drôle et lumineuse, de quoi emporter totalement l'adhésion. Par exemple, lorsqu'elle arrive dans son nouveau collège, elle regarde ses nouvelles camarades de façon intriguée mais sans jamais surjouer, et elle sait se montrer souriante sans rien perdre de sa superbe, remontant par-là même son nœud papillon pour ne pas perdre la face. Elle est encore fascinante dans ses réactions aux côtés de ses amies, quand elles discutent du nouvel inconnu séduisant qui vient de faire son apparition, puisque là où les autres jeunes filles ouvrent grand la bouche pour deviner sa profession, Olive Thomas reste pince-sans-rire, et ce de manière beaucoup plus naturelle, ce qui joue bien entendu en sa faveur. Quoi qu'il en soit, elle brosse le portrait d'une héroïne toujours drôlement intéressée par cet homme mystérieux, au point de se montrer hilarante quand son propre admirateur parle en mauvais termes de son rival, avec des regards en coin qui vampirisent la scène. En outre, Olive Thomas est aussi irrésistiblement charmante dans cette performance, via des tentatives de séduction qui font merveilles, à commencer par cet incident de traîneau où l'héroïne tente d'enlever la neige de ses cheveux devant l'inconnu tant désiré. Vient enfin le côté "flapper" qui donne tout son sens à l'intrigue, porté par une actrice en pleine forme lorsqu'elle tient à faire sa coquette avec des vêtements qui ne lui vont pas, et dans lesquels elle paraît toujours trop jeune, sans parler de ces bijoux et de ce maquillage qui détonnent totalement chez une héroïne bien plus à l'aise en jeune fille qu'en jeune femme, ce qui est d'ailleurs surprenant vu l'âge de Thomas au moment du tournage (Mary Pickford, sors de ce corps!). Ceci dit, elle n'est pas toujours constamment bonne dans son jeu puisqu'il lui arrive parfois de surjouer assez horriblement, avec entre autres ce "My fan!" extrêmement exagéré, bouche grande ouverte à l'appui. Mais autrement, pas de reproches majeurs à faire à l'actrice qui mérite amplement d'être vue et revue dans cette charmante comédie qui a franchement bien vieilli.

Ainsi, voilà pour mes choix, avec une forte majorité de performances comiques, de quoi amorcer brillamment cette décennie fascinante dans laquelle j'aurais bien aimé vivre, histoire de participer à quelques folles soirées endiablées. Malgré tout, qui va remporter le prix? La réponse est...


Gloria Swanson - Why Change Your Wife?

Voilà, sans véritable grande surprise, Gloria Swanson a l'insigne honneur d'être la toute première lauréate, chronologiquement parlant, de l'Orfeoscar de la meilleure actrice, grâce à une performance qui surpasse de loin celles de ses concurrentes, et dont il ne faut jamais cesser de louer le génie comique. Cependant, la prodigieuse Priscilla Dean est un second choix très évident bien que Swanson soit encore plus moderne dans son jeu, et je suis de toute façon ravi d'avoir découvert cette nouvelle grande dame de cinéma. Sur ce, Olive Thomas se classe troisième pour son dynamisme pickfordien, Louise Glaum quatrième pour l'une des meilleures variations de vamp de l'époque, et Mabel Normand cinquième pour son amusant personnage gauche aux allures de princesse. Autrement, la plupart des films visionnés pour cette année comportent surtout des rôles féminins secondaires, mais je suis très content d'être parvenu à cette sélection excitante malgré le peu à se mettre sous la dent. Voyons cela plus en détail avec le classement fowlerien des performances... 

fabuleuses: Priscilla Dean (Outside the Law), Gloria Swanson (Why Change Your Wife?): D'ailleurs, je suis soulagé de sacrer Swanson ici puisqu'elle livre effectivement la meilleure performance de l'année, ce qui me permet en outre de n'avoir plus aucun scrupules trente ans plus tard, et de récompenser Davis pour le plus beau rôle de cinéma de l'histoire, et accessoirement la meilleure prestation de cette époque. De toute façon, j'ai toujours préféré la Swanson des années 1920, et lui offrir la toute première récompense chronologique dans ma liste de prix est un très beau présent.


dignes d'une nomination: Louise Glaum (Sex), Mabel Normand (What Happened to Rosa?), Olive Thomas (The Flapper): voir ci-dessus. Il est tout de même amusant de retrouver ici les archétypes de la vamp et de la flapper, deux thèmes évidemment très à la mode en cette glorieuse époque. Et j'attire également votre attention sur l'excitation totale que me causent les divines créations vestimentaires dans tous les films en question, depuis les toiles d'araignée de Louise Glaum aux bonnets d'hiver d'Olive Thomas, en passant par les exquises robes de Swanson et ses coiffures extravagantes qui mériteraient amplement de revenir à la mode.


dignes d'intérêt: Lillian Gish (Way Down East): Un film qui confirme que Lillian Gish surpasse de très loin toutes les autres actrices griffitiennes, mais néanmoins, ce n'est pas le rôle le plus intéressant de sa carrière. Elle reste ainsi très charismatique et jamais pathétique lors des moments les plus sombres, mais l'écriture du personnage reste très standard et ne lui permet pas de briller. En outre, le fameux climax sur la rivière gelée est certes saisissant, mais c'est uniquement dû à la mise en scène, l'actrice ayant juste à rester allongée sur son iceberg miniature. Cependant, sachons lui gré d'avoir pris le risque de rester la main dans l'eau glacée à chaque prise, au point de se paralyser des doigts à vie. Mary Pickford (Pollyanna): Un rôle qui va comme un gant à Pickford, et lui permet d'être toujours aussi dynamique et agréable qu'à l'accoutumée, tout en restant incroyablement crédible en petite fille. Par contre, elle ne fait vraiment rien qui sorte de l'ordinaire, aussi n'y a-t-il pas besoin de la nommer pour cette performance, d'autant que ce "jeu du bonheur" a vite tendance à mettre assez mal à l'aise, quand on réfléchit vraiment à tout ce qui se dit à ce propos.


sans intérêt: Barbara Bedford (The Last of the Mohicans): Toi, tu es une actrice, qui plus est une actrice de films muets, alors... dessine au moins une expression sur ton visage! Car comment faire la différence avec le mobilier si tu fais la tronche tout le temps? Bref, pas le début d'un sentiment ou d'une émotion pour se mettre en route, c'est la banqueroute. A vrai dire, même lorsqu'elle est sur sa falaise en train de se faire couper les doigts, elle reste totalement mono-expressive. Betty Blythe (Nomads of the North): Las, elle est fade, fade, fade, et reste la bouche en cœur à se signer. D'ailleurs, son seul fait d'armes est de lancer un bâton sur l'homme qui la convoite, et elle se fait de toute façon éclipser par le gros nounours qu'élève Lon Chaney dans son jardin. Carol Dempster (The Love Flower): Déjà, l'héroïne est la fille cachée de Blanche-Neige, du genre à jouer avec les ombres des arbres et à s'occuper des tâches ménagères tandis que son père adoré se tourne les pouces. Mais le comble, c'est que l'actrice est pâlichonne à pleurer, ne sachant pas du tout jouer la surprise, et minaudant à mort avec le bellâtre qui se pointe sur leur île. Et lorsqu'elle se décide enfin à être expressive en tenant un insulaire en respect, c'est pour mieux se vautrer dans un propos raciste. Donc non merci. Marguerite Namara (Stolen Moments): La pauvre est vraiment insipide dans son unique demi-heure de film, mais pire, elle joue vraiment très mal, ne sachant absolument pas pleurer et agitant les bras dès qu'elle le peut. Evelyn Preer (Within Our Gates): Non contente d'être très fade, elle surjoue aussi dans le mauvais sens du terme, écarquillant les yeux de façon exagérée, et regardant la caméra avec un air ahuri dans ses moments de détresse. Heureusement que ses manières distinguées parviennent à sauver les meubles. Mais d'une façon générale, si les intentions d'Oscar Micheaux sont plus que louables, il est dommage qu'il n'ait pas fait appel à des acteurs confirmés.


affreuses: Mary Pickford (Suds): Peut-être la pire performance du monde, Pickford s'étant visiblement donné pour mot d'ordre d'être la plus crasseuse et la plus stupide possible. A vrai dire, le seul moment soutenable est la séquence où elle se voit en princesse, mais cette Amanda sur-maquillée qui en fait des tonnes est tellement consternante qu'elle n'est même plus drôle, sauf si l'on est généreux et qu'on parvient à sourire lorsqu'elle force son petit ami à la regarder franchement. Et ces mouches qui copulent sur sa jambe? Et quand elle ricane après avoir déguisé son cheval en meneuse de revue? Brrrr! C'est atroce comme un œuf carré.

Best Actress 1920   Best Actress 1921 →