dimanche 2 janvier 2022

X-Files : saison 1



Comme j'en avais marre d'entendre parler de cette série depuis un quart de siècle sans avoir eu l'occasion d'y jeter un œil, et comme j'avais envie d'entendre comment Gillian Anderson parle dans la vraie vie, quand elle ne se prend pas pour une ministre aussi moribonde que sa doctrine économique, j'ai donc regardé la première saison des célèbres X-Files cet automne. Avec pas moins de vingt-quatre épisodes de trois quarts d'heure chacun, le visionnage m'a semblé interminable (rappelez-moi pourquoi je n'aime pas les séries ?!), mais il y a assez de matière pour être agréablement surpris, sans toutefois avoir une folle envie de dévorer la suite dans l'immédiat.

Comme tout le monde le sait, les X-Files sont des affaires non classées, qui sont d'après les scénaristes le résultat de forces surnaturelles, ou plus exactement paranormales. Les crimes que doit résoudre cette section du FBI sont généralement commis par des extra-terrestres, des fantômes, voire des individus génétiquement modifiés par des scientifiques fous, ce qui a de quoi ravir tous ceux qui cherchent à mettre du piment dans leur vie. Pour ma part, je suis parfaitement agnostique sur ces questions là. Je suis tout à fait ouvert d'esprit et prêt à croire que nous ne sommes pas seuls dans l'univers, mais je n'ai à ce jour jamais croisé d'extra-terrestres. Ou alors, je n'étais pas au courant. Je crois même que si les choses vont mal dans le monde, c'est parce que les dirigeants sont terriblement humains.

Cependant, ma mère a fait une expérience intéressante en 1990. À l'époque, j'avais deux ans et je devais dormir à poings fermés, aussi n'ai-je pas été moi-même témoin de cette affaire, à savoir… qu'elle a vu une soucoupe volante dans le ciel charentais un soir d'automne, en rentrant de l'école ! Il faut savoir que ma mère est la personne la plus discrète du cosmos : elle ne ment jamais et ne chercherait en aucun cas à se mettre en avant avec un fait sensationnaliste. Dès lors, quand elle dit, dans un cercle strictement privé, avoir vu "quelque chose qui ressemblait à une soucoupe volante comme on en voit dans les films", c'est qu'elle a vraiment vu un appareil de cet acabit. Et elle ne serait pas la seule : après recherches, cet événement correspondrait à la nuit du 5 novembre 1990, où de multiples Français de régions très différentes ont vu une telle machine dans le ciel en début de soirée. La thèse officielle, extrêmement discrète à ce sujet, dit que c'était là le débris d'un satellite soviétique entrant en combustion dans l'atmosphère. Mais même si personne ne sait à quoi ressemble un débris spatial à son entrée dans l'atmosphère, ma mère a bien vu un appareil très large, au-dessus de la route, se déplaçant lentement avec des lumières électriques, soit rien qui eût l'air d'une comète en feu. Alors… de trois choses l'une : soit les débris spatiaux des satellites russes ressemblent effectivement à des soucoupes volantes "comme on en voit dans les films" lorsqu'ils retombent sur Terre, soit des extra-terrestres ont fait un vol de repérage au-dessus de la France ce soir-là, soit des instances publiques ou privées ont monté de toutes pièces un canular pour tester la crédulité des témoins. Mais qui aurait les moyens de financer une soucoupe volante par jeu, surtout si c'est pour rester étrangement silencieux après coup ? Bien sûr, on a envie de croire à la deuxième option, mais le fait est qu'à titre personnel je n'ai rien vu et que je ne sais rien sur la question.

Bref, on aurait bien envie d'avoir l'avis de Fox Mulder à ce sujet. Le duo qu'il forme avec Dana Scully est d'ailleurs le point fort de la série, puisqu'autant les enquêtes ne me passionnent pas outre mesure, se révélant même décevantes à ne jamais répondre aux questions et laisser planer trop de mystère, autant leurs interactions calmement conflictuelles donnent une grande énergie à chaque épisode, et font qu'on a très envie de les voir évoluer. David Duchovny et Gillian Anderson étaient de fort bons choix pour donner vie à ce duo insolite, sachant que s'ils se laissent généralement voler la vedette par les seconds rôles dans les premiers épisodes, leurs personnages s'affinent en cours de route, au point de tenir fermement les rênes de la série autant qu'ils nous tiennent en haleine. On apprécie notamment de les voir se lancer des piques tout en gardant une gravité professionnelle de bon aloi, lui parce qu'il est un grand enfant qui veut croire en ses rêves, elle parce que son esprit cartésien et sa rigueur militaire et scientifique sont un parfait contrepoint aux visions de son partenaire. Il est aussi rafraîchissant de les voir tous deux très rapidement sur un pied d'égalité : si Fox Mulder se pose d'abord comme supérieur hiérarchique puisqu'il travaille dans cette section depuis plus longtemps, Dana Scully, forte de son savoir médical, se révèle sa parfaite égale dès qu'il s'agit de réfléchir ou d'intervenir dans le feu de l'action. Une confiance mutuelle naît entre les deux, ce qui reste l'aspect le plus positif de la série même si leurs façons de résoudre une énigme divergent complètement.

On regrettera simplement que la structure épisodique "une affaire par semaine" crée parfois de trop grandes ellipses. Par exemple, un personnage qui vient de subir un lavage de cerveau est complètement anéanti et désorienté à la fin d'un épisode, tout ça pour revenir frais et pimpant, comme si de rien n'était, une semaine plus tard, sans suggérer que les séquelles d'une chose aussi horrible l'affectent encore. Idem, les brûlures au visage subies par une matière extra-terrestre ont le bon goût de disparaître comme après une bonne douche afin de laisser nos héros étinceler de tout leur charisme de stars la semaine suivante. C'est évidemment plus vendeur, mais je suis toujours un peu gêné quand des scénaristes oublient de se poser les bonnes questions sur le long terme. Idem pour le traumatisme qu'il y a à voir autant de morts, même si les agents sont des professionnels. Une autre chose qui me chiffonne, c'est que je vois mal comment la relation des deux héros va se poursuivre dans les saisons suivantes, si Dana Scully continue de prétendre qu'elle ne croit pas aux choses paranormales, malgré toutes ses aventures et ses découvertes. Cette première saison s'ingénie toujours à l'empêcher de voir les preuves qui pourraient la faire changer d'avis, mais lorsque cela finit irrémédiablement par arriver, elle continue dans les épisodes suivants à faire comme si de rien n'était. Je me demande vraiment comment le personnage va pouvoir garder ce cap après les révélations du dernier épisode de la saison.

Mais je ne veux pas ergoter. Cette première saison me confirme que The X-Files est une série de bonne qualité, qui a l'audace de décrire des personnages riches et complexes qui évoluent au fil du temps, tout en saupoudrant leurs aventures d'une bonne dose de mystère, quitter à avoir la main un peu trop lourde dans ce domaine là. On comprend en tout cas pourquoi cette série a passionné le public dès sa première diffusion. Je comprends même mieux le comportement de toutes les femmes ambitieuses que j'ai rencontrées et qui étaient en âge d'apprécier les épisodes au moment de leur sortie : elles ont toutes pris pour modèle Dana Scully, quitte à aliéner tout degré de fantaisie dans l'espoir d'être prises au sérieux dans leur métier, perdant par-là même une spontanéité qui rendrait leur conversation plus agréable. Mais je suis tout de même content qu'un personnage comme Dana Scully se soit imposé comme standard de femme forte et rigoureuse : ce n'était pas inédit à l'époque, qu'on pense à Clarice Starling par exemple, mais il reste hautement rafraîchissant d'observer une relation professionnelle homme-femme sur un pied d'égalité.

Et maintenant, quelques pensées en vrac sur les épisodes, qui ont fait couler tant d'encre qu'ils ont chacun droit à leur page Wikipédia, témoignage de l'impact culturel très fort de la série :

Épisode 1 « Nous ne sommes pas seuls / Pilot ». Pour leur première rencontre, Mulder et Scully sont confrontés à un lycéen dans le coma soupçonné de tuer ses camarades de classe en les emmenant de nuit dans les bois. J'admets que cette introduction ne m'aurait pas donné une folle envie de persévérer si j'avais découvert la série en direct à l'époque, la faute à une affaire qui entend bien rester non classée à force de soulever des questions sans daigner apporter le moindre embryon de réponse. La relation professionnelle est à ce moment là très bancale puisque Dana Scully n'a aucune clef pour comprendre où son partenaire veut en venir, et l'on se serait bien passé du moment fan service où elle se dévêt devant lui de peur d'avoir des marques dans le dos. Assurément, cet épisode donne le ton : des conflits de personnalités, des relations difficiles avec la police locale et des extra-terrestres insaisissables seront la marque de fabrique de cette première saison.

Épisode 2 « Gorge profonde / Deep Throat ». Sous ce titre fort subtil se cache le personnage le plus troublant de la série, un informateur très haut placé qui s'amuse à donner certaines bribes d'informations à Fox Mulder pour l'aider dans ses enquêtes, tout en cherchant à lui mettre des bâtons dans les roues à d'autres moments. Autrement, l'histoire va dans le sens d'une conspiration gouvernementale sur la maîtrise de savoirs techniques extra-terrestres, alors que le tandem enquête sur la disparition d'un pilote de l'US Air Force. Comme ce sera le cas pour tous les épisodes consacrés aux soucoupes volantes, cet épisode fait tout pour ne surtout pas dévoiler trop vite ses cartes, au point de me laisser quelque peu sur le carreau. En grand amateur de personnages normaux soumis à une souffrance psychologique, j'ai surtout été impressionné par l'épouse du pilote, qui souffre de ne plus reconnaître son mari après son retour inexpliqué.

Épisode 3 « Compressions / Squeeze ». C'est le premier épisode qui ne parle pas de soucoupes volantes, et tant mieux. Compressions introduit d'ailleurs le méchant le plus mémorable de la série, Eugene Victor Tooms, un concierge en apparence tranquille qui a le pouvoir d'étirer son corps à l'infini afin de s'introduire chez les gens par les conduits d'aération, pour manger leur foie ! On sent vraiment l'influence du Silence des agneaux dans cette histoire, le comédien Doug Hutchison s'étant d'ailleurs inspiré d'Anthony Hopkins pour sa composition. Voir les vis des plaques tourner dans l'ombre, puis assister à la fougue de Fox Mulder au tribunal pour tenter de prouver à un jury impossible à convaincre que l'accusé a plus d'un siècle malgré sa jeunesse, font naître une forte tension qui rend l'épisode hautement mémorable. C'est aussi le moment où Dana Scully finit par se révéler, sans l'aide de son collègue, alors qu'elle doit se défendre elle-même face à une intrusion inquiétante.

Épisode 4 « L'Enlèvement / Conduit ». Retour aux extra-terrestres et aux enlèvements inexpliqués dans un rayon lumineux en pleine forêt, mais cette fois-ci avec une dimension psychologique plus intéressante que dans les premiers épisodes. En effet, la disparition d'une jeune fille rappelle à Fox Mulder celle de sa propre sœur alors qu'il était enfant, événement qui l'a traumatisé à vie et l'a justement motivé à trouver des réponses en se lançant dans ce métier particulier. À noter l'apparition d'une ancienne candidate aux Oscars, Carrie Snodgress, dans le rôle de la mère inquiète.

Épisode 5 « Le Diable du New Jersey / The Jersey Devil ». Un épisode qui commence dans l'angoisse la plus pure, alors qu'un père de famille des années quarante est dévoré par une bête mystérieuse après être tombé en panne au bord de la route, et qui explore finalement le rapport de la civilisation urbaine à la vie sauvage. La réponse au problème initial est assez touchante, malgré un maquillage assez ridicule, et souligne surtout la bêtise des hommes qui s'empressent à condamner tout ce qui ne rentre pas dans les cases établies.

Épisode 6 « L'Ombre de la mort / Shadows ». Un épisode amusant, malgré son titre. Une jeune femme est toujours présente sur les lieux de crimes alors qu'il semble improbable qu'elle ait pu les commettre. La caméra de surveillance d'une banque capte quant à elle des ondes magnétiques inquiétantes, seul moyen pour l'équipe d'innocenter l'accusée. Une enquête divertissante, à défaut d'être la plus marquante de la saison.

Épisode 7 « Un Fantôme dans l'ordinateur / Ghost in the Machine ». L'ordinateur en question est inspiré d'HAL 9000 de 2001, l'Odyssée de l'espace, et nous fait surtout penser à Génération Proteus, un autre film de science-fiction où Julie Christie se retrouvait prisonnière de sa maison qui… essayait de la tuer. C'est un peu la même chose ici, sauf que ça se passe dans des bureaux. J'avoue que je ne me souviens plus vraiment des détails de l'histoire, bien que ce fût plaisant à suivre.

Épisode 8 « Projet Arctique / Ice ». Considéré comme l'un des meilleurs épisodes de la série toutes saisons confondues, ce projet scientifique est un huis clos de bonne facture, où nos héros rejoignent une équipe de géologues coupée du monde sur une île de glace. Les membres de l'expédition précédente s'étaient tous entretués, et l'on découvre que c'est un organisme préhistorique qui, libéré par la glace fondue, s'infiltre dans les corps humains pour prendre le contrôle de leurs actes. Lorsque l'un des nouveaux membres est assassiné à son tour, la tension est à son comble pour déterminer qui vient d'être infecté. Se pose alors la question de la confiance quand tout le monde se soupçonne mutuellement, y compris Mulder et Scully. Le tout forme un épisode palpitant, mais assez répugnant par moments, à moins que voir des vers rentrer dans les oreilles des gens vous fasse plaisir.

Épisode 9 « Espace / Space ». Un épisode qui souffre d'une mauvaise réputation, mais que j'ai finalement beaucoup aimé. Certes, on ne comprend pas vraiment la motivation de l'esprit extra-terrestre qui sabote un projet d'expédition spatiale afin de ne pas laisser des humains entrer sur son territoire, mais ce que l'histoire perd en antagoniste mémorable, elle le gagne en tension alors qu'on suit la difficile avancée de la fusée dans l'espace depuis la salle de contrôle, sur le visage de la directrice des communications dont le fiancé fait précisément partie de la mission. Cela permet à l'actrice Susanna Thompson de s'emparer de l'épisode au détriment du duo habituel, et donne l'occasion au comédien Ed Lautner de montrer les tourments schizophrènes d'un colonel qui a jadis vu des choses interdites. Les effets spéciaux sont peut-être clownesques, mais le suspense reste à son comble alors que tout se passe derrière un écran-radar. C'est tout de même un exploit de susciter autant d'intérêt avec si peu.

Épisode 10 « L'Ange déchu / Fallen Angel ». Je crois avoir tellement aimé les deux épisodes précédents que je ne me souviens plus du tout de celui-ci, qui m'avait fortement déçu. Il y est à nouveau question d'un complot militaire quant aux soucoupes volantes, tandis que Fox Mulder entre en contact avec un huluberlu qui prétend avoir été enlevé par des extra-terrestres avant d'être ramené sur Terre. L'intérêt de cette histoire vient surtout de Dana Scully, qui tente de sauver la carrière de son partenaire devant leurs supérieurs hiérarchiques, en arguant du bien-fondé de leurs recherches atypiques.

Épisode 11 « Ève / Eve ». Amateurs de personnages psychotiques, cet épisode est fait pour vous ! On y découvre que des filles de familles très différentes sont des sosies identiques, parce que ce sont des clones créés génétiquement. Cette interrogation permet aux seconds rôles féminins de triompher, notamment la mère de famille qui ne comprend absolument pas la situation, et surtout la doctoresse folle jouée par Harriet Sansom Harris, qui domine complètement l'écran. Franchement, un épisode captivant, parce qu'on s'y intéresse davantage à la psychologie des personnages plutôt qu'à d'énièmes mystères sans réponses.

Épisode 12 « L'Incendiaire / Fire ». Autre épisode qui m'a beaucoup plu, celui-ci nous conduit dans la grande bourgeoisie transatlantique, alors que de riches hommes politiques s'enflamment mystérieusement chez eux, sans que nul n'ait le temps d'intervenir. Afin de trouver le meurtrier capable de créer un feu à distance, Mulder et Scully sont secondés par une enquêtrice conquérante, qui n'est autre que l'ancienne petite amie de Mulder. Entre énigme criminelle, pouvoirs surnaturels et tension sexuelle pas tout à fait éteinte, cette histoire fait des étincelles ! On aimerait d'ailleurs que davantage d'épisodes explorent le passé des personnages, et leurs relations sociales en dehors du terrain.

Épisode 13 « Le Message / Beyond the Sea ». C'est précisément ce que fait cet épisode, qui montre Dana Scully dans l'intimité du foyer avec ses parents, juste avant d'apprendre le décès brutal de son père. Alors que Mulder recroise le chemin d'un criminel qui cherche à retarder son exécution en prétendant avoir des informations sur un tueur en série encore en liberté, Scully est quant à elle assez perturbée par sa vie personnelle pour commencer à remettre sa pensée cartésienne en cause, comme prête à jouer un jeu dangereux avec le condamné qui soutient pouvoir communiquer avec son père dans l'au-delà. Lorgnant à nouveau du côte du Silence des agneaux, cette relation aurait mérité d'être étoffée dans l'ensemble d'un film pour captiver autant qu'elle aurait dû.

Épisode 14 « Masculin-féminin / Gender Bender ». L'épisode le plus décevant de la saison par rapport à son synopsis alléchant. On s'y trouve plongé dans une communauté sectaire inspirée des Amish, dont les membres ont le pouvoir de changer de sexe après s'être baignés dans une matière visqueuse évoquant le sperme. Et comme l'un d'entre eux en profite pour séduire de jeunes hommes dans les bars afin de les tuer, les deux enquêteurs se retrouvent confrontés aux mœurs autarciques de ces gens d'une autre ère, qui se protègent mutuellement les uns les autres. L'histoire cherchait apparemment à souligner la crise de l'identité mâle après les très viriles années 1980, mais le résultat est en demi-teinte : le changement de sexe n'a finalement aucune incidence sur l'affaire, au point qu'il aurait même été encore plus troublant de montrer le pouvoir de séduction du meurtrier sur des femmes autant que sur des hommes. S'il est toutefois palpitant de voir Scully pas loin d'y succomber, on a revanche le droit de s'insurger contre une fin bâclée, signe manifeste que les scénaristes ne savaient vraiment pas comment traiter leur sujet.

Épisode 15 « Lazare / Lazarus ». Nettement plus convaincant, cet épisode montre un voleur et un policier mortellement blessés dans la même opération. Les connaissances médicales de Scully lui permettent de ramener son collègue à la vie, mais c'est malheureusement l'âme du criminel qui se réincarne dans son corps. Les doutes de l'héroïne face au comportement forcément étrange de son ami, la nocivité captivante de la complice du bandit qui ne reconnaît pas l'apparence de son amant, et l'interprétation d'un acteur forcé de jouer sur les deux tableaux rendent cette histoire tout à fait passionnante.

Épisode 16 « Vengeance d'outre-tombe / Young at Heart ». Mulder recroise ici la route de son ennemi juré, un tueur en série qu'il avait aidé à faire condamner, et qui est mort depuis plusieurs années. Problème : le meurtrier en question continue de lui envoyer des menaces, tout en ayant l'air beaucoup plus jeune qu'à l'époque de son arrestation. Ce n'est pas l'épisode qui m'a le plus marqué, mais ça donne beaucoup de grain à moudre aux comédiens. Le scientifique qui détient la clef du mystère a en outre une tête parfaitement effrayante.

Épisode 17 «  Entité biologique extra-terrestre / E. B. E. ». Comme son titre l'indique, retour aux OVNI dans cette histoire. Mulder et Scully y suivent, ensemble ou séparément, un camion qui traverse les États-Unis avec à son bord un mystérieux contenu. C'est fascinant : une véritable tension se dégage de cette poursuite impitoyable, qui ne néglige pas non plus la réflexion alors que les héros n'ont pour unique indice qu'une photographie possiblement truquée. La fin commence à dévoiler certaines cartes afin de mieux définir la position de la série face à la problématique extra-terrestre, ce qui donne le sentiment de franchir un cap afin de donner un nouveau souffle au projet.

Épisode 18 « L'Église des miracles / Miracle Man ». Pas très convaincu cette fois-ci, malgré un retour "à la normale" où l'on abandonne momentanément les Martiens pour revenir au phénomène traditionnel des guérisseurs miraculeux. Un jeune homme qui fait ainsi se déplacer les foules religieusement commence malencontreusement à tuer les personnes qu'il touche. Les enquêteurs doivent alors démêler le vrai du faux entre charlatanisme, foires évangéliques et pouvoirs surnaturels innés. C'est à ce jour l'épisode ayant la conclusion la plus rationnelle possible, ce qui paradoxalement déçoit autant que les affaires extra-terrestres qu'on se refuse à résoudre.

Épisode 19 « Métamorphoses / Shapes ». Un autre épisode décevant, qui revisite le mythe du loup-garou mais appliqué aux Indiens d'Amérique, ce qui fit couler assez d'encre à force de les voir constamment ramenés à une forme d'animalité. Les conflits entre Indiens et fermiers locaux sont toutefois pertinents, mais l'enquête en elle-même est trop brouillonne pour captiver autant que le synopsis le laissait croire. La sœur de la victime est cependant un personnage intéressant.

Épisode 20 « Quand vient la nuit / Darkness Falls ». Après les Aliens, les fantômes, les O.G.M. et les montres primitifs, il ne manquait plus que les insectes pour brosser un tableau complet de toutes les menaces fantasmées qui agitent l'imagination collective. Nos enquêteurs viennent ici en aide à des gardes-forestiers suite à la disparition d'une équipe de bûcherons, qui ont en fait été dévorés par des flots de lucioles qui attaquent dans le noir. Coincée, en panne de voiture, dans un chalet à plus d'une journée de marche de la ville, l'équipe doit rester constamment éclairée de nuit sous la lumière électrique afin de ne pas subir le même sort, mais les réserves d'énergie s'épuisent… La tension est à son comble dans cet épisode tout à fait haletant.

Épisode 21 « Le Retour de Tooms / Tooms ». Comme son nom l'indique, c'est le grand retour de l'antagoniste le plus haut en couleurs de cette saison, et qui a été malencontreusement libéré par la justice pour vice de forme. Les péripéties sont toujours mouvementées, d'autant que l'assassin doit inventer de nouveaux moyens de déplacement afin d'échapper à ses poursuivants, tout en cherchant la cinquième proie qui manquait à sa collection pour se régénérer. Néanmoins, le sentiment de "déjà vu" ne rend pas l'épisode aussi marquant que Compressions. Avouons qu'un méchant qui tente d'entrer chez les gens par la cuvette des toilettes plutôt que par un soupirail perd quelque peu en dignité…

Épisode 22 « Renaissance / Born Again ». Après Ève, un nouvel épisode impliquant une petite fille inquiétante, et interrogeant cette fois-ci le problème de la possession d'un individu par l'esprit d'un défunt. Non seulement l'enquête est passionnante, mais surtout, l'histoire vaut le détour pour sa galerie de femmes nuancées, de l'inspectrice à la psychiatre, en passant par la mère angoissée et la veuve éplorée.

Épisode 23 « Roland / Roland ». De retour dans le monde scientifique, Mulder et Scully enquêtent sur les meurtres en série d'une équipe de savants, alors que le seul suspect possible est un agent d'entretien handicapé mental. Interrogeant les notions de gémellité et de télépathie, cet épisode est surtout marqué par le portrait positif qui est fait des handicapés, et surtout par l'interprétation de Željko Ivanek dans l'un des rôles les plus complexes, physiquement et psychologiquement, de la série. Le moment où Scully appelle Roland par son vrai prénom, alors que tous les autres nient son existence en le croyant possédé par le génie de son frère, m'a complètement touché.

Épisode 24 « Les Hybrides / The Erlenmeyer Flask ». Une fin en apothéose qui fait la synthèse entre les principaux thèmes évoqués au préalable, avec la question de cobayes humains génétiquement modifiés avec une molécule extra-terrestre. Tout n'est pas parfait, loin de là, notamment dans le portrait des agents gouvernementaux qui tuent tout ce qui bouge mais s'ingénient à laisser la vie sauve à Mulder et Scully qui en savent pourtant beaucoup trop, mais on suit toutes ces péripéties avec intérêt grâce au rythme qui ne s'essouffle jamais. Et alors que Mulder se retrouve rapidement hors jeu, c'est Scully qui doit conclure cette première saison, en tissant un lien trouble avec le fameux Gorge profonde qui ne s'adressait qu'à son partenaire auparavant, et qui fait de telles découvertes qu'elle ne devrait techniquement plus être aussi rationnelle dans les prochaines saisons qu'elle ne le fut ici. Par contre, j'espère que c'est bien Gorge profonde qui lui a communiqué le mot de passe pour pénétrer dans le saint des saints, car toute brillante soit-elle, je refuse de croire qu'elle ait pu inventer celui-ci comme par magie ! En revanche, se servir du cadavre d'un enfant, même s'il n'est pas humain, pour des raisons scénaristiques, me dérange terriblement.

Conclusion : avec le recul, je réalise que j'ai finalement apprécié beaucoup plus d'épisodes que je ne l'avais pensé au moment du visionnage. The X-Files reste une série de bonne qualité qui fait l'effort de bien développer ses personnages, y compris les seconds rôles, tout en maintenant une tension haletante dans la résolution des enquêtes. Je suis dès lors tout à fait disposé à voir la suite, mais pas dans l'immédiat, car il me faut digérer tout ça. Disons qu'en tant que lecteur passionné par la littérature classique, et qui cherche avant tout du réalisme psychologique et des relations sociales contrastées dans des environnements historiques, je n'étais pas du tout le cœur de cible d'une série qui passe en revue tous les mythes surnaturels auxquels a été confrontée l'humanité. Or, être finalement séduit par cette première saison est signe que celle-ci a quelque chose de spécial, bien que je sois symptomatiquement moins intéressé par sa part de mystères, notamment quand ça touche aux extra-terrestres, que par les questionnements intérieurs des personnages, et les caractères bien trempés, opposés mais finalement complémentaires, de Fox Mulder et Dana Scully. J'attends de voir comment leur partenariat va s'épanouir dans les saisons à venir. Mais cela ne dit pas si des extra-terrestres sont passés par Saint-Jean-d'Angély un certain soir de novembre 1990...


7 commentaires:

  1. Article qui fait honneur à cette série mythique ! Comme toutes les séries américaines à rallonge, le type de scénario est très souvent le même à chaque épisode, mais l'ambiance mystérieuse aide à ne pas se lasser, ou en tout cas pas après une saison ou deux d'affilée... Le seul petit défaut pour moi qui suis très rationnel : la série a tellement plu qu'elle a rendu sympathique et tendance la croyance dans le surnaturel le plus folklorique ! Et oui, on s'identifie toujours aux héros...

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    1. Je lancerai bientôt la saison 2 : j'ai hâte de voir comment va s'approfondir la relation professionnelle après les découvertes du dernier épisode.

      Maintenant, que dire des séries américaines à rallonge ? Dans un registre nettement moins adulte que X-Files, j'ai voulu découvrir Buffy contre les vampires en ce début d'année. J'ai regardé le premier épisode le premier janvier, et ce soir, je viens de finir… la troisième saison. Je ne sais pas si je dois l'assumer ou aller me cacher de honte au fond des bois pour le reste de l'année !

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    2. Ah mais c'est aussi une série culte ! Tu peux assumer en te disant qu'elle a tellement marqué qu'elle a fait l'objet de recherches universitaires...

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  2. A l'époque X Files était extrêmement novateur. En effet, d'un épisode à l'autre, il n'y a pas forcément de continuité, de grandes ellipses... C'était tout à fait standard ! Des héros qui sont juste au service de leurs enquêtes à chaque épisode. Sauf qu'une trame plus profonde est déjà là, prête à s'installer, avec les questionnements autour de la relation de Mulder et Scully, ainsi que du vacillement de leurs positions respectives. Au fil des saisons, en alternance avec des épisodes conventionnels correspondant à la structure classique de la plupart des séries de l'époque, et au gré des scénaristes plus ou moins inspirés, on découvre des épisodes qui se suivent et répondent aux grandes questions (générant par là-même de nouvelles grandes questions)... Si aujourd'hui c'est banal voir la norme, dans les années 90 c'était nouveau ! Cela s'intensifie au fil des saisons, et Mulder comme Scully vont être profondément transformés par ce qu'ils vivent. Pour autant, les producteurs ont conservé en parallèle le système des épisodes "décousus", ce qui leur permettait une très grande liberté de ton : emprunt séreux ou ironique à des films de genre, film noir, d'horreur, jouant avec différents styles narratifs... (la saison 7 notamment comporte des épisodes incroyablement drôles comme "Le sherif a les dents longues"). Il en résulte des héros jouant parfois ironiquement avec les codes de leur personnages. La grande histoire n'est pas développé sur tous les épisodes, mais égrenée au fil des saisons, quoique de plus en plus présentes à mesure que se profile la fin de la série.
    Les images ont vieilli, et le format peut surprendre... mais X-Files a inventé quelque chose qui n'existait pas tout en donnant corps à deux vrais personnages.
    Et pour éviter toute frustration : sache d'ores et déjà que l'on n'obtient jamais toutes les réponses dans les scénarios : les seules certitudes sont celles des personnages, qui reflètent de manière duelle nos propres perceptions.

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    1. Merci pour tous ces compléments ! Je regarderai donc la suite avec plaisir.

      Et je comprends mieux en quoi la série a été novatrice : je connais trop mal l'histoire de la télévision pour comparer avec ce qui se faisait avant. A découvrir plus avant, donc !

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    2. c'est parce que je suis plus vieille ;-)

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