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samedi 23 avril 2016

Inventaire 1949


Après avoir enfin élucidé la question des actrices de cette difficile année 1949, j'avais commencé à préparer un inventaire, alors autant le publier tant que je suis d'humeur, même si je n'envisage pas de revenir vers cette année avant un certain temps. Voici donc la liste des 47 films vus au printemps 2016:

[Octobre 17: 51 films listés]

Chine

Dàng fù xīn (蕩婦心) (Une Femme oubliée): réalisé par Yueh Feng (岳楓), avec Bai Kwong (白光). Ecrit par Doe Ching (陶秦) d'après Tolstoï.
Remarques: je vous renvoie à mon avis détaillé sur la question par le lien ci-dessus.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: Feng, Bai, photographie, costumes, musique, chanson.


Mò fù qīngchūn (莫负青春) (Don't waste our youth): écrit et réalisé par Wu Zuguang (吳祖光), avec Zhou Xuan (周璇).
Remarques: Un film étrange qui commence comme une comédie avec adresses aux spectateurs et finit comme un mauvais mélodrame très daté. Zhou Xuan est exquise dans la partie comique par son énergie et ses regards pétillants, mais elle est hélas assez mauvaise car trop expressive dès qu'on lui demande de pleurer. En revanche, la musique de Chen Gexin est agréable, mais dommage que je ne parvienne pas à mettre la main sur les chansons.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Xuè rǎn hǎitáng hóng (血染海棠紅) (Le Bégonia rouge-sang): réalisé par Yueh Feng (岳楓), avec Bai Kwong (白光) et Gong Qiuxia (龔秋霞). Ecrit par Doe Ching (陶秦).
Remarques: Je vous renvoie également à l'article détaillé que je n'ai pas le cœur à résumer ici.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: Gong, chanson.


Etats-Unis

Adam's Rib: réalisé par George Cukor, produit par Lawrence Weingarten, avec Katharine Hepburn et Spencer Tracy. Scénario original de Ruth Gordon et Garson Kanin.
Remarques: L'un des premiers films classiques que j'ai découvert. Forcément, la magie diminue depuis la première visite, mais les qualités du film et principalement du scénario continuent d'en faire un candidat de choix dans la catégorie suprême. C'est en tout cas très drôle, l'alchimie du couple légendaire n'aura jamais été mieux utilisée qu'ici, la recherche de l'égalité des sexes ne manque pas de finesse dans sa drôlerie, et l'on reprochera simplement au film de ne pas réussir à me faire rire, quand bien même je reste souriant de bout en bout à chaque fois, surtout pour les séquences sous le bureau au tribunal! C'est peut-être la faute de Judy Holliday, qui m'agace franchement et dont le talent me semble minimaliste, mais ce point négatif est heureusement estompé par l'exquise performance de Katharine Hepburn, dans un rôle néanmoins taillé sur mesure, et surtout par la merveilleuse prestation de Spencer Tracy, toujours plus attachant que sa compagne dans leur collaborations, et encore meilleur ici que dans Woman of the Year.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: film, Tracy, scénario.


All the King's Men: écrit, produit et réalisé par Robert Rossen, avec Broderick Crawford et Mercedes McCambridge. D'après un roman de Robert Penn Warren.
Remarques: Navré, j'ai bien conscience qu'il s'agit d'un bon film, mais je suis resté totalement en marge aux deux essais. Le scénario est pourtant très digne d'intérêt depuis l'ascension d'un incompétent à la corruption qui règne en haut lieu, mais ça ne me parle pas du tout. Broderick Crawford est bon parce qu'il a enfin l'occasion de jouer un rôle prestigieux, même si j'ai toujours trouvé son Oscar du contre-emploi le plus impressionnant un peu facile. Par contre, si j'ai trouvé Mercedes McCambridge charismatique la première fois, sans toutefois l'aimer beaucoup, elle m'a semblé vraiment affreuse au deuxième essai: sèche, surjouant beaucoup et absolument pas surprenante comparé à ses autres rôles secs et surjoués (Johnny Guitar), elle ne me convainc pas du tout bien qu'elle tente tout de même d'apporter un peu de nuance dans sa plus grande scène.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: j'hésite.


The Barkleys of Broadway: réalisé par Charles Walters, produit par Arthur Freed, avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Scénario original d'Adolph Green et Betty Comden.
Remarques: Ça y est! Après en avoir entendu parler de toutes parts, j'ai finalement acheté le DVD. Objectivement, ça n'en méritait pas tant, même s'il est toujours plaisant de compléter ma collection Gingembre, qui a heureusement remplacé Judy Garland au pied levé et m'a donc sincèrement donné envie de voir le film. Le problème, c'est qu'on ne nous raconte pas grand chose. Le couple se dispute gentiment, Madame tente de mener carrière par elle-même mais pas longtemps, et l'on s'ennuie très vite dès que l'histoire s'avère tenir sur un timbre-poste, d'où le besoin de délayer au maximum avec une ribambelle de numéros musicaux. Hélas! La musique est inintéressante au possible, et savoir que le clou du spectacle est une reprise d'un vieux morceau de 1937 rend le film d'autant plus vain. De leur côté, les décors en carton-pâte sont kitsch à souhait, entre les bouleaux peints et ce Manhattan de carte postale revu par la municipalité de Las Vegas, qui a généreusement offert des statues de pharaons pour le square du dernier numéro. Par contre, les chaussures qui dansent toutes seules sont fort sympathiques. Quant à Ginger, elle est simplement correcte mais sans plus: elle grimace un peu trop pour être drôle au début, elle est très bien dans ses moments les plus calmes, et... elle rate tellement bien sa Marseillaise que la séquence en devient mythique! "Ailooons! Enffffants de la pâââtriyiyeux. Le jour de glouârre est térivé! Aux ââârrrrrrrmes citoyens! Forrrrrrrrmez vos bêtaillons! Merchons! Merchons! Qu'un sangue iiiiimpüüür abreuve nos cions!" Quelle merveille! Avec les grimaces qui vont avec, nul doute que Sarah Bernhardt en personne a dû applaudir outre-tombe.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Beyond the Forest: réalisé par King Vidor, produit par Henry Blanke, avec Bette Davis et Joseph Cotten. Ecrit par Lenore Coffee d'après un roman de Stuart Engstrand.
Remarques: Si les premiers plans aux jolies couleurs de la forêt et la traversée de la ville qui ouvre le film laissent présager de grandes choses, tout ça s'enlise dans un marasme total en peu de temps. C'est outré, Bette Davis n'est plus qu'une caricature d'elle-même comme le laisse présager la présence de sa servante-sosie, et elle montre tellement qu'elle n'avait pas envie d'être là qu'elle passe son temps à se tortiller les cheveux en ayant l'air de s'ennuyer. En outre, le scénario est caduque: comment croire qu'une forte personnalité comme Rosa n'ait pas le cran de faire ses valises et reste à périr d'ennui dans son village, en s'occupant à tirer sur tout ce qui bouge? Le plan devant l'usine fumante est mythique mais c'est à peu près tout ce qu'il y a de passionnant dans ces contrées.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


The Bribe: réalisé par Robert Leonard, produit par Pandro Berman, avec Robert Taylor, Ava Gardner, Charles Laughton et Vincent Price. Scénario de Marguerite Roberts d'après une nouvelle de Frederick Nebel.
Remarques: Malgré la distribution atrocement séduisante, impossible de rentrer dans cette vulgaire histoire d'espionnage, dont j'avais déjà tout oublié une demi-heure après, à l'exception d'une séquence sous-marine.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Caught: réalisé par Max Ophüls, produit par Wolfgang Reinhardt, avec Barbara Bel Geddes, James Mason et Robert Ryan. Scénario d'Arthur Laurents d'après un roman de Libbie Block.
Remarques: L'un des énièmes films noirs de l'année, d'où un certain ennui, mais avec Max Ophüls derrière la caméra ça se démarque bien plus facilement. La musique d'Hollaender dès le générique donne envie d'entrer dans le film, le plan sur les mains qui ouvrent un magazine en faisant des commentaires reste fascinant, les décors sont opulents à souhait et la photographie de Lee Garmes est une grande réussite, avec ces plans larges dans de grands salons qui isolent les personnages sur fond de neige, et les rayons du projecteur qui donnent à l'un des personnages un aspect inquiétant. Dommage que Barbara Bel Geddes soit insipide, et que Robert Ryan soit tout de même monoexpressif.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: photographie, décors.


Champion: réalisé par Mark Robson, produit par Stanley Kramer, avec Kirk Douglas et Arthur Kennedy. Ecrit par Carl Foreman d'après une histoire de Ring Lardner.
Remarques: Soyons honnête: je n'aime vraiment pas les films de boxe, et le scénario de celui-ci est trop commun pour piquer mon intérêt. Par contre, Kirk Douglas et Arthur Kennedy se révèlent excellents à la fin bien qu'ils ne m'aient pas marqué plus que ça dans le reste du film, et surtout, le montage d'Harry Gerstad est très réussi: les scènes de combat sont parfaitement fluides et ça impressionne.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: montage.


Come to the Stable: réalisé par Henry Koster, produit par Samuel Engel, avec Loretta Young et Celeste Holm. Scénario d'Oscar Millard et Sally Benson d'après une histoire de Clare Booth Luce.
Remarques: C'est charmant comme tout (comme toujours chez Koster) et le ton est bien chaleureux sans que le scénario soit exigeant. On apprécie surtout la petite dose d'humour au début du film, quand les sœurs conduisent à cent à l'heure en plein virage l'air de rien, ou quand Celeste Holm déchire son amende en épinglant le goût des Américains pour la paperasse, mais ça ne dépasse jamais ce niveau gentillet. D'ailleurs, le rythme devient trop long passé le premier acte et l'on peine à trouver quelque chose de réellement captivant dans cette histoire trop simple: même la chanson originale est ennuyeuse. En outre, les actrices n'ont pas grand chose à faire, à part Celeste Holm qui s'essaie à un accent français, sans grand succès dans ses phrases précisément en français.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


East Side, West Side: réalisé par Mervyn LeRoy, produit par Voldemar Vetluguin (MGM), avec Barbara Stanwyck, James Mason, Ava Gardner et Van Heflin. Scénario d'Isobel Lennart, d'après un roman de Marcia Davenport.
Remarques: Une agréable découverte qui vaut surtout pour sa distribution cinq étoiles, avec Barbara Stanwyck en épouse trompée qui n'a rien perdu de son répondant, James Mason en époux vaniteux mais pas inintéressant, Van Heflin en bonne âme aussi à l'aise avec la pègre qu'avec la haute société, et Ava Gardner en femme fatale évidemment séduisante mais jamais fade, à la différence des Tueurs qui l'avaient révélée. L'histoire vaut également le détour pour les rapports entre tous ces personnages, même si la partie criminelle, bâclée, ne fait pas le poids par rapport au reste d'une intrigue plus sentimentale. Néanmoins, les bases du suspense sont bien posées, malgré une résolution improbable. En résumé, une œuvre tout à fait divertissante, mais pas un grand film pour sûr.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: ?


The Fan: produit et réalisé par Otto Preminger, avec Madeleine Carroll, Jeanne Crain et George Sanders. Ecrit par Walter Reisch et Dorothy Parker d'après Wilde.
Remarques: Ça n'a pas le souffle de la version Lubitsch des années 1920, mais The Fan reste une œuvre délicate qui mérite vraiment une seconde chance, en particulier pour sa reconstitution d'époque: l'intérieur de Mrs. Erlynne où l'on sert du vin sur un divan colle bien à sa personnalité, et les costumes sont souvent en lien avec le motif de l'éventail. En outre, alors que je goûte assez peu le cinéma de Preminger, sa mise en scène se révèle élégante à plus d'un titre, entre la caméra suivant Mrs. Erlynne dans la boutique à mesure qu'elle écoute la conversation, et l'image de Darlington passant en arrière-plan lors d'un dialogue avec Windermere. La cerise sur le gâteau reste néanmoins l'interprétation riche et nuancée de Madeleine Carroll, dont j'ai déjà beaucoup parlé récemment.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: Carroll, décors, costumes.


Flamingo Road: réalisé par Michael Curtiz, produit par Jerry Wald, avec Joan Crawford et Sydney Greenstreet. Scénario de Robert Wilder d'après sa propre pièce.
Remarques: Un Joan Crawford typique de la fin des années 1940, où la dame souffre admirablement bien tout en bravant l'adversité. Mais le film a si peiné à me captiver que ça reste dans mon esprit à mi-chemin entre le médiocre (Possessed) et le raté (The Damned Don't Cry!). Comme c'est un Curtiz, j'aimerais quand même le revoir pour vérifier si je n'ai pas laissé passer des choses intéressantes, mais dans l'immédiat le souvenir n'est pas très favorable: Crawford est excellente mais ne fait rien qui sorte de l'ordinaire, Greenstreet est dans la continuité du Faucon maltais et ne surprend guère plus, tandis que Gladys George parvient encore une fois à voler la vedette à tout le monde. J'aurais adoré la nommer, mais hélas, elle doit apparaître moins de cinq minutes et n'a pas le temps de dynamiser le film pour pouvoir se hisser dans ma liste.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


The Fountainhead: réalisé par King Vidor, produit par Henry Blanke, avec Gary Cooper et Patricia Neal. Scénario d'Ayn Rand d'après son propre roman.
Remarques: Je ne me damnerais pas pour ce film, mais ça reste très digne d'intérêt, en particulier grâce au scénario qui mêle architecture et philosophie à travers ce parcours atypique. La mise en scène de Vidor fourmille également de bonnes trouvailles, avec par exemple Gary Cooper toujours vu de dos, comme devenu anonyme, alors qu'il essuie refus sur refus; avec le plan sur les bureaux comme dans La Foule et l'image de gratte-ciel toujours en arrière-plan. La photographie de Robert Burks est également merveilleuse en utilisant à merveille l'espace et les nouvelles formes de bâtiment, dans des jeux de lignes verticales et d'isolement des personnages dans de grands bureaux ouverts sur l'immensité de la ville. Autrement, Gary Cooper est pas mal du tout mais je ne le nommerai pas pour ce rôle, tandis que Patricia Neal suinte de charisme par tous ses pores bien que sa dureté soit trop exacerbée. Enfin, le montage est particulièrement intense lors de la rencontre des héros dans la carrière, où les plans sont assemblés de manière à faire surgir une tension sexuelle des plus fiévreuses.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: Vidor, scénario, montage, photographie.


The Great Sinner: réalisé par Robert Siodmak, produit par Gottfried Reinhardt, avec Ava Gardner et Gregory Peck. Scénario de  Ladislas Fodor et Christopher Isherwood d'après Dostoïevski.
Remarques: Vu il y a bientôt six ans, le souvenir est trop lointain pour bien en parler en détail. Je me souviens d'une bonne séquence dans un mont de piété et qu'Ava Gardner n'avait pas grand chose à faire à part être ravissante. Impossible de me rappeler quoi que ce soit de l'interprétation de Gregory Peck en proie au jeu, mais le film ne m'avait pas enthousiasmé plus que ça sur le moment.
Envie de nommer le film: à revoir.
Nominations possibles: idem.


The Heiress: produit et réalisé par William Wyler, avec Olivia de Havilland, Ralph Richardson et Miriam Hopkins. Ecrit par Ruth et Augustus Goetz d'après Washington Square d'Henry James.
Remarques: Un peu par défaut, voici le grand film américain de l'année, mais même sans être mon Wyler préféré, ça reste excellent. En effet, de la mise en scène à l'utilisation de l'espace dans une maison étouffante, en passant par le découpage sur les personnages pour bien cerner leurs états d'âme, tout est parfait... si ce n'est la direction d'acteurs. Car comment Wyler a-t-il laissé passer la performance d'Olivia de Havilland, qui au lieu d'esquisser une évolution force au contraire au maximum dans la timidité à la limite de la bêtise puis dans la dureté vengeresse? Au gré des visionnages, la transition sous la pluie peut me sembler réussie par moments, mais l'actrice va tellement loin dans les extrêmes de part et d'autre qu'il est impossible de prendre sa caractérisation au sérieux, sans compter qu'elle est irritante au possible dans le très long premier acte, à accentuer ses grimaces de fillette demeurée avec un poisson dans les mains. Par contre, chapeau pour le plan final sur la montée des escaliers. On ne sera néanmoins pas surpris de me voir préférer la composition de Ralph Richardson en patriarche autoritaire, même si j'aurais adoré voir Basil Rathbone se frotter au personnage, et bien entendu celle de Miriam Hopkins en tante dynamique, enjouée et pourtant bien vite dépassée par les événements. Autrement, tous les aspects techniques sont très bons, mais je regrette qu'on n'utilise pas assez l'exceptionnelle musique d'Aaron Copland.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: film, Wyler, Richardson, Hopkins, scénario, montage, photographie, décors, costumes, musique.


Holiday Affair: produit et réalisé par Don Hartman, avec Robert Mitchum et Janet Leigh. Ecrit par Isobel Lennart d'après une histoire de John Weaver.
Remarques: Je garde le souvenir d'une petite romance oubliable qui n'avait pas su me captiver sur le moment.
Envie de nommer le film: à revoir, mais l'envie n'y est pas.
Nominations possibles: /


House of Strangers: réalisé par Joseph L. Mankiewicz, produit par Sol Siegel, avec Richard Conte, Edward G. Robinson et Susan Hayward. Ecrit par Philip Yordan d'après un roman de Jerome Weidman.
Remarques: Après revisite, l'impression positive est confirmée, sans que je tienne le film pour un chef-d’œuvre malgré de bonnes idées de mise en scène, dont le portrait du père envahissant toujours le salon, quitte à écraser ses fils qui le contemplent. La seule chose qui me refroidit quelque peu, c'est la séquence du tribunal, improbable mais sans charme particulier, mais l'essentiel de l'intrigue est heureusement passionnant, avec des rapports psychologiques bien développés. Edward G. Robinson hérite alors d'un bon personnage et reste parfaitement crédible en "parrain" à l'accent sicilien prononcé, ne manquant pas de crever l'écran pour mieux dominer sa famille et monter ses fils les uns contre les autres devant une assiette de spaghettis sur fond de Rossini, le tout en révélant les faiblesses de cette figure autoritaire, quand vient le temps des défaites. De son côté, Richard Conte campe un personnage fort, plus intelligent et charismatique que ses frères, l'acteur sachant nuancer joliment son caractère entre charme et pointes de machisme propres à la mafia, tout en ayant à brosser une évolution. Quant à Susan Hayward, elle affiche elle aussi une très forte personnalité où la douleur perce sous une façade aguicheuse, de quoi rendre son personnage aussi captivant que les héros alors qu'Irene n'a pas autant de poids que ses partenaires sur le papier.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: Mankiewicz, Conte, Robinson.


I Was a Male War Bride: réalisé par Howard Hawks, produit par Sol Siegel, avec Ann Sheridan et Cary Grant. Ecrit par Charles Lederer, Leonard Spigelgass et Hagar Wilde sur une histoire d'Henri Rochard.
Remarques: Une comédie totalement futile mais qui peut divertir si l'on est d'humeur. Cary Grant en femme est cependant l'une des choses les moins drôles du monde, mais Ann Sheridan tire son épingle du jeu par son charisme et sa vivacité.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Intruder in the Dust: produit et réalisé par Clarence Brown, avec David Brian et Juano Hernandez. Scénario de Ben Maddow d'après un roman de William Faulkner.
Remarques: Une excellente surprise, et je suis ravi de voir que Clarence Brown était toujours en forme à la fin d'une décennie à laquelle on l'associe peu. En effet, sa mise en scène est en tout point exceptionnelle: on joue sur les rayures, du clocher au barbier en passant par les cravates; on joue sur les sons, de la cloche incessante aux sirènes de police en passant les chants d'oiseaux et de criquets dans la nuit; on suit le regard perçant de Juano Hernandez avec la régularité d'une pendule, au point qu'il suffit même d'en montrer un seul œil à travers des barreaux pour donner une incroyable puissance à la scène; et l'on oppose aussi brillamment la ville calme et désertique du premier acte à l'animation fébrile de la seconde partie. Le scénario est lui aussi captivant en présentant des personnages de toutes les couleurs avec toujours beaucoup de dignité, la photographie montre de son côté la silhouette imposante du héros se découper dans de larges plans, et le travail sur le son est également parfait pour renforcer la tension et la nervosité des séquences les plus haletantes. Quant à l'interprétation, c'est assez irréprochable dans son ensemble: David Brian est plus que correct, Juano Hernandez a une telle présence qu'on en oublie qu'il reste souvent sur la même note, et Elizabeth Patterson livre une performance bouleversante, depuis son regard déchirant au cimetière à son incroyable capacité de résistance, en particulier dans une séquence saisissante où elle mêle à la fois inquiétude et dignité alors qu'elle tient tête à une foule qui la menace avec de l'essence.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: film, Brown, (Brian?), Hernandez, Patterson, scénario, photographie, son.


A Letter to Three Wives: réalisé par Joseph L. Mankiewicz, produit par Sol Siegel, avec Jeanne Crain, Ann Sothern et Linda Darnell. Scénario de Joseph L. Mankiewicz et Vera Caspary d'après un roman de John Klempner.
Remarques: L'un des films incontournables de l'année sans que j'en sois le plus grand fan, mais j'apprécie le découpage en trois parties sur divers flashbacks, parfois au prix de transitions intenses à l'image des gouttes qui tombent depuis une tuyauterie mal fixée; et j'aime également le parcours social et géographique au sein d'une même ville, à travers trois milieux très différents. A ce titre, les décors et costumes ne sont pas exceptionnels, mais leurs variations d'une maison à l'autre est très intéressante à observer. Evidemment, toutes les histoires ne se valent pas et seule la deuxième m'a réellement captivé (le personnage du premier mari est bâclé aussi s'en contrefiche-t-on, tandis que l'interminable jeu du chat et de la souris du troisième acte finit par ennuyer), mais le tout reste très cohérent et le montage équilibre bien ces trois parcours. Quant à l'interprétation, c'est très positif: Jeanne Crain est pas mal malgré son personnage agaçant, Thelma Ritter est assez drôle même si ça n'est rien de plus qu'une sempiternelle variation ritterienne, et Linda Darnell transpire de charisme et de séduction, aussi sera-t-on ravi de l'avoir su utilisée à bon escient au moins une fois dans sa carrière. Les cerises sur le gâteau sont néanmoins Ann Sothern en épouse distinguée et compatissante qui se laisse toutefois tenter par les ors les plus futiles, Kirk Douglas en professeur sympathique qui ne mâche pas ses mots devant des intrus, et Paul Douglas en industriel amoureux bien moins hautain qu'on pourrait le croire.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: film, Mankiewicz, Sothern, les deux Douglas comme seconds rôles, scénario, montage, décors.


Little Women: produit et réalisé par Mervyn LeRoy, avec June Allyson, Elizabeth Taylor et Peter Lawford. Scénario d'Andrew Solt, Sarah Y. Mason et Victor Heerman d'après le roman de Louise May Alcott.
Remarques: La revisite confirme l'impression initiale favorable, mais je préfère quand même la version de Cukor de 1933. June Allyson campe une héroïne fort sympathique mais sa voix de fumeuse en fin de vie rend ses trente ans un peu trop perceptibles sous le grimage, sans que ce soit vraiment gênant tant le charme et le dynamisme sont présents. Mais ce que j'apprécie le plus, ce sont ces superbes décors de pacotille: la neige en corn flakes, les arbres sur fond de ciels peints et les intérieurs luxueux des Laurence ont beau sentir le studio à plein nez, ils n'en restent pas moins chaleureux à souhait et donnent vraiment envie de revoir le film à l'occasion.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: décors.


Madame Bovary: réalisé par Vincente Minnelli, produit par Pandro Berman, avec Jennifer Jones et Van Heflin. Ecrit par Robert Ardrey d'après Flaubert.
Remarques: En redécouvrant le film cet hiver, sa beauté lui a permis de vite remonter dans mon estime, en particulier grâce aux décors, ruraux à souhait avec la vieille cuisine, ravissants lorsqu'on en vient à la chambre de l'héroïne aux mille affiches sur le mur, somptueux à travers cette brillante idée de reflet dans le miroir au bal, mais épouvantables à travers ce lit-bateau de l'hôtel, de très mauvais goût. La grande surprise vient néanmoins de Walter Plunkett, l'un des costumiers d'Hollywood que j'aime le moins, mais auquel on ne peut absolument rien reprocher ici: la robe blanche de l'apparition au beau milieu de la ferme traduit bien l'idée de cette fleur qui s'épanouit en un lieu qui ne lui sied guère, la superbe robe de bal place Emma au centre des regards alors qu'elle savoure son moment de gloire, et les rayures finales collent bien à l'ambiance du dénouement. Le plus gros reproche qu'on pourrait faire au film, ce sont certaines longueurs en fonction des passages, et cette narration inutile de Flaubert, trop descriptive et qui donne constamment l'impression que Jennifer Jones se fait dicter sa performance dans le premier acte, avant que James Mason ne se taise curieusement par la suite. Disons que l'idée de faire intervenir l'auteur pour défendre son œuvre ajoute une nouvelle dimension au départ, mais y avait-il besoin d'autant expliquer pour innocenter Emma? La force du livre n'est-elle pas de laisser le lecteur libre de son choix? Dans tous les cas, Jennifer Jones a beau n'être pas absolument crédible de bout en bout, la ligne générale de sa performance reste vraiment fascinante, d'où une place bien méritée dans ma sélection.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: Jones, décors, costumes.


My Foolish Heart: réalisé par Mark Robson, produit par Samuel Goldwyn, avec Susan Hayward et Dana Andrews. Scénario de Julius et Philip Epstein d'après une histoire de Jerome Salinger.
Remarques: L'interprétation de Susan Hayward a été beaucoup commentée ces derniers temps sur le blog, l'actrice réussissant l'exploit de mettre son charisme et son portrait d'alcoolique au service d'une belle histoire à laquelle elle donne vie sans rien appuyer, et tout ça est parfait, bien que le film ne soit pas des plus mémorables. Par contre, Lois Wheeler m'a toujours très agréablement surpris: elle ne fait peut-être rien de vraiment spécial, mais elle ne passe pas du tout inaperçue et peut donc se targuer de rester en lice à l'heure actuelle.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: Hayward, (Wheeler?), chanson.


Not Wanted: réalisé par Elmer Clifton, produit par Anson Bond, coproduit et coréalisé par Ida Lupino, avec Sally Forrest et Keefe Brasselle. Scénario de Paul Jarrico et Ida Lupino sur une histoire de Malvin Wald.
Remarques: On rendra toujours grâce à Ida Lupino d'avoir persévéré en matière de réalisation, mais hélas, force est de reconnaître que ses films nagent en pleine série B. J'apprécie néanmoins la suite de mouvements de l'introduction, alors que l'héroïne marche le long des boutiques tout en prenant un bébé qui n'est pas le sien, ce qui reflète vigoureusement la poursuite finale haletante. Par contre, la direction d'acteurs est loin de toucher à l'excellence. Quant au scénario, savoir ce qui se passe dans la tête de la jeune femme est sans doute progressif pour l'époque, mais l'intrigue peine franchement à m'intéresser.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Pinky: réalisé par Elia Kazan, produit par Darryl Zanuck, avec Jeanne Crain, Ethel Waters et Ethel Barrymore. Scénario de Philip Dunne et Dudley Nichols d'après un roman de Cid Ricketts Sumner.
Remarques: Evidemment c'est raté, puisqu'au lieu de donner le rôle à une jeune métisse comme on l'avait brillamment fait en 1934 pour Fredi Washington, on s'est empressé de distribuer la jeune vedette très en vue de l'année, Jeanne Crain, soit la personne la moins physiquement qualifiée au monde pour un tel personnage. En outre, si elle s'en sort pas trop mal dans The Fan et A Letter to Three Wives évoqués plus haut, elle est franchement mauvaise ici, à force de crisper sa bouche toutes les trois secondes. Les deux Ethel lui volent alors la vedette sans avoir besoin d'essayer, mais leur charisme ne suffit pas à me faire fondre pour leurs performances non plus. La photographie est soignée mais n'apporte malheureusement rien à l'affaire.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


The Reckless Moment: réalisé par Max Ophüls, produit par Walter Wanger, avec Joan Bennett et James Mason. Ecrit par plein de monde.
Remarques: Je sais que tout le monde adore ce film, sauf que les histoires de crime m'ennuient au plus haut point. La mise en scène d'Ophüls sauve un peu les meubles, avec ces plans sur une voiture qu'on suit tout au long du trajet, le chevalet qui sépare la mère et la fille quand le ton monte, ou encore l'appel final derrière les barres de l'escalier, mais décidément l'histoire me laisse de marbre, rien à faire. Joan Bennett parle en outre de façon trop mécanique et se laisse vite éclipser par un James Mason inquiétant, et la musique ressemble dangereusement à un polar de série B. Par contre, la photographie de Burnett Guffey est très riche dans le détail, entre le départ de l'héroïne vu à travers les pieds de chaises retournées, les motifs inquiétants que dessine l'ombre d'une rampe lorsque la fille s'en va discrètement, et la vision d'une Joan Bennett cernée par la jungle de plantes variées dans un jardin.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: photographie.


The Red Pony: produit et réalisé par Lewis Milestone, avec Robert Mitchum et Myrna Loy. Ecrit par John Steinbeck d'après son propre livre.
Remarques: Je n'avais pas aimé la première fois, mais ça s'avère meilleur la seconde, et l'atmosphère de studio n'est jamais dérangeante. On appréciera surtout le jeu sur l'imagination du petit garçon qui s'évade en pensées: un coup il se voit devant un château de contes de fées en tapant sur un faux tambour, puis il se rêve dompteur de chevaux de cirque au milieu de volailles. Dommage que la photographie soit aux couleurs délavées, mais le balancement entre rêve et réalité est plaisamment mis en scène, notamment lorsque des oies deviennent des chevaux. Le clou du spectacle reste cependant la musique d'Aaron Copland, qui donne envie d'entrer dans le film dès le générique, se fait plus guillerette lors des scènes familiales, et devient plus épique lors des rêves médiévaux.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: musique, mais L'Héritière lui passera devant.


Samson and Delilah: produit et réalisé par le grand prêtre du bon goût exotique en personne, Mr. DeMille, avec Hedy Lamarr, Victor Mature, George Sanders et Angela Lansbury. Scénario de Jesse Lasky Jr. et Fredric Frank, d'après un roman de Vladimir Jabotinsky.
Remarques: Comme on pouvait s'y attendre, on touche à un raffinement sans pareil: Hedy Lamarr se promène dans tout le film en petite tenue, Angela Lansbury se prend pour la reine des Amazones et George Sanders n'a pas peur du ridicule dans ses atours royaux. Quant aux décors, les maisons en terre cuite préfigurent les artifices des Dix Commandements, sur fond de couleurs hideuses de la Terre dans le ciel. Par contre, la musique de Victor Young fait toujours son petit effet: c'est imposant dès le générique, puis langoureusement antique comme dans Cléopâtre, et les jolis accords romantiques lors de l'apparition d'Hedy Lamarr restent le morceau de bravoure de la partition.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: musique.


The Secret Garden: réalisé par Fred Wilcox, produit par Clarence Brown, avec Herbert Marshall et Margaret O'Brien. Ecrit par Robert Ardrey d'après un roman de Frances Hodgson Burnett.
Remarques: Le souvenir s'est estompé depuis le temps, mais je garde souvenance d'une bonne ambiance gothique.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: à revoir, mais je pense spontanément aux décors et costumes.


She Wore a Yellow Ribbon: réalisé par John Ford, produit par Argosy Pictures, avec John Wayne et Joanne Dru. Scénario de Frank Nugent et Laurence Stallings d'après des nouvelles de James Warner Bellah.
Remarques: N'étant pas le plus grand amateur de westerns, celui-ci m'a peu marqué, la faute, peut-être, à un personnage féminin qui ne tenait pas toutes ses promesses. La photographie de Winton Hoch est en revanche ravissante.
Envie de nommer le film: à revoir.
Nominations possibles: photographie.


The Sun Comes Up: réalisé par Richard Thorpe, produit par Robert Sisk, avec Jeanette MacDonald et Lassie. Ecrit par Margaret Fitts et William Ludwig sur une histoire de Marjorie Kinnan Rawlings.
Remarques: Pauvre Jeanette, qui en vingt ans est passée de star de premier plan à figurante auprès d'un compagnon à truffe. Le scénario trouve quand même le moyen de la faire chanter au départ, mais le drame qui ouvre le film se résout trop vite pour captiver une fois qu'elle se retire à la campagne.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


That Forsyte Woman: réalisé par Compton Bennett, produit par Leon Gordon, avec Errol Flynn et Greer Garson. Scénario de Jan Lustig, Ivan Tors et James Williams d'après un roman de John Galsworthy.
Remarques: Quelle déception! On m'avait tant vanté le contre-emploi d'Errol Flynn en mari autoritaire que j'attendais ce film avec impatience, mais hélas, l'acteur n'a rien à faire à part rester sur la même note de dureté deux heures durant. Autrement, le film est une énième greergarsonerie égale aux autres: la rougeoyante actrice y incarne un sempiternel parangon de vertu qui s'autorise tout de même une infidélité, Walter Pidgeon n'a pas plus d'expressions que d'habitude, les décors et costumes typiques de la MGM sont soignés comme il se doit sans impressionner pour autant, et Janet Leigh ne marque pas vraiment les esprits. A la fin, on s'ennuie ferme et le film manque cruellement de piquant.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Too Late for Tears: réalisé par Byron Haskin, produit par Hunt Stromberg, avec Lizabeth Scott. Ecrit par Roy Huggins.
Remarques: De la série B dans toute son horreur, et une histoire misogyne à plus d'un titre: impossible de tenir jusqu'au bout. Par ailleurs, je ne sais jamais quoi penser de Lizabeth Scott, qui a indéniablement beaucoup d'allure mais qui trouve systématiquement le moyen de faire des formes bizarres avec sa mâchoire lorsqu'elle parle.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Tulsa: réalisé par Stuart Heisler, produit par Walter Wanger, avec Susan Hayward. Ecrit par Frank Nugent et Curtis Kenyon sur une histoire de Richard Wormser.
Remarques: C'est un proto-Géant avec introduction pseudo historique et couleurs flamboyantes. Hélas, impossible de me prendre au jeu, et Susan Hayward a déjà été bien mieux utilisée qu'ici, malgré son charisme heureusement pas tombé au fond d'un puits.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Twelve O'Clock High: réalisé par Henry King, produit par Darryl Zanuck, avec Gregory Peck. Scénario de Sy Bartlett et Beirne Lay Jr. d'après leur propre roman.
Remarques: Désolé, je n'ai pas fait l'effort d'aller jusqu'au bout: c'est un film de guerre, c'est exclusivement masculin, et ça n'est tout simplement pas pour moi.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: à revoir, mais l'envie n'y est pas.


Whirlpool: produit et réalisé par Otto Preminger, avec Gene Tierney, José Ferrer et Richard Conte. Scénario de Ben Hecht et Andrews Solt d'après un roman de Guy Endore.
Remarques: Preminger est l'un des réalisateurs que j'aime le moins parmi les plus respectés (l'autopsie étant l'heureuse exception), et Whirlpool continue de faire pencher la balance du mauvais côté. Le scénario ménage pourtant une bonne part de suspense dans le détail, et la mise en scène sert bien le propos, entre de multiples gros plans lors des séances d'hypnose et la façon de montrer l'héroïne de dos lorsqu'elle est en proie à ses démons, mais il m'est impossible de m'intéresser à tout ça malgré tout. Gene Tierney est un peu trop nerveuse même quand ça n'a pas lieu d'être ("if you inssssist!"), et elle joue l'emprise de façon un peu laborieuse avec ses regards trop expressifs. A l'inverse, José Ferrer reste suave et souligne sans difficultés son potentiel de domination, mais il en faut plus pour m'impressionner.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


White Heat: réalisé par Raoul Walsh, produit par Louis Edelman (Warner), avec James Cagney, Edmond O'Brien et Virginia Mayo. Scénario d'Ivan Goff et Ben Roberts sur une histoire de Virginia Kellogg.
Remarques: Techniquement, c'est une belle réussite formelle avec des scènes d'attaques et de poursuites au montage haletant, et un finale fort bien photographié dans une usine chimique aux multiples dômes. Ceci dit, j'aurais aimé que l'histoire creuse davantage les rapports entre le gangster maniaque et le policier infiltré dans son gang, sachant que l'histoire n'exploite pas toujours ses autres atouts, notamment la disparition de la mère. L'intrigue fait tout de même froid dans le dos étant donné que les trois quarts de la distribution disparaissent dans des scènes d'une violence inouïe (voir notamment les premiers meurtres gratuits dans le train), de telle sorte qu'on ne s'ennuie jamais bien que cette dureté m'ait sincèrement mis mal à l'aise. Les performances sont pour leur part correctes mais peu surprenantes (Margaret Wycherly en matriarche sèche, Virginia Mayo en petite amie vulgaire, Edmond O'Brien en faux gangster pas toujours convaincant), mais James Cagney donne effectivement l'une des meilleures variations de son personnage-type. Si les scènes de migraine ne m'impressionnent pas (et peut-on parler de cette dernière réplique ridicule?), c'est surtout lorsque Cody se met à parler en toute sincérité à son faux ami que l'acteur donne le meilleur de lui-même, en révélant une sorte de candeur insoupçonnée chez un personnage aussi froid.
Envie de nommer le film: oui.
Nominations possibles: Cagney, montage.


Etats-Unis/Royaume-Uni

Edward, My Son: réalisé par George Cukor, produit par Edwin Knopf, avec Deborah Kerr et Spencer Tracy. Ecrit par Donald Ogden Stewart d'après une pièce de Robert Morley et Noel Langley.
Remarques: Vu il y a des lustres pour Deborah Kerr. Je n'avais pas aimé le film sur le moment mais serais bien en peine d'en juger après plusieurs années, mais vraiment, la pauvre Deborah se vautrait dans une telle caricature que j'avais rarement vu prestation si crispante et grotesque dans une liste de remises de prix. Étonnant, quand on voit qu'elle était dirigée par Cukor.
Envie de nommer le film: à revoir.
Nominations possibles: /


France

Gigi: réalisé par Jacqueline Audry, produit par Claude Dolbert, avec Danièle Delorme, Gaby Morlay et Yvonne de Bray. Ecrit par Pierre Laroche d'après Colette.
Remarques: Comme Irene Dunne, j'ai toujours détesté cette histoire de jeune première jetée en pâture aux hommes par ses tantes demi-mondaines, et cette version me semble encore plus malsaine car Danièle Delorme accentue beaucoup trop son côté enfantin. Ses partenaires séduisent néanmoins davantage par leur forte personnalité, mais ça ne suffira pas à me faire aimer le tout.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Hans le marin: réalisé par François Villiers, produit par André Sarrut, avec Maria Montez, Lilli Palmer et Jean-Pierre Aumont. Scénario adapté par de multiples contributeurs.
Remarques: Vu pour Maria Montez, aussi fatale que jolie, mais qui ne me convainc pas outre mesure dans cette histoire atrocement misogyne et rabâchée, où l'insupportable marin qui a une fille dans chaque port se retrouve aux prises de la sempiternelle femme vénale qui n'a pas froid aux yeux.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Occupe-toi d'Amélie: réalisé par Claude Autant-Lara, avec Danielle Darrieux et Jean Desailly. Ecrit par Pierre Bost et Jean Aurenche, d'après Feydeau.
Remarques: J'ai un énorme problème avec ce film. D'un côté c'est réussi puisque l'aspect cartoonesque est tout droit issu de la pièce, mais je déteste Feydeau, ses calembours douteux et son humour exagéré. Donc, aucun moyen de supporter le film dans son entièreté: ça caquette à n'en plus finir, et l'on apprend entre autre que "la coquette est devenue cocotte". Gnnnnn!
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


France/Italie

Le mura di Malapaga: réalisé par René Clément, produit par Alfredo Guarini, avec Jean Gabin et Isa Miranda. Scénario de multiples contributeurs.
Remarques: Le néo-réalisme d'après-guerre n'a jamais été ma tasse de thé, et cette histoire d'amour me semble franchement toxique: Miranda tombe amoureuse de Gabin en un clin d’œil et se dépouille immédiatement de toute volonté afin de tout faire pour lui bien qu'il soit un truand. L'actrice tire heureusement son épingle du jeu grâce à son bilinguisme et son fort caractère que le scénario ne parvient pas tout à fait à estomper, même si elle rate hélas sa dernière séquence dans les escaliers, séquence somme toute assez prenante pour faire oublier l'ennui de cette histoire très datée.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


Japon

Banshun (晩春) (Printemps tardif): réalisé par Yasujirō Ozu, produit par Takeshi Yamamoto, avec Setsuko Hara et Chishū Ryū. Scénario de Kōgo Noda et Yasujirō Ozu d'après une nouvelle de Kazuo Hirotsu.
Remarques: Le chef-d’œuvre de l'année, aucun suspense de ce côté-là, le film atteignant la perfection dès l'ouverture. C'est élégant en toute simplicité, le passage de la jeune fille à l'âge adulte est touchant, et malgré sa dimension quotidienne, Printemps tardif tient surtout à montrer l'effritement des valeurs traditionnelles, en lien avec les bouleversements de la société d'après-guerre avec l'arrivée massive de la culture américaine sur le marché japonais. A ce titre, le scénario est très riche, tout se suit avec un très grand intérêt, y compris lors de métaphores compliquées à base de cornichons, et c'est également très bien interprété: c'est peut-être un tout petit peu trop subtil pour m'éblouir de ce côté-là, mais le père joue très bien la déception en voyant sa fille heureuse de lui apprendre le mariage du jeune promis à une autre, et Setsuko Hara réussit très bien la séquence du spectacle où elle perd ses illusions, malgré une image trop virginale qui la rend légèrement agaçante au départ. Mais surtout, Banshun est un chef-d’œuvre technique: le montage de Yoshiyasu Hamamura réussit notamment l'exploit d'isoler les partenaires comme s'ils allaient dans des directions opposées bien qu'ils pédalent ensemble dans la campagne, et la photographie de Yuuharu Atsuta laisse brillamment les roues des vélos s'embrasser comme des alliances tandis que les camarades s'éloignent sans se toucher au second plan. Pour couronner le tout, la musique de Senji Itō touche au sublime et alterne élégamment un tempo lent pour amorcer l'histoire en douceur, et un tempo plus vif pour souligner l'excitation d'un voyage en train, le tout sur de très jolis accords.
Envie de nommer le film: oui, mille fois oui.
Nominations possibles: film, Ozu, scénario, montage, photographie, musique.


Royaume-Uni

Christopher Columbus: réalisé par David MacDonald, produit par Betty Box et Frank Bundy, avec Fredric March et Florence Eldridge. Scénario de Muriel Box, Sydney Box et Cyril Roberts, d'après un roman de Rafael Sabatini.
Remarques: Un film d'aventures porté par l'uns de mes acteurs favoris, forcément, j'avais très envie d'aimer. Hélas, il faut se contenter d'une œuvre assez plate dont j'ai déjà beaucoup de mal à me rappeler moins d'un an après la découverte de cette Amérique aux couleurs pastel et d'une Espagne aux décors rocambolesques. Le point fort du film: la musique d'Arthur Bliss, toujours prompte à vous mettre dans l'ambiance même quand l'histoire ennuie.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: musique.


Madness of the Heart: écrit et réalisé par Charles Bennett, produit par Richard Wainwright, avec Margaret Lockwood et Kathleen Byron. D'après un roman de Flora Sandstrom.
Remarques: C'est tellement mauvais que c'en devient parfaitement jouissif, et l'on ne s'ennuie pas un seul instant devant ces aventures ahurissantes où une pauvre niaise voit son fiancé partir au loin (!), perd la vue (!!), choisit alors de rentrer au couvent (!!!), avant de bel et bien épouser son fiancé (!!!!) et de se retrouver au cœur de multiples tentatives de meurtre orchestrées par la voisine folle furieuse elle aussi amoureuse du fiancé insipide!!!!! Bref, c'est tellement mauvais que j'adore ça, et ce chef-d’œuvre scénaristique reste un plaisir de tous les instants. Dotée d'un tel arc narratif, Margaret Lockwood ne se tire pas si mal que ça de l'exercice compte tenu de la situation, notamment dans les dernières séquences où elle reprend du poil de la bête. Mais évidemment, elle se fait complètement éclipser par Kathleen Byron qui, malgré tout ce qu'on peut penser du film, donne une performance véritablement réussie. J'oserais même dire qu'elle est nettement meilleure ici qu'en nonne hystérique au Narcisse noir, car elle ne surjoue jamais aucun sentiment et, cerise sur le gâteau, elle emploie une voix calme et posée absolument pas nasillarde! En fait, elle garde beaucoup d'allure tout du long, elle réussit l'exploit de nous faire totalement croire à son ton amical, et ça reste très intéressant de la voir esquisser la ligne fragile entre folie et dépression de l'intérieur, le tout sous le couvert d'un humour mordant, comme lorsqu'elle rappelle à sa voisine aveugle: ''See him again. Don't take see too litterally.''
Envie de nommer le film: non, c'est trop affreux, mais...
Nominations possibles: Byron. C'est très sérieux.


The Queen of Spades: réalisé par Thorold Dickinson, produit par Anatole de Grunwald, avec Edith Evans et Anton Walbrook. Scénario d'Arthur Boys et Rodney Ackland d'après la nouvelle d'Alexandre Pouchkine.
Remarques: Je ne m'en souviens pas assez pour en parler maintenant, mais je garde le souvenir d'une Edith Evans terrifiante dans son attirail de vieille dame. Tout ce qui contribue à la rendre aussi imposante, des costumes aux coiffures, pourrait parfaitement recevoir une citation.
Envie de nommer le film: peut-être.
Nominations possibles: à revoir.


The Small Back Room: écrit, produit et réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger, avec David Farrar et Kathleen Byron. D'après un roman de Nigel Balchin.
Remarques: J'ai bien peur qu'aussitôt vu, aussitôt oublié. David Farrar y joue un héros en proie à l'alcoolisme comme à peu près la moitié des acteurs de cinéma de la fin des années 1940, et Kathleen Byron incarne la traditionnelle épouse dévouée, sur fond de guerre. J'essaierai de lui redonner une chance, mais c'est loin d'être le Powell/Pressburger qui m'a le plus marqué.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: à revoir.


The Third Man: produit et réalisé par Carol Reed, coproduit par Alexander Korda et David O. Selznick, avec Joseph Cotten, Alida Valli, Orson Welles et Trevor Howard. Scénario original de Graham Greene.
Remarques: Je sais... Sacrilège. Mais il faut bien se rendre à l'évidence, je m'y suis ennuyé ferme. Sans mentir, j'ai eu l'impression d'avoir une piètre imitation d'Hitchcock, le tempo excessivement largo m'a endormi, et la distorsion de tous les angles m'a semblé bien vaine: il n'aurait fallu les tordre que lors des séquences réellement déstabilisantes (l'orphelinat, les égouts), mais pas systématiquement dès le générique. A moins que cette manière de filmer soit censée représenter le chaos d'après-guerre, un aspect du film que je sais apprécier malgré tout, car The Third Man est essentiellement le témoin d'une époque, celle de la corruption dans une Vienne brisée par la guerre. Le problème, c'est que l'atmosphère ne parvient jamais à faire effet sur moi: non seulement le rythme est très lent, mais les tentatives d'insertion d'un peu d'humour sont ratées et, sacrilège ultime, la musique à la cithare d'Anton Karas a totalement cassé l'ambiance supposément obscure à mon goût. Cependant, la mise en scène de Carol Reed contient plusieurs traits de génie: le chat qui mène à une découverte capitale, l'homme aux ballons, la poursuite finale dans les égouts, voilà autant d'éléments qui ont sporadiquement réussi à me faire rentrer dans le film, même si jamais pour longtemps, malheureusement. Autrement, l'interprétation m'a laissé de marbre: Orson Welles est charismatique mais rien de nouveau à l'horizon, et les autres ne m'ont fait ni chaud ni froid. A la fin, le seul aspect que j'aime vraiment dans tout ça, c'est bien entendu la photographie de Robert Krasker: certes, je ne pense pas que la distorsion des angles fût toujours utile, mais cet expressionnisme, ces ombres contrastées et ces gros plans effrayants sont effectivement à la hauteur de leur réputation.
Envie de nommer le film: j'hésite... c'est indéniablement mythique, mais "plus grand film de l'histoire du cinéma"? Pas pour moi.
Nominations possibles: Reed, photographie.


Under Capricorn: produit et réalisé par Alfred Hitchcock, coproduit par Sidney Bernstein, avec Ingrid Bergman, Joseph Cotten et Margaret Leighton. Ecrit par Hume Cronyn et James Bridie d'après un roman d'Helen Simpson.
Remarques: Hitchcock a beau se montrer encore et toujours créatif en usant cette fois-ci de plans-séquences, et l'histoire a beau tenter de maintenir le suspense, des longueurs dans le rythme et les couleurs délavées de l'ensemble m'ennuient terriblement. Surtout, le film est anéanti par la performance d'Ingrid Bergman qui retombe dans son pire travers, à savoir surjouer l'hystérie avec une telle emphase qu'elle se vautre dans des flots de ridicule embarrassants. Elle semble même plus constipée que folle ou alcoolique, ses plissements d'yeux intempestifs sont agaçants, ses confessions sont affreusement amateures, et ça me rappelle pourquoi je lui ai longtemps été réfractaire. Sans compter qu'elle est complètement éclipsée par une Margaret Leighton nerveuse à souhait. Pour le reste, même la reconstitution d'époque à travers les coiffures et les costumes frôle un peu le grotesque par son côté suranné.
Envie de nommer le film: non.
Nominations possibles: /


C'est tout pour le moment. Je suis ouvert à d'autres suggestions.

mardi 1 mars 2016

Orfeoscar de la meilleure actrice 1949

Voici ma liste internationale concernant les actrices de 1949, une année qui m'a longtemps posé problème d'un strict point de vue américain, mais qui s'est par bonheur étoffée récemment. Je précise n'avoir toujours pas vu Ginger, qui s'ajoutera aux demi-finalistes en temps voulu si elle le mérite, et j'avoue avoir allègrement copié-collé mes avis de l'ancien article quand ça reste d'actualité, faute de temps oblige. Soyez indulgents, et découvrons sans plus attendre les nouveaux changements!

Les demi-finalistes:

Linda Darnell dans A Letter to Three Wives: Je suis navré pour Linda qui serait mon cinquième choix dans une liste purement oscarienne, mais une récente visite aux trois épouses du titre m'a légèrement laissé sur ma faim la concernant. Ça tient essentiellement à son jeu du chat et de la souris avec Paul Douglas, qui dure bien plus longtemps que dans mon souvenir et qui se met à tourner en rond trop vite: on a bien compris que Lora Mae ne ménage pas ses effets pour mettre le grappin sur son patron, mais voir la même scène répétée pendant une demi-heure entre personnalité entreprenante et refus coquet a fini par m'agacer. L'ennui, c'est que ça affecte la performance d'actrice qui reste sur la même note de désabusement pendant les trois quarts du film, ce qui ajouté à la relative antipathie que m'évoque Lora Mae depuis ma redécouverte, m'empêche de me laisser émouvoir par elle depuis. Pourtant, Linda n'a jamais été mieux utilisée, elle fait d'ailleurs preuve d'un charisme qu'on ne lui a pas toujours connu, et elle fait très bien monter les larmes aux yeux quand il le faut. Mais voilà, le caractère même du personnage m'énerve un peu, et je préfère finalement Paul Douglas dans leur histoire commune, celui-ci se révélant plus touchant que son statut l'aurait laissé supposer au départ. En me relisant, je note encore avoir vu de l'humour dans cette performance, son sourire de satisfaction alors qu'elle fait attendre son soupirant m'ayant apparemment amusé la première fois. Honnêtement, ce n'est plus le cas, puisque ça participe de ces tentatives de séduction agaçantes qui me sont trop exotiques pour pouvoir les apprécier réellement. Je reste donc plus déçu qu'à l'origine et n'arrive plus du tout à être touché par cette interprétation, mais je la nomme tout de même comme demi-finaliste car je suis toujours content de voir ce qu'une actrice généralement médiocre peut faire quand on se décide à lui placer un bon rôle entre les mains. Et puis Darnell est plus intéressante à suivre que Jeanne Crain dans le même film, quand bien même c'est la troisième épouse qui gagne la compétition.


Susan Hayward dans House of Strangers: Je n'ai pas revu le film depuis bien trop longtemps pour avoir un avis franchement objectif à l'heure qu'il est, mais s'il est bien une certitude qui reste, c'est que Susan Hayward n'aura jamais été aussi charismatique qu'ici, ce qui veut dire beaucoup compte tenu de ses autres héroïnes à forte personnalité dans ses meilleurs projets. Mais vraiment, ce charisme est tellement fort que je m'en souviens toujours même avec énormément de recul, alors que je me rappelle déjà moins les performances d'Edward G. Robinson et Richard Conte par comparaison, bien qu'ayant trouvé les acteurs excellents. Il faut donc que quelque chose m'ait extrêmement plu lors de ma découverte du film, ce qui à l'origine tenait en partie à la surprise de voir enfin une Susan Hayward mondaine et distinguée en lieu et place d'une chanteuse alcoolique. Mais il y a autre chose: je me souviens aussi qu'elle faisait une entrée détonante dans l'histoire, avec plein d'étincelles corrosives lors de sa rencontre avec Richard Conte, sans compter que j'avais beaucoup aimé son jeu sur l'image d'une femme dure que rien ne semble pouvoir affecter, tout en instillant par ses regards d'innombrables touches d'émotion qui en disaient long sur les véritables aspirations sentimentales d'Irene. Sa relation d'inimitié amoureuse avec Richard Conte m'avait en tout cas fortement intéressé, à tel point que j'avais davantage envie d'en savoir plus sur leurs rapports que sur les relations familiales entre père et fils, pourtant plus essentielles à la narration. A revoir au plus vite pour mieux en rejuger, mais la réminiscence reste tellement positive que je tiens à garder l'actrice parmi mes demi-finalistes.


Katharine Hepburn dans Adam's Rib: J'ai longtemps eu une grande affection pour cette performance, car ce fut vraiment la première fois que j'étais parvenu à apprécier le jeu souvent trop démonstratif de Katharine Hepburn. De même, c'était la première de ses collaborations avec Spencer Tracy que j'avais vu, et je me souviens avoir été absolument ravi de découvrir ce tandem prestigieux dans une comédie ayant franchement bien tenu le coup, même si j'aime un peu moins le film maintenant. Disons qu'une fois l'effet de découverte éventé, et après avoir su mieux apprécier les autres performances de la dame, j'ai réalisé qu'elle ne fait finalement rien de si exceptionnel que ça dans Adam's Rib, ou tout du moins ne propose-t-elle rien de plus que ce qu'on l'avait déjà vu servir dans ses autres comédies. En fait, elle y est simplement impeccable: elle a sans surprise du charisme à revendre, elle se chamaille admirablement bien avec son partenaire, quitte à lui montrer ses jupons sous la table, et elle souligne surtout comment Amanda ne se rend pas compte qu'elle va parfois trop loin lorsque son époux se fait humilier publiquement. Mais à la fin, est-elle aussi drôle que ça? Pas vraiment: on ne rit pas aux éclats comme devant ses films de 1938, et il y a toujours ces scènes un peu trop surjouées, à l'image du suicide au réglisse, qui plombent légèrement sa performance, d'autant que la lumière du film est pour moi incarnée par un Spencer Tracy que j'ai rarement vu aussi bon. Sa partenaire reste néanmoins hors de tout reproche, et j'aime son féminisme revendiqué à travers son personnage d'avocate déterminée, mais ça reste simplement bon, sans l'étincelle qui me donnerait à présent envie d'offrir une nomination officielle à l'actrice pour ce rôle.


Les finalistes

5. Ann Sothern dans
A Letter to Three Wives

Comme je le laissais entendre en début d'article, c'est donc la fabuleuse Ann Sothern qui s'impose parmi les trois épouses du titre dans l'excellent film de Mankiewicz, ce qui tient principalement à la personnalité truculente d'une actrice jamais inintéressante, mais qui avait toujours été mal utilisée jusqu'alors, en particulier dans la médiocre série des Maisie. Mais ici, tout fonctionne à merveille: la réussite du film est au service de la performance et inversement, et on ne pouvait imaginer meilleure réussite de casting, puisque Ann Sothern est idéale pour illustrer le quotidien d'un couple de classe moyenne qui lorgne, au moins elle, vers les beaux quartiers, tout en pouvant se permettre de donner des conseils aux autres dames issues de milieux moins favorisés. A ce titre, la complicité que l'actrice noue avec ses partenaires est excellente, en particulier dans le cas de Jeanne Crain qu'elle est plus en mesure de prendre sous son aile sans jamais la juger, ce qui donne d'ores et déjà envie de s'intéresser à Rita avant même que le scénario ne se focalise sur elle. Cependant, c'est évidemment dans sa grande séquence que l'actrice est le plus à même de briller, et non contente d'avoir une bonne alchimie avec Kirk Douglas, elle montre surtout l'étendue de ses talents comiques en n'ayant jamais peur du ridicule à mesure que Rita se met à faire des courbettes à ses employeurs. On sent alors très bien la gêne que la comédienne suggère quand la tension monte devant les invités, et elle fait toujours en sorte de ne jamais s'écraser devant son principal partenaire, même lorsqu'il lui faut entendre la vérité. Son jeu calculé dont on ne voit jamais les ficelles lui permet ainsi d’électriser le centre du film, probablement la meilleure partie des trois, ou tout du moins celle qui me touche le plus, ce qui vaut à la dame une place bien méritée dans ma sélection officielle.


4. Jennifer Jones dans
Madame Bovary

C'est vraiment une performance qui gagne des points en laissant le temps agir en sa faveur. En effet, si elle ne m'avait pas paru plus mémorable que ça la première fois, l'actrice s'avère après revisite hors de tout reproche, en soulignant très bien, entre autres, la gêne occasionnée par la société où l'héroïne est forcée d'évoluer. Son apparition immaculée dans une cuisine rustique donne d'ailleurs le ton, puisque Jennifer nous présente une Emma fraîche et vive qui désire plus que tout sortir du monde médiocre où il lui faut habiter, et qui a déjà cent fois plus de distinction que la moitié de la Normandie réunie. Les graines de son parcours étant ainsi semées, c'est tout naturellement que l'actrice fait naître la déception et la mélancolie dans son langage corporel, choses qu'elle sait nuancer en s'exaltant comme la jeune fille romanesque qu'elle fut avant son mariage, en recevant notamment l'invitation au bal qu'elle attendait depuis toujours. C'est d'ailleurs dans cette séquence qu'intervient le clou du spectacle, alors qu'Emma se regarde entourée d'hommes dans le miroir et où son expression a juste ce qu'il faut de hauteur et de satisfaction pour résumer à merveille le personnage. L'aigreur et le dépit qui la rongent dans le dernier acte sont également très bien joués, et seule la scène du voyage avorté est interprétée de façon un peu trop excessive pour convaincre, mais c'est là le moindre défaut d'une performance parfaitement comprise, dans laquelle Jennifer surprend par une maturité étonnante après ses héroïnes plus juvéniles du début de la décennie. Je n'étais pas sûr de la nommer de prime abord, mais en y repensant, elle me touche énormément dans ce rôle, et la redécouverte du film fut si plaisante que j'ai à présent très envie de distinguer ce personnage littéraire de légende fort bien incarné. Dommage, néanmoins, que la narration trop descriptive donne constamment l'impression que l'actrice se fait dicter sa performance dans la première partie, mais ça n'efface nullement son mérite.


3. Bai Kwong (白光) dans
Une Femme oubliée (蕩婦心)

Attention, c'est là où je vais devenir très paresseux, mais j'ai déjà écrit un long article à ce sujet et n'ai pas le cœur de réécrire ma pensée juste pour faire joli, alors voici ce que je disais dans mon opinion sur le film le mois dernier: "L'interprétation de Bai Kwong n'est pas en reste puisqu'elle réussit absolument chacune des ses scènes, bien que j'aie du mal à être tout à fait impressionné par son jeu. C'est peut-être dû à ses larmes mécaniques lorsqu'elle pleure la mort de son père, mais dans la plupart des cas, on lui demande surtout de jouer calmement, ce qui fonctionne au mieux. Son air maussade des séquences de prison est notamment très bien joué, d'autant que ça sied parfaitement à son visage, et son petit sourire jaune nuance joliment ce genre de scènes via l'amertume de l'héroïne. La simplicité lui est aussi demandée pour traduire la modestie de la jeune paysanne aux champs, et la grande scène de pleurs où elle tente de rattraper son partenaire sur la colline est pour sa part très convaincante. A son actif également, l'excellente transcription de sa déconvenue, lorsque l'homme à qui elle est ravie de faire signe à la gare se jette dans les bras de Gong Qiuxia située devant elle. Bref, c'est très réussi, mais je n'arrive pas à être absolument ébloui non plus. L'actrice porte néanmoins le film sur ses épaules et y éclipse entièrement ses collègues, dont les personnages sont de toute façon assez transparents." En me relisant, j'ajouterai juste que ce rôle tolstoïen est l'un des plus prestigieux écrits pour une actrice chinoise à cette époque, et Bai Kwong relève le défi avec brio.


2. Madeleine Carroll dans
The Fan

Idem, je recopie mon article de 1949, car mon avis est très récent et donc toujours d'actualité: "Ouf! Je viens de revoir le film, et me voilà ravi de lui avoir redonné une chance. En effet, si j'avais été très sévère avec car déçu que ça ne ressemble pas à la pièce d'origine, ou à la merveilleuse adaptation par Lubitsch dans les années 1920, cette réinterprétation d'un texte mythique reste tout de même fort plaisante, bien soignée sur la forme et plutôt bien soutenue par des effets de mise en scène intéressants (le placement des personnages dans la boutique). Et dans le détail, Madeleine Carroll vient de faire une remontée considérable dans mon estime, puisque là où je gardais le souvenir d'une performance seulement digne d'intérêt se niche en fait un grand travail d'actrice qui donne vie au personnage le plus touchant de l'histoire. Ici, Mrs. Erlynne apparaît de prime abord dans ses vieux jours avant de se remémorer son passé, et force est de reconnaître que Madeleine Carroll s'acquitte au mieux de ce vieillissement imposé, à grand renfort d'une voix âgée dont elle sent qu'elle a vécu, et d'une démarche toujours gracieuse malgré la lenteur des pas et l'appui d'une canne. Le plus intéressant reste néanmoins la grande partie centrale où Mrs. Erlynne entre dans la maturité, et qui se décompose à peu de choses près en trois actes. Dans le premier, l'actrice y est pétillante à souhait, avec quelque chose de presque "dunnien" dans le sourire, tant elle est prête à jouer de sa séduction auprès de Lord Windermere afin d'en obtenir quelque avantage, avec toujours ce même esprit mordant déjà entrevu chez la vieille dame. Dans le second, elle passe fort bien de l'inquiétude de voir ses manigances sociales ébranlées par son gendre secret à une forme de dépit menaçant, quitte à accentuer un peu trop son jeu sur les regards, ce qui ne gêne pas au demeurant. Dans le troisième, elle devient enfin quasi maternelle avec une lady qu'elle tente de protéger, en faisant bien sentir tout le poids de ses erreurs passées et le désir de s'amender une bonne fois pour toutes. La dernière séquence avec Lady Windermere en devient alors particulièrement émouvante, d'où un très beau plan final sur l'héroïne jeune qui clôt définitivement la réminiscence. En somme, c'est léger et tragique à la fois, et cette petite merveille interprétative s'impose de loin comme le meilleur atout du film."


1. Susan Hayward dans
My Foolish Heart

Dernier recopiage pour finir, mais là aussi c'est très récent, donc rien de nouveau à ajouter: "J'ai finalement revu My Foolish Heart, dont j'avais en fait une vision erronée, tant j'avais le souvenir d'une performance "alcoolique" comme les affectionnait l'actrice. Il n'en est rien, et si l'alcool occupe certes une place importante dans l'histoire, ça n'a rien à voir avec le déchaînement majestueux de films comme Smash-Up et I'll Cry Tomorrow. En fait, on découvre ici les périodes ante et post-alcool, mais seule l'une des séquences finales montre réellement l'héroïne en train de sombrer, si bien que la performance d'actrice sort des sentiers battus, et frappe par une grande sobriété qu'on ne lui a pas toujours connu, et un aspect romantique s'inscrivant sur le long terme, au risque de friser parfois l'ennui lors de longs dialogues amoureux. Quoi qu'il en soit, l'actrice me paraît, après redécouverte, extrêmement bonne à chaque instant: elle fait notamment une entrée en scène fabuleusement charismatique, clin d’œil et sourire à l'appui, et sa voix rauque dans le temps présent souligne, sans rien de forcé, qu'Eloise a vécu avant d'en arriver là. Dans cette entrée en matière, la nostalgie est aussi jouée de façon très inspirée lorsqu'elle se souvient de l'homme aimé, et l'on apprécie d'autant plus sa capacité à passer très facilement à la mélancolie après une dispute intense avec son époux. Les changements d'expressions sont encore très bien esquissés dans le long flashback central, en particulier lorsque l'actrice passe de méfiance à désir en rallumant une lampe éteinte par son soupirant, ou lorsqu'elle fait naître du regret après avoir accueilli son père en souriant à l'aéroport. Par ailleurs, le contraste entre la dureté du présent et le charme cerné de timidité du passé est incarné avec tout le liant nécessaire pour qu'on ne doute jamais de l'évolution de l'héroïne, et le flashback frappe d'autant plus qu'on a rarement vu Susan Hayward aussi réservée dans ses sentiments, à tel point qu'on ressent vraiment la solitude qui a dû peser sur l'héroïne avant une rencontre salvatrice: le "hyyyyouhou" qu'elle lance, excitée, en recevant enfin un appel à l'internat illustre à merveille la situation, et montre également que l'actrice évite constamment toute mièvrerie, faisant au contraire preuve de beaucoup de charme et d'humour, voire d'autodérision lorsqu'elle relate son renvoi de l'école "I thought that, too!" Enfin, Hayward évite tout pathos, principalement lorsqu'elle joue le choc qui bouleverse Eloise, ou lorsqu'elle serre sa fille dans ses bras en jetant un dernier regard inquiet à la fenêtre en entendant une voiture démarrer. En somme, c'est une performance qui gagne vraiment à être redécouverte et qui s'en tire avec tous les honneurs, je m'étonne même de ne pas l'avoir aimée davantage la première fois." Susie reste donc ma lauréate de l'année malgré la compétition internationale en face. Félicitations!


Susan Hayward brandissant fièrement son Orfeoscar en salle de presse.


En conclusion, on rappellera que selon les dates d'éligibilité oscariennes, je remplace Bai Kwong par Linda Darnell, ce qui constituera le seul changement notoire si vous vous amusez à comparer les deux listes. Et afin de célébrer ma nouvelle motivation pour me remettre à bloguer, retour du classement fowlerien afin d'évoquer toutes les autres performances de l'année, réparties dans les catégories suivantes:

J'apprécie: June Allyson dans Little Women: je n'ai pas revu le film depuis des années, mais je le garde le souvenir d'une performance sympathique. Jeanne Crain dans A Letter to Three Wives et The Fan: finalement, elle n'y est pas mal du tout quoique toujours éclipsée par les autres dames, et ces films me confirment qu'elle fut une bien meilleure actrice que sa performance dans Pinky pouvait le laisser croire. Joan Crawford dans Flamingo Road: une Crawford égale à elle-même, donc très compétente et toujours captivante, sans que ce soit ce qu'elle a fait de mieux. Isa Miranda dans Le mura di Malapaga: une actrice doté d'une forte présence, qui maîtrise très bien le bilinguisme et pense à ajouter de plus en plus de tendresse à mesure que l'histoire avance. Dommage que le film, très médiocre, plombe un peu sa performance en la rendant amoureuse et quasi sacrificielle d'un claquement de doigts. Ann Sheridan dans I Was a Male War Bride: elle y est drôle et présente une bonne alchimie avec Cary Grant. Dommage que le film ne mette pas la barre très haut... Loretta Young dans Come to the Stable: elle se repose essentiellement sur son charisme de star et n'a de ce fait pas beaucoup d'émotions à jouer, mais j'en ai toujours gardé un bon souvenir. De mémoire, il me semblait que le personnage était français et qu'elle ne faisait pas d'effort sur l'accent, mais la nonne est apparemment américaine.

Je m'interroge: Bai Kwong dans Le Bégonia rouge-sang (血染海棠紅): parfois trop expressive et presque reléguée au second plan, mais elle captive en permanence et sa rencontre pleine d'énergie avec Gong Qiuxia, qu'elle ne cherche pas à éclipser, fait des étincelles. Joan Bennett dans The Reckless Moment: je sais que tout le monde l'aime, mais après avoir revu le film, je la trouve souvent trop mécanique dans sa façon de parler, et je n'aime vraiment pas l'histoire. Danielle Darrieux dans Occupe-toi d'Amélie. Je ne supporte pas le film. C'est du Feydeau avec son lot insupportable de jeux de mots douteux, et ça caquette à n'en plus finir: "Oh j'étais coquette, alors je suis devenue cocotte!" Néanmoins, ce n'est absolument pas une mauvaise interprétation puisque Danielle est parfaitement à l'unisson de la tonalité du texte. Sally Forrest dans Not Wanted: je n'arrive pas vraiment à m'intéresser à elle, mais je n'ai rien à lui reprocher non plus... Setsuko Hara dans Banshun: elle est tellement pure et virginale qu'elle finit par agacer, à force de dire oui à tout et de tout accepter avec le sourire. Mais le moment où son visage s'endurcit lorsqu'elle perd ses illusions est très bien joué. Susan Hayward dans Tulsa: l'actrice a été bien mieux employée ailleurs, mais elle n'est absolument pas inintéressante et rend même ce proto-Géant médiocre regardable. Margaret Lockwood dans Madness of the Heart. Au début, elle semble un peu niaise, puis devient technique à cause des rebondissements ahurissants d'un scénario mélodramatique au possible. Mais elle parvient à tirer son épingle du jeu dans la seconde partie, quoique éclipsée par devinez qui. Patricia Neal dans The Fountainhead: trop exacerbée quoique charismatique. Margaret O'Brien dans The Secret Garden: je me rappelle bien l'ambiance du film et ses décors, mais impossible de me souvenir du moindre détail de la performance de la jeune actrice... Lizabeth Scott dans Too Late for Tears: je ne sais jamais quoi penser de Lizabeth Scott, qui a indéniablement beaucoup d'allure mais qui s'arrange toujours pour avoir des expressions maladroites sur son visage lorsqu'elle parle. Ici, elle est coincée dans un polar de série B qui m'ennuie, mais elle n'y passe absolument pas inaperçue. Gene Tierney dans Whirlpool: je n'irai pas jusqu'à dire que c'est raté, mais je suis assez perplexe. En effet, elle paraît constamment trop nerveuse et a des regards assez maladroits devant son partenaire, au point de laisser une impression un peu laborieuse. Zhou Xuan dans Mò fù qīngchūn (莫负青春) (Ne gâchons pas notre jeunesse): à l'image du film qui s'égare entre drame et comédie, l'actrice est en peu en demi-teinte en surjouant bien trop les pleurs, malgré une excellente énergie qui met en valeur son don pour la comédie.

Ratées: Ingrid Bergman dans Under Capricorn: non contente de n'être pas convaincante en folle alcoolique au départ, à force de plissements d'yeux agaçants, elle retombe surtout dans son pire travers lors de confessions hystériques franchement insupportables. En outre, elle se fait complètement éclipser par Margaret Leighton, nerveuse à souhait. Jeanne Crain dans Pinky: outre l'erreur de casting notoire qui tue l'histoire dès le commencement tant on ne saurait croire que Pinky a une origine afro-américaine, l'actrice garde souvent un air crispé qui rend ses scènes toutes plus maladroites les unes que les autres. Bette Davis dans Beyond the Forest: on sent tellement qu'elle n'avait pas envie d'être là qu'elle passe son temps à se tortiller les cheveux en ayant l'air de s'ennuyer, avant de tenter de secouer un peu la torpeur de son quotidien à travers des moments hystériques plutôt désastreux. Surtout, comment croire qu'une personne comme Rosa ne soit pas capable de faire ses valises pour Chicago et se contente d'attendre quelque chose depuis chez elle? Olivia de Havilland dans The Heiress: une interprétation beaucoup commentée sur le blog, mais impossible de m'y faire. La première partie est catastrophique tant elle force dans la caricature et nous présente une Catherine complètement crétine; la seconde lui fait prendre un virage à 180° en accentuant cette fois-ci beaucoup trop la dureté de l'héroïne; et la transition ne me convainc plus autant que jadis bien que ça reste sa scène la plus réussie. Mais comment croire que les deux Catherine sont une seule et même personne? Deborah Kerr dans Edward, My Son: là encore, une performance extrêmement caricaturale, l'actrice n'arrivant pas à se contrôler et se vautrant dans les excès les plus grotesques possibles.

N'ont rien à faire: Ava Gardner dans The Great Sinner: je ne dirai pas qu'elle est insipide mais on ne lui demande rien de plus qu'être vraiment très jolie. Néanmoins, je n'ai vu le film qu'une fois voilà des lustres, et impossible de me rappeler si elle dispose d'un moment dramatique ou non. Hedy Lamarr dans Samson and Delilah: DeMille lui demandant juste de vamper le héros en petite tenue, ça n'en fait évidemment pas un très grand rôle... Janet Leigh dans Holiday Affair: encore un film vu il y a trop longtemps, je garde le souvenir d'une romance assez insipide où l'actrice n'avait pas le temps de briller. Jeanette MacDonald dans The Sun Comes Up: ou comment Jeanette est passée de star de premier plan au rôle peu enviable de second couteau auprès de Lassie. Le deuil qui amorce l'histoire était de mémoire trop édulcoré pour permettre à l'actrice d'en extraire quelque substance.

Insipides: Barbara Bel Geddes dans Caught: j'ai du mal à en parler parce qu'elle m'a toujours semblé si inintéressante que son souvenir s'est systématiquement effacé de ma mémoire, même après le deuxième visionnage. Danièle Delorme dans Gigi: j'ai toujours détesté cette histoire de jeune fille naïve formée à devenir cocotte par ses tantes demi-mondaines, et pour couronner le tout, l'actrice est tellement enfantine que ça renforce d'autant plus le malaise.

A découvrir: Ginger Rogers dans The Barkleys of Broadway reste la grande priorité. Avec déjà plusieurs performances non américaines au compteur dont une dans le top 5, je laisse à présent 1949 de côté et compléterai l'article en temps voulu.

mardi 19 janvier 2016

Le Bégonia rouge-sang (1949)


Deuxième partie de notre soirée Bai Kwong (白光), voici sa deuxième collaboration de 1949 avec Feng Yueh (岳楓), Le Bégonia rouge-sang (血染海棠紅) (Xue ran hai tang hong).

Malheureusement, si Une Femme oubliée partait sur une base prestigieuse grâce au texte de Tolstoï, Le Bégonia n'est pour sa part qu'un simple polar mélodramatique qui accuse son temps, et dont les toutes premières secondes font bien sentir qu'on ne se trouve pas devant un grand film. A vrai dire, j'ignore si le scénario a une origine littéraire, mais force est de reconnaître que le tout est complètement daté et peu intéressant. Bai Kwong incarne ainsi une vénéneuse tentatrice conduisant les hommes à voler des bijoux pour elle, tandis qu'elle abandonne son enfant à Gong Qiuxia (龔秋霞), alors qu'un quiproquo de sa part conduira son mari en prison et obligera l'héroïne à se confronter à sa rivale, entre autres rebondissements de la même espèce. Franchement, on s'ennuie assez vite, et le film pèche également par bien des aspects d'un point de vue formel, à commencer par un montage découpé à la tronçonneuse où l'on saute d'une séquence à l'autre sans que la première soit finie, et où des gens qu'on voit à l'intérieur d'une maison se retrouvent subitement dehors alors que le dialogue n'était même pas achevé! La mise en scène de Feng Yueh n'est pas en mesure de rattraper ces défauts, car autant ses images étaient suggestives et détaillées dans Une Femme oubliée, autant son langage cinématographique manque cruellement d'inspiration ici. Certes, le réalisateur sait toujours faire parler ses images, en plongeant notamment sa caméra sur un bras orné de bijoux à une table de jeu, avant de la faire remonter vers les regards avides de Bai Kwong et son partenaire, mais n'importe quel metteur en scène à peu près consciencieux aurait pu faire ça.

Dès lors, l'histoire ne m'intéressant pas du tout, ses atouts formels ont eu bien du mal à piquer ma curiosité, et ni les décors, ni les costumes, ni la photographie n'ont réussi à m'enthousiasmer. La musique de Hou Xiang (李厚襄) tente heureusement de sauver les meubles, le générique ouvrant le film sur la plus belle des trois mélodies de ses chansons coécrites avec Li Ping (黎平), et les séquences les plus mémorables étant orchestrées avec soin, comme le moment où l'héroïne paraît au lit, sublimement (dé)coiffée sur des accords subitement très romantiques. Ces partitions servent donc totalement l'esprit de certaines scènes, mais le scénario étant médiocre, difficile de s'intéresser aux musiques qui vont avec dans la plupart des cas. En outre, le travail des musiciens est desservi par le choix d'avoir placé les trois chansons au même moment: toutes se bousculent en effet à mi-parcours alors qu'on n'en avait pas entendu avant et qu'on en n'aura pas d'autres après, ce qui casse considérablement le rythme, sans compter que la chanson guillerette de la fille en robe blanche sur sa terrasse en fleurs ne colle pas du tout à l'atmosphère pesante et dramatique d'un film qu'elle ne parvient pas à aérer par contraste. Pour ça, il reste par bonheur la première chanson (voir en haut), dont je n'ai pas réussi à trouver la traduction des paroles, "東山一把青" (dōngshān yī bǎ qīng) ("La Montagne verte de l'est?"), mais dont la structure en trois actes résume assez bien l'état d'esprit de la dame, entre la séduction de la danse, les images de la nature évoquant une pureté inaccessible, et le retour à la réalité avec une Bai Kwong passablement triste à sa fenêtre. La chanson doucereuse jouée au piano par Gong Qiuxia, "祝福" (Zhû fû) (''Blessing You, Sweet Heart''), traduit quant à elle le caractère intègre de son personnage, tout en vantant les valeurs familiales sur des plans de coupe soulignant l'absence de l'homme alors en prison. Comme dans l'autre film, le son n'est pas très au point non plus...

Outre ces deux chansons finalement bien trouvées quoique mal distribuées sur la durée, l'interprétation reste l'un des points les plus positifs du film. Le visage de Bai Kwong est en effet idéal pour le cinéma, et dès qu'on lui demande d'être calme, elle captive rien qu'en apparaissant. Hélas, elle garde tout de même un trop-plein d'expressivité propre au jeu chinois de ces années-là, d'où certaines scènes de colère peu convaincantes. Mais sa rencontre avec Qong Qiuxia reste pleine d'énergie et permet aux deux actrices de faire des étincelles, chacune étant assez mesurée pour ne pas se laisser marcher sur les pieds, mais sans chercher à éclipser l'autre pour autant. Bai Kwong est la plus énervée et Gong Qiuxia reste courtoise sans s'écraser, avec pour technique interprétative de toujours baisser le menton en plissant les yeux pour encaisser une remarque blessante, avant de toujours savoir se ressaisir. En fait, c'est vraiment Gong qui crée la surprise depuis ce deuxième visionnage, car autant je n'en avais pas fait grand cas jadis, autant son personnage "havillandien" reste vigoureusement incarné dans le détail: son ton rassurant et compréhensif n'a d'égal que sa tristesse, laquelle se lit uniquement dans ses yeux sans que rien ne soit accentué par l'actrice. A la fin, il est tout de même dommage que ces deux femmes soient presque rendues secondaires par leur scénario caduque qui centre trop longtemps le propos sur des hommes transparents dont on se contrefiche. Mais Gong Qiuxia gagne au change puisque son personnage est nettement plus développé que dans Une Femme oubliée.

En somme, ce Bégonia rouge-sang n'est pas aussi vénéneux qu'on pourrait le croire, et c'est clairement un faux pas après la relative réussite de la Femme oubliée. Là encore, mon enthousiasme débordant de la découverte a été fortement tempéré par le recul et un meilleur sous-titrage, mais un film contenant une longue rencontre explosive entre deux stars n'est jamais une vaine expérience. J'en reste à 5/10, mention spéciale à Gong Qiuxia et à la chanson "verte".