jeudi 16 août 2012

Oscar du second rôle féminin 1934

Comme précisé dès le départ, je fais remonter les seconds rôles dès 1927/1928 afin de mettre en lumière de bonnes performances généralement éclipsées par les grandes stars de l'époque. Pour l'année 1934, voici les actrices qui m'ont le plus marqué dans cette catégorie:


Alice Brady - The Gay Divorcee: Ne cherchez pas: Alice Brady est l'une de mes actrices comiques de prédilection, l'une des rares à savoir faire un sort aux calembours les plus risqués ("Niece, yes! That's the one I'm waiting for!") et à pouvoir rendre hilarante n'importe quelle situation. Il ne pouvait dès lors n'y avoir qu'elle pour jouer la tante excentrique de Ginger Rogers de façon aussi drôle, et ce sans afficher le moindre effort. Certes, on m'objectera peut-être que le rôle n'est pas des plus compliqués, mais en toute honnêteté, le personnage aurait très probablement été massacré par une autre actrice n'ayant pas le timing comique si particulier de Brady. Ainsi, chaque geste et chaque réplique prend un tour tout à fait savoureux grâce à cette interprète hors pair, et rien n'est plus jouissif que de la voir répondre à un douanier qui, croit-elle, tente de la séduire à l'aide d'une corbeille de fruits qu'elle a pourtant achetée elle-même. Sans parler de sa façon de débarquer dans le bureau d'un Edward Everett Horton fort déconfit qu'elle ne manque pas de faire tourner en bourrique. En somme, Brady compose un personnage constamment drôle qui parvient à être tout aussi marquant que le duo Astaire-Rogers, et fait vivement regretter son absence dans leurs autres collaborations: là où les répliques d'Helen Broderick tombent constamment à plat, Alice Brady aurait très certainement insufflé une bouffée d'air frais comique qui aurait pu relever le niveau de Top Hat ou Swing Time.


Louise Dresser - The Scarlet Empress: Non contente d'avoir le physique de l'emploi, Louise Dresser est criante de vérité dans ce rôle de tsarine impérieuse et capricieuse. En effet, l'actrice incarne l'essence même d'une femme de pouvoir, à la fois dure et colérique, mais aussi empreinte de dignité et de désirs humains, et qui sait combien il est difficile pour une dame de jouer le rôle de chef d'État. C'est pourquoi sa jovialité peut rapidement s'effacer pour laisser parler une fureur qu'elle a du mal à contrôler, comme le souligne cette scène où Marlene tente de lui faire la leçon en pleine salle du conseil avant de se faire remettre à sa place par une impératrice prenant un malin plaisir à la dominer. D'ailleurs, on adore voir Dresser se jouer de Marlene pour bien lui inculquer ses devoirs, celle-ci étant à ses yeux davantage une productrice d'héritiers qu'une figure politique, de quoi rendre la métamorphose de l'héroïne encore plus sublime. Dès lors, Louise Dresser a bel et bien un rôle déterminant au sein du film, et j'aime tout particulièrement la façon qu'a l'actrice de restituer les contrastes de son personnage: certes, Elisabeth est une souveraine décadente et illettrée, mais dans le même temps, elle sait faire preuve d'un solide sens politique pour la sauvegarde d'une Russie à laquelle elle a sacrifié sa vie. En clair, un second rôle vraiment incontournable pour ce cru 1934.


Kay Johnson - Of Human Bondage: Difficile de se tailler une bonne place dans un film où Bette Davis écrase à peu près tout sur son passage, mais force est de reconnaître que Kay Johnson n'a nullement démérité. Certes, le rôle est moins ambitieux, mais c'est justement ça qui lui permet de se démarquer, en apparaissant comme un havre de paix pour calmer les tourments d'un Leslie Howard agaçant. Johnson sait ainsi se montrer gentiment taquine, mais surtout compréhensive, de quoi rythmer le film de façon efficace entre les scènes survoltées de Davis. Cependant, le caractère trop bon de cette confidente amoureuse qui n'hésite pas à allumer la pipe de celui qu'elle aime est également ce qui cause sa perte: le personnage en a conscience et voilà qui permet à l'actrice de jouer sur la corde sensible en évitant le piège du mélodrame. Norah se révèle donc touchante par sa clairvoyance: elle sait qu'elle a peu de chances d'être aimée en retour, de quoi avoir de bonnes réactions lorsqu'elle n'a d'autre choix que de s'incliner face à sa rivale. Dès lors, le choix de l'actrice de ne pas pleurer lorsqu'elle quitte la scène renforce l'empathie qu'on peut ressentir pour son personnage.


Fredi Washington - Imitation of Life: C'est peut-être celle qui a le temps d'écran le plus restreint au sein du casting, mais ça ne l'empêche nullement de laisser une forte impression. Il faut dire qu'elle est dotée du meilleur personnage du film puisque contrairement à Louise Beavers, elle cherche à se révolter contre sa condition en profitant de sa peau claire pour se faire passer pour blanche. Ce rôle prend une acuité toute particulière quand on sait que dans sa vie privée, Fredi Washington a toujours refusé de se faire passer pour blanche, quitte à sacrifier sa carrière, afin de militer activement pour les droits civiques. Quoi qu'il en soit, sa performance ici est frappante de justesse: bien qu'elle soit du même âge que Claudette Colbert et Louise Beavers, elle fait parfaitement croire à cette jeune fille de la génération suivante, et c'est pourtant la moindre de ses qualités. En effet, la grande force de l'actrice est avant tout de composer un personnage complexe avec une facilité qui fait vivement regretter qu'elle n'ait pas tourné plus: d'un côté, on la sent bouillonner en permanence à cause des problèmes raciaux qui la frappent de plein fouet et qu'elle tente de conjurer; de l'autre, elle se révèle extrêmement émouvante dans ses rapports avec sa mère, et ce à l'aide de son visage constamment serré par la déception qu'illuminent des regards touchants. On aboutit dès lors à une performance intense qui conduit à un final dévastateur fort bien rendu par l'actrice. 

Ça, c'est dit! Et maintenant, trêve de suspense: the winner is...

Fredi Washington - Imitation of Life

Pour moi, s'il y a un second rôle à mettre en valeur en 1934, c'est bien Peola Johnson telle que l'interprète avec force excellence Fredi Washington. De surcroît, l'actrice est à mes yeux une icône qui, rien que pour ses combats à la ville, mérite amplement d'être distinguée. Mais parlons net: si je vote pour elle avec autant d'enthousiasme, c'est avant tout parce que je considère qu'elle est, en terme de jeu, la meilleure de sa catégorie. Concernant ses concurrentes, voici comment j'envisage de les classer: Kay Johnson tendrait à être quatrième et serait devancée par Alice Brady se hisserait dans le top 3 grâce à son personnage hilarant mais la principale concurrence contre Fredi viendrait de Louise Dresser, parce qu'incarner une tsarine aussi jubilatoire dans le chef d'oeuvre ultime du septième art, c'est un émerveillement de tous les instants.

Sinon, je confesse avoir pas mal ri devant Mary Boland dans Four Frightened People, mais je refuse catégoriquement de donner la moindre nomination à ce film.

4 commentaires:

  1. J'ai finalement vu aujourd'hui "Of Human Bondage" après en avoir abondemment entendu parler et lu le livre. Je ne changerais pas un mot du commentaire ci-dessus tant la qualité du jeu de Kay Jonhson et sa présence justifie son emploi par DeMille auparavant. Comme elle n'a pas de scènes avec Bette Davis, on ne peut pas la manquer. Profonde, superbe, touchante.

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  2. Kay Johnson était l'épouse du réalisateur de Of Human Bondage, mais qu'elle soit morte oubliée et qu'elle se soit retirée en Nouvelle Angleterre dès son divorce dans les années quarante reste bien désolant pour une personne que DeMille allait jusqu'à comparer à Swanson.

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    1. Merci pour ces renseignements. J'avoue que je suis peu familier de la carrière de Kay Johnson et j'ignorais cette anecdote. Ça me donne envie de voir Dynamite!

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  3. Bravo pour ce blog. Belle recherche, commentaires judicieux et grande culture du cinéma de l'âge d'or. Le genre de film avec lesquels on se lave les yeux et se refait un regard.

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