mercredi 31 juillet 2019

Quinctilis

Quelques réflexions en vrac sur des choses vues et lues en juillet.

Ragtime

J'avais le disque depuis des années, et je me suis enfin décidé à voir Ragtime de Miloš Forman (1981). C'est un bon film, et une longue fresque historique où se croisent différents personnages de milieux sociaux différents, bien entendue située dans l'Amérique des années 1900. Ce n'est pas un chef-d’œuvre, mais c'est très bien pour ce que c'est, et ç'aurait certainement mérité une nomination comme meilleur film aux Oscars, à la place de La Maison du lac. Les deux interprètes que l'Académie distingua sont Howard Rollins Jr., qui incarne avec beaucoup d'énergie un pianiste noir extrêmement arrogant cherchant à défier les codes de la société, et Elizabeth McGovern qui joue sans trop de nuances une Evelyn Nesbit dont l'esprit manque cruellement de profondeur. Cependant, la meilleure performance de la distribution, à laquelle j'aurais décerné le prix du meilleur acteur tout court, est celle donnée par James Olson dans le rôle du père de famille, conservateur par obligation sociale mais plus ouvert d'esprit qu'il n'y paraît, et qui navigue très bien sur la corde raide du chef d'entreprise sans envergure aux accents héroïques insoupçonnés et pas trop appuyés. Le plus grand nom au générique, James Cagney, ne fait en revanche que de la figuration de luxe.

Quoi qu'il en soit, le film aura été l'occasion d'en savoir plus sur deux actrices emblématiques du début des années 1980. En premier lieu Mary Steenburgen, qui était alors au pic de sa popularité puisque son rôle dans Ragtime intervient un an après son oscar pour Melvin et Howard, et un an avant sa collaboration avec Woody Allen dans Comédie érotique d'une nuit d'été. J'ai peu de souvenirs de ce deuxième film, où je l'avais apparemment trouvée plus drôle que ses partenaires encore qu'une révision s'impose, mais j'ai réussi à dénicher l'autre, et je dois dire que coupler l'histoire de l'héritage d'Howard d'Hughes avec Ragtime n'a clairement pas joué en faveur de l'actrice qui est hélas affublée de l'une des pires voix du monde. C'est une voix juvénile qui devient rapidement insupportable et qui serait plus appropriée dans un épisode de Bugs Bunny, que chez des femmes volontaires qui doivent gérer une famille et prendre de sérieuses décisions. Paradoxalement, ce n'est pas trop gênant dans Melvin et Howard, car son personnage, Lynda, est une femme paumée et pas très futée, dont la principale ambition est de se lancer dans des numéros d'effeuillage burlesque, mais cette voix dessert totalement le personnage dans les moments les plus graves, et appuie au contraire sur le peu d'esprit de l'héroïne au lieu d'apporter un contraste bienvenu. Sa mère de famille dans Ragtime est heureusement très différente puisqu'il s'agit d'une femme intelligente, également discrète car elle est bien élevée et respecte les conventions, mais assez forte pour imposer ses points de vue progressistes à son mari et aux autorités de la ville. D'un point de vue physique l'interprétation est réussie car loin de se trémousser avec énergie sur scène, Mary Steenburgen se tient ici toujours bien droite et veille à ne jamais faire aucun geste inapproprié, de telle sorte que le contraste entre les deux performances est saisissant. Mais! Il y a encore cette horrible voix de bébé qui n'est jamais loin de détruire tout l'édifice physique bâti par l'actrice, car il devient difficile au bout d'un moment de prendre cette grande dame au sérieux alors qu'elle parle comme Shirley Temple.

L'autre rôle féminin conséquent dans Ragtime est, nous l'avons vu, Elizabeth McGovern, dont l'interprétation reste correcte mais qui ne me transporte pas avec ce rôle peu profond. Avant Ragtime, je ne la connaissais que pour Il était une fois en Amérique (1984), un film que je n'ai pas spécialement aimé malgré sa réputation de chef-d’œuvre intemporel, et où son personnage ne m'a visiblement pas marqué vu que je ne me souviens d'aucune scène avec elle, bien que ma découverte du film ne remonte qu'à l'année dernière; et Les Ailes de la colombe (1997), où elle est fascinante car mystérieuse à souhait dans le rôle de la dame de compagnie fidèle qu'on ne dupe pas si aisément, bien que je ne sois là encore pas absolument conquis par sa performance, car à la fin, le chaperon reste davantage un mystère insondable qu'un personnage en tant que tel. A moins de penser que ses larmes marquent un attachement ambigu pour l'héritière américaine et qu'il s'agit là de nuances de génie. Mais il reste difficile de savoir que penser de ce personnage fantôme pour le moins indéchiffrable.

En tout cas, avec ses yeux en amande et ses cheveux de jais, Elizabeth McGovern a un physique fascinant auquel la maturité sied mieux qu'une extrême jeunesse un peu trop lisse. J'ai ainsi été ravi de la retrouver cet été dans une adaptation d'Agatha Christie pour la série Hercule Poirot, Rendez-vous avec la mort (2008). Elle y incarne une Américaine devenue lady anglaise et membre au parlement, et comme je le disais, sa présence physique est extraordinaire, d'autant qu'elle hérite d'un bon rôle qui lui permet de révéler des sentiments sous une apparence froide, hautaine et bien entendu... mystérieuse. Dommage que l'adaptation soit en revanche un ratage total. Pour avoir regardé les autres épisodes de la série sortis dans les années 2000, j'en conclus que Poirot est ce qui se fait de mieux en mystères christiens, mais cet épisode-là est malheureusement l'un des plus mauvais de la série. Au lieu de se focaliser sur la famille, les scénaristes ont ajouté de nombreux personnages inutiles dont une religieuse polonaise, des rebondissements sortis de nulle part comme la traite des Blanches, une résolution totalement aberrante et un meurtre d'une violence déplacée. Il n'y a dès lors plus que de jolies images du Maroc pour donner un peu d'éclat au tout, mais il n'en reste pas moins que Rendez-vous avec la mort est l'exemple même de ce qu'il ne faut surtout pas faire dans un travail d'adaptation. Agatha Christie étant une romancière très limitée, très douée avec les détails et les indices mais très inconsistante quant à la profondeur de ses personnages, il est absolument nécessaire de développer ceux-ci d'un point de vue psychologique et sentimental, ce que la série réussit généralement, mais pas au point de les insérer dans des histoires parallèles qui n'ont plus rien à voir avec le sujet et qui finissent par devenir grotesques.

Les travaux d'Hercule

Après ce rendez-vous décevant, je suis allé me divertir avec d'autres épisodes de la série, ce qui a fait remonter pas mal de souvenirs d'il y a bientôt vingt ans à la surface. Il faut dire que malgré son style d'une pauvreté inqualifiable et ses personnages immanquablement décevants, Agatha Christie avait un tel don pour les énigmes que j'avais pris grand plaisir à lire la plupart de ses romans au collège. Au début des années 2000, je regardais également les épisodes avec David Suchet dans le rôle de son détective fétiche, notamment Le Couteau sur la nuque (2000), que j'avais tellement vu et revu à l'époque que je me suis rappelé de toutes les répliques, alors que je ne pense pas y avoir retouché depuis 2003. La meilleure tirade étant bien entendu attribuée à Miss Lemon qui, s'offusquant que l'on demande à Poirot s'il a les réponses aux questions de l'enquête, s'exclame avec hauteur: "Bien sûr que M. Poirot les a, sinon que feriez-vous là?" J'adore ce personnage et je suis content que les scénaristes aient pensé à le développer dans la série, sans compter que l'interprétation pince-sans-rire de Pauline Moran est un délice. Cerise sur le gâteau, je viens de découvrir que l'actrice fut guitariste dans un groupe féminin des années 1960, The She Trinity, ce qui ajoute de la rendre encore plus cool qu'elle ne l'était! Quoi qu'il en soit, Le Couteau sur la nuque est un excellent épisode où de nombreux seconds rôles, y compris la femme de chambre de Carlotta, ont l'occasion d'avoir une petite scène pour briller. L'intrigue est également retorse à souhait malgré un mobile qui nous paraît bien dérisoire aujourd'hui.

En revanche, je suis un peu plus déçu par l'un de mes épisodes préférés jadis, La Maison du péril (1990), qui se contente simplement de donner le nom du coupable sans reprendre un à un les indices de la mise en scène. Mais, on y retrouve Pauline Moran qui doit cette fois-ci improviser une séance de spiritisme, et la très cool Polly Walker, qui devait par la suite interpréter des personnages croustillants dans Avril enchanté et la série érotico-historique Rome! Les autres épisodes visionnés ce mois-ci furent en revanche des découvertes, dont Le Noël d'Hercule Poirot (1995), qui fait bien ressentir l'ambiance de fêtes de fin d'année à l'aide de cantiques, mais aussi Cinq petits cochons (2003), mon intrigue préférée de Christie grâce au personnage d'universitaire borgne et sa relation complexe à sa sœur, cet épisode là bénéficiant en outre d'une Gemma Jones aux sentiments refoulés, et de Rachael Stirling, la fille de Diana Rigg, physiquement sublime et créant un personnage passionnant, le tout dans une ambiance digne de Giverny. Les Indiscrétions d'Hercule Poirot (2006) m'a également beaucoup plu, avec sa galerie de personnages intrigants et la présence d'un coupable fabuleusement interprété, dont la scène finale aurait mérité un prix; tandis que Le Chat et les Pigeons (2008), visuellement trop moderne pour restituer l'esprit de l'époque, a le bon sens d'avoir choisi la toujours fascinante Harriet Walter pour incarner la directrice. Mais dommage que le rôle de l'héroïne, l'une des pensionnaires, soit moins développé que dans le livre, dont c'est toute la force, et que Poirot soit déjà au pensionnat dès le départ.

On peut enfin s'amuser à comparer de récents épisodes avec les films d'antan aux distributions cinq étoiles. A ce titre, Les Vacances d'Hercule Poirot (2001), est sans doute un bon épisode, quoique peut-être un peu trop condensé compte tenu de ses indices en grand nombre, mais si l'ambiance années 1930 fonctionne à merveille grâce à la maison Art déco de Burgh Island, c'est hélas moins fun que Meurtre au soleil car nettement moins camp. Et pour cause! La Méditerranée est ici remplacée la Manche, et les personnages sont beaucoup trop réalistes par contraste, ce qui nous prive de Maggie Smith et Diana Rigg qui se dandinent devant un piano, de Jane Birkin se pensant dans une adaptation de Now, Voyager, d'un maillot de bain pas assez grand et de Sylvia Miles en gorgone à paillettes! Je viens juste d'apprendre la triste nouvelle concernant cette diva flamboyante dont nous avons déjà bien parlé sur Gretallulah, je suis dévasté.

Par contre, si Les Vacances d'Hercule Poirot est techniquement une bonne adaptation, Le Crime de l'Orient-Express (2010) tombe dans les travers des épisodes les plus récents, avec une tonalité sombre et religieuse bien trop appuyée pour rendre tout le piquant de l'intrigue bien connue. Et puis, malgré tous ces grands noms au générique, un épisode dans l'Orient-Express sans une Vanessa Redgrave roussoyante, une Wendy Hiller à plumes, une Rachel Roberts lesbienne, une Lauren Bacall divaesque ou une Ingrid Bergman qui parle à Jésus n'a aucun sens! Un seul avantage, on échappe grâce à David Suchet à la pire créature du cosmos jouée par Albert Finney jadis. Et puis, par comparaison avec le rejeton incestueux de Kenneth Branagh et de la reine des Aliens, cette version télévisée est de haute qualité. J'ai découvert ce film cet hiver et... entre Branagh qui se prend pour James Bond, Penélope Cruz qui pleurniche, Judi Dench qui continue de vampiriser tous les seconds rôles de vieilles dames anglophones, et l'immonde Johnny Depp dans un rôle non moins ignoble, il ne reste guère que Michelle Pfeiffer pour donner un peu de fraîcheur au tout. Dommage pour elle que cette adaptation là soit si mauvaise, cédant aux pires travers contemporains sans rien garder de l'ambiance du roman.

Absence de malice

Hop! Une mention de Michelle Pfeiffer me permet de retomber sur les années 1980. Je viens d'évoquer deux actrices américaines de l'époque, Elizabeth McGovern et Mary Steenburgen, nous leur adjoindrons l'excellente Melinda Dillon et la coolissime Sally Field, découvertes toutes deux dans la très attendue mais simplement pas mal Absence de malice de Sydney Pollack (1981). A l'instar d'un Paul Newman tout en retenue, elles y sont parfaites. Sally Field, qui a le rôle principal d'une journaliste dont l'obsession pour un scoop va détruire des vies, fait preuve comme toujours d'un grand charisme, tout en rendant son personnage sympathique. Je ne connais pas assez sa filmographie pour en être sûr, mais j'ai le sentiment que Sally Field n'a jamais joué de rôles négatifs. Ici, la journaliste Megan Carter fait son travail, et lorsqu'elle se rend compte que les choses sont allées trop loin et que la situation lui échappe, elle fait de son mieux pour aider Paul Newman. La scène ou celui-ci la violente après le plus grand drame de l'histoire est extrêmement bien jouée: elle revient dans son bureau pour réclamer son manteau, avec un mélange de crainte et de repentir, mais aussi d'humilité et de dignité, qui aurait suffi à en faire une candidate aux Oscars cette année-là. D'ailleurs, je ne sais pas qui auraient été mes cinq candidates anglophones de 1981: Faye Dunaway pour Maman très chère, Susan Sarandon pour Atlantic City et Sissy Spacek pour Raggedy Man pour sûr, mais après, j'ai du mal à départager Julie Andrews pour son contre-emploi dans S.O.B., Sally Field pour le rôle qui nous occupe et même Isabelle Huppert pour La Porte du paradis. Sans parler de Meryl Streep et Diane Keaton qui mériteraient révision. Quoi qu'il en soit, si Sally Field est excellente, Melinda Dillon ne l'est pas moins dans le second rôle d'une femme tourmentée par un secret qui lui fait honte. Son dialogue avec la journaliste est lui aussi très bien joué, car l'actrice s'y montre très expressive tout en restant dans la retenue. Et sa panique le lendemain de l'entretien est palpable. Mais, je suis tout de même très déçu que le rôle ne soit pas mieux étoffé. Sydney Pollack nous prive de davantage de réactions sur son visage, et savoir que sa grande scène potentielle n'a lieu que par ellipse est extrêmement frustrant.

Dès lors, je ne sais pas quoi faire avec les seconds rôles de l'année: Melinda Dillon excelle mais est privée de grands moments, Jane Fonda en fait des tonnes et c'est hautement divertissant, Elizabeth McGovern reste correcte mais ne me transcende aucunement, Maureen Stapleton sera à revoir car je garde le souvenir d'un caméo, et Joan Hackett ne m'a pas du tout marqué dans un film détestable (désolé). Alors, sachant que je garde vraisemblablement Dillon et Fonda, qui nommer? Dans Ragtime, Debbie Allen n'a qu'un tout petit rôle et Mary Steenburgen parle comme Shirley Temple, donc non. Dans Quartet, Maggie Smith est très bien, même mieux qu'Adjani, et c'est pourtant loin d'être ma performance smithienne préférée. Et dans They All Laughed, Audrey Hepburn a finalement davantage un second rôle, mais que fait-elle à part être Audrey Hepburn qui se promène avec une peluche? Disons Dillon, Fonda et Smith alors, auxquelles j'ajoute une performance moins traditionnelle, Karen Allen, qui a de l'énergie à revendre pour seconder Harrison Ford dans leurs aventures de l'Arche perdue, à défaut de livrer une grande interprétation; et une actrice dans un film étranger éligible cette année-là aux Etats-Unis, Marília Pêra dans Pixote. Si l'on pose alors l'équation Allen, Dillon, Fonda, Pêra, Smith, la solution est Pêra, de loin.

Pour 1980, ayant détesté Melvin et Howard et n'étant, comme précisé, pas du tout un admirateur inconditionnel de la performance de Mary Steenburgen, qui n'apporte pas assez de force à son personnage par trop léger et qui est en outre un rôle trop conséquent pour être réellement secondaire, qui reste-t-il? Dans la sélection officielle, Eileen Brennan hérite d'un rôle caricatural qui ne fait même pas rire, alors qu'elle méritait tellement une nomination pour La Dernière Séance neuf ans plus tôt; Eva Le Gallienne a une présence lumineuse à défaut d'avoir énormément à faire, Cathy Moriarty ne m'a pas du tout marqué dans un film qui n'est, sans surprise, vraiment pas ma tasse de thé, et je n'ai pas vu Tina Bringmetheaxe, qui était probablement trop occupée à ranger ses vêtements sur des cintres métalliques. En gardant Le Gallienne, mes alternatives seraient Anne Bancroft pour Elephant Man, pour son charisme extraordinaire et son dynamisme de diva, et éventuellement Beverly D'Angelo dans Coal Miner's Daughter, où elle se retrouve dans la même position que Melinda Dillon un an plus tard: elle a un second rôle marquant qui s'avère finalement très peu développé. Toutefois, autant Dillon étoffe le rôle par elle-même, autant je ne suis pas sûr que D'Angelo fasse de même. Mais comme elle chante elle-même et que sa version de Sweet Dreams est encore plus agréable que celle de Pasty Cline, elle est certainement mémorable et mérite pour cette seule raison de figurer dans les annales. Sinon, Wendy Hiller dans Elephant Man? Sous réserve d'une revisite, peut-être, et il me reste de nombreuses découvertes à faire cette année là, de toute manière.

Plus tard ou jamais

Pour conclure ce billet en restant sur les années 1980, j'évoquerai ma lecture de Plus tard ou jamais d'André Aciman, la traduction française de Call Me by Your Name, dont l'action se situe à mots couverts en 1987 et qui reste un livre idéal à découvrir un mois de juillet à la campagne. C'est nettement mieux que l'adaptation de Luca Guadagnino, et je comprends pourquoi après avoir revu le film dans la foulée pour comparer: dans le livre, même si le héros se cherche, il reste constamment obsédé par l'invité de ses parents. Le dernier chapitre, qui ne figure pas dans le film, est d'ailleurs déchirant car on se rend compte que si chacun vit sa vie, nul ne peut oublier le souvenir de cet été là. Or, étant quelqu'un qui gère précisément très mal sa nostalgie, ce dernier chapitre m'a touché droit au cœur. A l'inverse, le film m'a paru encore moins bon que la première fois: on dirait juste une amourette d'été, et la fin hivernale devant la cheminée n'a aucunement la force du quatrième chapitre du livre, car je n'ai jamais ressenti une réelle attirance des personnages l'un pour l'autre jusqu'alors. Sincèrement, on dirait simplement deux potes qui se chatouillent pour passer le temps, mais aucun des gros plans sur Timothée Chalamet ne me fait ressentir la force du désir d'Elio telle qu'elle est décrite dans le livre. Ça semble être une grande performance parce qu'il pleure à la fin, mais dans le reste du film, son interprétation reste surtout opaque, de telle sorte qu'on peut y projeter le degré de profondeur que l'on souhaite. Et comme je suis devenu plus exigeant avec le livre, quelque chose manque à mon goût chez les acteurs.

En revanche, James Ivory a fait un bon travail d'adaptation, mais c'est bien la mise en scène de Luca Guadagnino qui rend le tout un peu fade, et qui transforme un été poignant en simple roman-photo. En effet, on ne ressent décidément pas, dans les choix de réalisation, le même degré de désir et d'obsession que dans le roman. Par exemple, lorsque Elio enfile le maillot de bain d'Oliver comme une cagoule, ce qui tourne à une obsession troublante sur le papier n'a l'air que totalement mécanique et assez mal amené à l'écran. Et lorsque Oliver touche l'épaule d'Elio, on ne sent pas celui-ci prêt à s'abandonner. Le grand défaut du film est donc que ni le metteur en scène ni les acteurs n'arrivent à me faire ressentir la force des émotions du roman. L'avantage du film par rapport au livre, c'est qu'il se passe en Lombardie et non en Ligurie, car je déteste la Ligurie. Et encore, cet avantage n'est qu'éphémère car la mini randonnée en montagne du dernier acte n'a rien à voir avec l'escapade romaine enflammée du troisième chapitre, chapitre le moins intéressant du livre à mon goût car s'attardant trop sur le personnage secondaire du poète, bien que son récit serve la narration; et parce que présentant une soirée mondaine comme un émerveillement pour le héros, ce qui évoque pour moi deux univers tout à fait détestables: les mondanités et les beuveries.

Conclusion

C'est tout pour aujourd'hui. Je ferai le point sur les autres films vus cet été dans un autre article. Mais puisque nous avons évoqué Maggie Smith un peu plus haut et que j'adore parler des actrices à Oscars, j'ajouterai avoir enfin mis la main sur Othello (1965), un film interminable contenant l'une des pires performances de Laurence Olivier, qui s'est probablement cru dans une adaptation du Chanteur de jazz et qui a voulu compenser l'absence de musique en surjouant atrocement. Les actrices sont meilleures, mais je ne suis pas émerveillé: Joyce Redman est charismatique mais reste très théâtrale, et si Maggie Smith semble plus moderne en Desdémone, elle n'a finalement pas réussi à m'intéresser à son film ou à son personnage, quoiqu'il s'agisse d'une bonne performance où l'on sent bien sa crainte et son incompréhension face à des événements qui lui échappent. J'espérais en tout cas qu'elle devînt la meilleure de sa sélection aux Oscars, mais ce n'est pas le cas: Ruth Gordon a ma préférence dans un rôle taillé sur mesure pour elle, puis viennent Maggie Smith, fort bien mais qui ne me transporte pas, et Joyce Redman, puissante mais trop théâtrale, puis Shelley Winters, mauvaise et braillarde sans nuances, et enfin Peggy Wood qui ne fait rien et a du mal avec une simple chanson en play-back. En gardant Gordon et peut-être Smith, imaginez Geraldine Chaplin pour Le Docteur Jivago, Geraldine Fitzgerald pour Le Prêteur sur gages et Eleanor Parker dans La Mélodie du bonheur, et la sélection devient tout de suite bien plus fabuleuse!

samedi 15 juin 2019

Pensées printanières

Quelques réflexions en vrac sur des films revus ou découverts cette saison:

Pola Negri parle!

J'ai enfin mis la main sur A Woman Commands (1932), un film de Paul Stein où ma star du muet préférée, Pola Negri, ne se tait que pour embrasser mon fantasme cinématographique favori, Basil Rathbone. Alors autant dire que j'étais tout excité en commençant le visionnage! Malheureusement, le résultat n'est pas très bon: l'histoire patine gravement passé un début prometteur, la mise en scène est plate au possible et la conclusion honteusement romanesque n'ajoute rien de positif. En outre, l'interprétation laisse à désirer, entre un Roland Young étonnamment mauvais dans le rôle du roi serbe, et un Basil lisse à mourir, aux antipodes de la suavité du prince Karénine. Mais, deux éléments très solides m'ont permis de passer un bon moment. D'abord, les décors de Carroll Clark, moins pour leur débauche d'effets aristocratiques traditionnels que pour leurs accents expressionnistes lors d'une scène de cabaret marlenisée qui forme un joli écrin pour la chanson Paradise. Mais surtout, Pola elle-même, qui se révèle être une excellente actrice de cinéma parlant. Bien sûr, quelques expressions de terreur exagérées auraient pu être corrigées, mais dans la grande majorité des séquences, son interprétation est d'une grande justesse, son charisme jamais altéré, et son accent se marie très bien à l'intrigue slave dont elle est la reine. On comprend que le public américain n'était pas prêt à écouter ce type de langage, mais Pola aurait clairement mérité une bien meilleure carrière parlante.

Le faux pas de Miriam Hopkins

Bien que mise en scène par son futur mari, Anatole Litvak, dans The Woman I Love (1937), Miriam Hopkins se trompe sur toute la ligne, à la fois comme actrice et comme héroïne. En effet, ayant du mal à trouver sa place dans une histoire masculine d'aviation, Miriam est incroyablement fade, un comble pour une actrice aussi énergique, qui savait être subtile sans rien perdre de sa superbe, ou cabotiner avec joie dans le drame comme dans la comédie. Mais ici, elle semble paralysée, ne se décide jamais à tendre ni vers un extrême ni vers l'autre, et reste finalement les pieds dans l'eau. Elle est ainsi dévorée en une scène par Elisabeth Risdon, et l'on n'arrive jamais à croire qu'elle puisse avoir des sentiments pour Louis Hayward, dont le jeu et le personnage sont si insupportables que n'importe quelle dame à peu près sensée fuirait lorsqu'il se met à lui faire la cour. A l'inverse, Paul Muni est pour une fois à peu près potable en lieutenant maudit, sans tomber dans l'excès de jeu ou de maquillage qu'on lui connaît, si bien que la liaison amoureuse, pivot de l'intrigue tout de même, n'a aucun effet puisque Madame Maury a l'air bien mieux assortie à son mari qu'à son amant. Autrement, le film reste visuellement correct, mais la triste vérité, c'est qu'on aurait totalement pu se passer du personnage féminin: on aurait alors abouti à une version parallèle de La Patrouille de l'aube (voir la brillante adaptation d'Edmund Goulding un an plus tard), et toutes les scènes militaires auraient fait mouche. Mais en l'état, je suis très déçu.

Bernadette soupire: "Ouh! C'est pas trop tôt!"

En revanche, après une énième revisite du Chant de Bernadette, que j'ai finalement appris à beaucoup aimer au fil des ans, je suis de plus en plus agréablement surpris par Jennifer Jones. J'ai toujours pensé que sa performance était adéquate, mais comparée aux acteurs à fort caractère qui l'entourent, Charles Bickford, Anne Revere, et surtout Vincent Price et Gladys Cooper dans des rôles nuancés, elle me donnait l'impression de faire pâle figure. Après rafraîchissement de mémoire, elle compose vraiment une excellente Bernadette: bien que malade, timide, voire timorée, et constamment humble, elle dégage un dynamisme et une vivacité qui ne m'avaient jamais marqué, et qui rendent le personnage éminemment vivant, sans jamais rien lui faire perdre de sa pureté ou de sa sincérité. Ça ne rend pas son interprétation follement complexe, mais c'est la première fois que j'ai vu le film en m'intéressant tout à fait à elle: lorsqu'elle est déçue mais accepte quand même les choses de bonne grâce, on ressent absolument sa peine contenue, et sa joie non feinte devant les apparitions est parfaitement dosée. Finalement, Jennifer Jones restera une actrice de tous les extrêmes pour moi, puisqu'elle fut capable d'aller de l'abîme (Duel au soleil) à la cime (Plus fort que le diable), mais c'est la première fois que, dans mon esprit, sa performance dans Bernadette passe du bien au vraiment bien.

L'Héritière cruelle

Je suis également plus beaucoup plus serein envers l'héritière d'Olivia de Havilland, interprétation polarisante s'il en est. Je l'ai d'abord haïe avec passion, puis je lui ai trouvé des qualités avant de la haïr à nouveau, tout ça pour enterrer la hache de guerre et fumer le calumet de la paix... jusqu'à la prochaine visite. Quoi qu'il en soit, pour ses 70 ans, j'offre une entente cordiale à Catherine Sloper. Pour commencer, les premières scènes, que j'ai toujours trouvées atrocement surjouées au point de faire passer l'héroïne pour sotte, m'ont finalement mieux convaincu la semaine dernière: Olivia fait vraiment sentir que Catherine a une vraie personnalité derrière sa façade, mais c'est évidemment très contenu et difficilement décelable, car l'héritière a, à ce moment là de l'histoire, une admiration sans bornes pour son père. Elle croit qu'il l'aime et elle a intégré toutes les horreurs qu'il lui a dites, d'où son comportement gauche et maladroit dès qu'il est en sa présence, ou qu'elle se retrouve seule avec un inconnu au bal, quoique déjà beaucoup plus libre et spontanée en compagnie de sa tante, qui a réellement de l'affection pour elle. Je ne fais qu'enfoncer des portes ouvertes, mais j'ai besoin de réécrire le cheminement de l'héroïne car mon ressenti sur cette situation de départ est assez neuf: ce qui me paraissait odieusement crispant et grimaçant est bien plus nuancé que dans mon souvenir, et l'essentiel est de voir qu'Olivia de Havilland donne bien des indices sur la personnalité de Catherine dans cette première partie, ce qui ne m'avait jamais sauté aux yeux jusqu'alors. Toutes les scènes où Montgomery Clift flirte avec elle la montrent effectivement spontanée malgré son exaspérante gaucherie, et la sensation d'écrasement qu'elle ressent devant son père, sans qu'elle l'ose encore se l'avouer, est parfaitement détaillée. C'est même très intéressant: elle n'a jamais peur de parler à son père, et le fait même avec une certaine liberté, mais comme elle a intégré l'idée épouvantable qu'elle était minable, elle se place volontairement dans une situation de soumission. On peut même penser qu'elle exagère sa maladresse parce qu'elle croit qu'elle doit se comporter comme ça, puisque son père lui a fait sentir sans cesse qu'elle était ainsi.

Par la suite, la scène de transition lors du retour d'Europe, celle qui m'avait fait changer d'avis jadis quant à mon dédain pour cette interprétation, m'a semblé... tout simplement brillante. Jusqu'à présent, son père s'était contenté de lui faire sentir qu'elle était médiocre, mais il ne l'avait jamais insultée de front. Une fois la chose faite, Catherine tombe des nues: l'actrice esquisse le mouvement en tombant sur un fauteuil et s'exclamant, avec une grande justesse, que ce sont là des mots terribles. Et comme l'héroïne sait qu'au même moment Morris l'attend dehors, on comprend absolument le changement qui s'opère dans son état d'esprit. Elle réalise la cruauté du seul référent masculin qu'elle a côtoyé jusqu'alors, et croit que l'ersatz qui l'attend la consolera. D'où l'exaltation encore pleine de candeur sous la pluie. Mais l'amant, entendant qu'elle renonce à une bonne part de sa fortune, ne vient pas la libérer comme prévu: s'ensuit alors le dialogue-clef avec la tante qui, malgré son affection pour Catherine, ne peut s'empêcher de lui reprocher sa naïveté à demi-mots. C'est là que l'héritière s'emporte pour la première fois, car elle réalise que les deux personnes les plus dignes de confiance pour elle, sa tante et son amant, ont de graves défauts: l'un s'est joué de ses sentiments, et l'autre emploie par mégarde un vocabulaire trop similaire à celui de son père. D'où son exaltation cette fois-ci mâtinée de colère et de désespoir: "Il doit venir! Il doit m'aimer, pour tous ceux qui ne l'ont pas fait!" La remontée des escaliers, entre plongées et contre-plongées plus angoissantes qu'un film d'horreur car totalement claustrophobiques, est jouée avec l'abattement (et le poids des livres) requis. Mais vraiment, cette grande scène du retour d'Europe où tout se joue est brillamment interprétée, et notamment par Olivia de Havilland.

Quant à la troisième partie, où elle forçait beaucoup trop la dureté du personnage, c'est nettement plus crédible que dans mon souvenir. Quant Morris revient, elle veut certes se venger mais lui trouve encore assez de séductions pour prendre plaisir à le voir, à son corps défendant, et sa cruauté, apprise à l'école des plus grands maîtres, porte assez la marque du dépit pour que l'on ne doute jamais que Catherine fût bel et bien le même personnage de bout en bout. Elle évolue certes grandement, mais la composition me paraît plus crédible que jadis: l'exaltation naïve du début porte les traces d'une forte personnalité (in)consciemment refoulée sans des napperons de gaucherie, et l'exaltation dépitée de la fin ne se départ pas d'un regret certain. Quoi qu'il en soit, cette fois, j'y crois! Et le retour d'Europe m'a totalement emporté. Est-ce parce que j'ai plus d'expérience ou de maturité que lors de ma découverte du film aux alentours de 20 ans? Peut-être. Dans tous les cas, je suis de plus en plus sensible aux héroïnes jouées par Olivia de Havilland: Scarlett capte tous les regards parce que plus flamboyante, mais ça n'empêche en rien Mélanie de comprendre bien des choses bien qu'elle se garde de tout reproche. Rita, la blonde-framboise, a beau être la coqueluche de la ville, la sage Olivia a nettement plus d'espièglerie et de fantaisie, sans pourtant rien perdre de son "bon fond", pour prendre une longueur d'avance sur le long terme. Enfin, Catherine a peut-être tendance à trop grimacer par moments, les passages virtuoses sont décidément trop nombreux pour les nier. J'avais publié il y a trois ans un top 5 des performances havillandiennes, dont Autant en emporte le vent, L'Aventure de minuit, La Fosse aux serpents, La Charge fantastique et Par la porte d'or: j'aimerais inclure désormais La Blonde-framboise et L'Héritière qui, ajoutées à La Double Énigme, A Chacun son destin, L'Amour n'est pas en jeu ou encore Anthony Adverse, dont Olivia est la seule lumière, et Le Songe d'une nuit d'été, constituent en effet une excellente carrière. En attendant de revoir Ma cousine Rachel, qui m'avait laissé de marbre, mais dans l'immédiat, sa performance dans L'Héritière me donne envie de pleurer de gratitude. Jusqu'à la prochaine fois.

mercredi 8 mai 2019

La Peur du scandale (1938)



Je viens de découvrir un film dont je n'avais jamais entendu parler où Carole Lombard tient le premier rôle: Fools for Scandal, une screwball comedy de Mervyn LeRoy, produite par la Warner et sortie en 1938. Ce qui m'a intrigué, c'est qu'on lit à peu près partout qu'il s'agit du pire film jamais tourné par la star, et que son échec critique et commercial fut la principale raison qui la poussa à chercher des rôles dramatiques les deux années suivantes. Il est vrai que la Warner n'a jamais été connue pour avoir créé les œuvres les plus hilarantes du monde, et pourtant, on ne peut s'empêcher de songer que, même si LeRoy n'est pas Lubitsch, il fut tout à fait capable de réaliser de bonnes comédies (Tonight or Never, Gold Diggers of 1933), et que, sans être William Powell, je savais Fernand Gravey déjà très à l'aise dans ce registre depuis ma découverte de La Nuit fantastique. Quant à Carole Lombard, elle ne fut pas couronnée "Reine de la screwball comedy" pour rien. Alors, faut-il avoir une peur panique du scandale?


Non, pas du tout! Fools for Scandal n'est pas un grand film, mais c'est tout à fait divertissant pendant une heure vingt, sans faute majeure à mon goût. L'histoire a en fait une atmosphère européenne qui m'a conquis dès l'ouverture, et qui nous fait voyager des vieilles fontaines de Paris à de luxueux soupers londoniens, le tout dans de très beaux décors dont un gigantesque sofa circulaire sur lequel des ladies raffinées font des galipettes. Les costumes sont quant à eux loufoques à souhait, entre les tapis que doit revêtir le héros fauché et les masques d'animaux du bal huppé qui reflètent chacun le caractère d'un personnage, de quoi ajouter assez d'énergie au film, au moins visuellement. Mais honnêtement, le texte a beau ne pas voler très haut, avec entre autre un marquis en sous-vêtements une fois qu'on lui a retiré ses tapis, ou encore une sorte de Lubitsch's touch au rabais, avec cet homme-sandwich qui laisse ses panneaux publicitaires devant les volets de la chambre de l'inconnue avec laquelle il vient de s'isoler; le scénario regorge d'assez de surprises et de rebondissements pour que chaque scène soit tout à fait plaisante. C'est pourtant très simple, mais le comique de répétition fonctionne à plein régime, notamment lorsque le marquis, s'improvisant valet de Carole Lombard à son insu, se fait passer pour son amant à chaque appel téléphonique de ses amies; ou lorsqu'il s'entend, à l'aide des autres domestiques, à interrompre le souper romantique qu'elle tente d'avoir avec Ralph Bellamy, inamovible en fiancé ennuyeux qui ne sert qu'à faire ressortir le charme du héros.


Ceci dit, les scènes doivent beaucoup aux réactions de Carole Lombard. Qu'elle se cache derrière son chapeau, qu'elle tente désespérément de prendre un taxi devant une fontaine, qu'elle enchaîne une série de réactions outrées depuis son lit, ou qu'elle prenne plaisir à déguster des crêpes Suzette, elle est constamment drôle, sans toutefois être au pic de son génie comme dans ses films de 1936, mais ça n'en reste pas moins une exquise performance de sa part, qui vaut nettement mieux que sa réputation de n'avoir été que "joliment filmée par la caméra de Ted Tetzlaff". Fernand Gravey s'en tire de son côté très honorablement: on a beau lui reprocher de n'être pas le meilleur partenaire de la reine, je le trouve très franchement bien plus doué pour la comédie que Fred MacMurray, collaborateur plus habituel de la star. Il est en tout cas très énergique et ne démérite nullement. Les seconds rôles sont eux aussi à la hauteur de leur tâche, principalement Isabel Jeans en lady cancanière et Allen Jenkins en ami "bon à tout faire".


En somme, il y a largement de quoi passer un bon moment. Bien sûr, on est à des années-lumière de My Man Godfrey, et la course-poursuite finale ratée ne conclut pas le film sur une bonne note, mais au sein d'une filmographie lombardienne, on est heureusement plus proche de petites pépites ultra mineures mais fort drôles comme The Princess Comes Across, que d'un ratage total comme en souffre encore la réputation de ce "scandale" effrayant. Fût-il sorti un an plus tôt, quand la screwball comedy avait encore les faveurs du public, le film aurait peut-être remporté plus de succès. Quoi qu'il en soit, le vrai scandale de la semaine à mes yeux, c'est la déchéance d'un John Barrymore en roue libre dans True Confession, et le casting pénible de Charles Laughton en viticulteur italien dans They Knew What They Wanted. True Confession, une comédie poussive de Wesley Ruggles, jouit pourtant d'un meilleur statut que Fools for Scandal. Mais j'ai sincèrement préféré le charme européen et la loufoquerie mondaine du film de LeRoy.


lundi 15 avril 2019

100 films des Années 1930

Aujourd'hui, je suis d'humeur à faire le point sur une décennie cinématographique que j'aime beaucoup: les années 1930. Pour mon anniversaire, je voulais dans un premier temps sélectionner mes 31 films favoris de la période, mais il aurait fallu faire tant et tant de coupes injustes que je n'ai pu m'y résoudre. Aussi ai-je décidé de monter à 100, ce qui n'est pas forcément plus facile, car j'ai eu bien du mal à départager les vingt dernières places. Peu importe, ces listes sont toujours appelées à évoluer, et les recalés d'aujourd'hui trôneront peut-être au sommet demain. Voici alors le résultat dans l'humeur du moment. Notez que j'ai volontairement choisi de faire éclater le bloc soviétique quand les films mobilisent une culture ou des paysages typiques d'une nation qui ne soit pas russe.

100 films des Années 1930

Allemagne
          * Jeunes Filles en uniforme (Leontine Sagan, Carl Froelich) (1931)
          * M (Fritz Lang) (1931)
          * Olympia (Leni Riefenstahl) (1938)
          * La Tragédie de la mine (Georg Wilhelm Pabst) (1931)
          * Le Vol de la Joconde (Géza von Bolváry) (1931)

Autriche
          * Maskerade (Willi Forst) (1934)

Azerbaïdjan
          * Au bord de la mer bleue (Boris Barnet) (1936)

Brésil
          * Limite (Mário Peixoto) (1931)

Chine
          * Les Anges du boulevard (Yuan Muzhi) (1937)
          * La Déesse (Wu Yonggang) (1934)
          * Le Dessin d'une fleur de prunier (Bu Wancang) (1931)
          * Femmes nouvelles (Cai Chusheng) (1935)
          * Les Fleurs de pêchers pleurent des larmes de sang (Bu Wancang) (1931)
          * Piété filiale (Fei Mu, Luo Mingyou) (1935)

États-Unis
          * À l'Ouest, rien de nouveau (Lewis Milestone) (1930)
          * L'Ange des ténèbres (Sidney Franklin) (1935)
          * Anna Karénine (Clarence Brown) (1935)
          * Autant en emporte le vent (Victor Fleming, George Cukor, Sam Wood) (1939)
          * Les Aventures de Robin des Bois (Michael Curtiz) (1938)
          * La Baronne de minuit (Mitchell Leisen) (1939)
          * Blanche-Neige et les sept nains (Disney Productions) (1937)
          * Bringing Up Baby (Howard Hawks) (1938)
          * Byrd au pôle Sud (Paramount Pictures) (1930)
          * Camille (George Cukor) (1936)
          * Cette sacrée vérité (Leo McCarey) (1937)
          * La Chevauchée fantastique (John Ford) (1939)
          * City Girl (Friedrich Wilhelm Murnau) (1930)
          * Cléopâtre (Cecil B. DeMille) (1934)
          * Désir (Frank Borzage) (1936)
          * Destry Rides Again (George Marshall) (1939)
          * Dr. Jekyll and Mr. Hyde (Rouben Mamoulian) (1931)
          * Elle et Lui (Leo McCarey) (1939)
          * Et demain? (Frank Borzage) (1934)
          * La Femme et le Pantin (Josef von Sternberg) (1935)
          * Femmes (George Cukor) (1939)
          * First Love (Henry Koster) (1939)
          * La Forêt pétrifiée (Archie Mayo) (1936)
          * La Grande Muraille (Frank Capra) (1933)
          * Les Hauts de Hurlevent (William Wyler) (1939)
          * Une Heure près de toi (Ernst Lubitsch) (1932)
          * Images de la vie (John M. Stahl) (1934)
          * L'Impératrice rouge (Josef von Sternberg) (1934)
          * Jezebel (William Wyler) (1938)
          * Le Lieutenant souriant (Ernst Lubitsch) (1931)
          * Lot in Sodom (Melville Webber, James Sibley Watson) (1933)
          * Les Lumières de la ville (Charlie Chaplin) (1931)
          * Monsieur Smith au Sénat (Frank Capra) (1939)
          * Morocco (Josef von Sternberg) (1930)
          * My Man Godfrey (Gregory La Cava) (1936)
          * Ninotchka (Ernst Lubitsch) (1939)
          * L'Obsession de Madame Craig (Dorothy Arzner) (1936)
          * La Patrouille de l'aube (Edmund Goulding) (1938)
          * Pension d'artistes (Gregory La Cava) (1937)
          * La Reine Christine (Rouben Mamoulian) (1933)
          * Les Révoltés du Bounty (Frank Lloyd) (1935)
          * Secrets (Frank Borzage) (1933)
          * Show Boat (James Whale) (1936)
          * Le Songe d'une nuit d'été (William Dieterle, Max Reinhardt) (1935)
          * The Stranger's Return (King Vidor) (1933)
          * Tabu: A Story of the South Seas (Friedrich Wilhelm Murnau) (1931)
          * Les Temps modernes (Charlie Chaplin) (1936)
          * Vacances (George Cukor) (1938)
          * Le Vieux Moulin (Disney Productions) (1937)
          * Victoire sur la nuit (Edmund Goulding) (1939)
          * Waterloo Bridge (James Whale) (1931)

France
          * À propos de Nice (Boris Kaufman, Jean Vigo) (1930)
          * Un Carnet de bal (Julien Duvivier) (1937)
          * La Charrette fantôme (Julien Duvivier) (1939)
          * La Fin du jour (Julien Duvivier) (1939)
          * La Grande Illusion (Jean Renoir) (1937)
          * Le Jour se lève (Marcel Carné) (1939)
          * La Kermesse héroïque (Jacques Feyder) (1935)
          * Le Million (René Clair) (1931)
          * Une Nuit sur le Mont Chauve (Alexander Alexeieff, Claire Parker) (1933)
          * Pépé le Moko (Julien Duvivier) (1937)
          * Rapt (Dimitri Kirsanoff) (1934)
          * La Règle du jeu (Jean Renoir) (1939)
          * Retour à l'aube (Henri Decoin) (1938)
          * Le Roman de Renard (Irène et Ladislas Staréwitch) (1937)
          * Le Sang d'un poète (Jean Cocteau) (1932)
          * Tarakanova (Raymond Bernard) (1930)
          * Vampyr (Carl Theodor Dreyer) (1932)

Géorgie
          * Le Sel de Svanétie (Mikhaïl Kalatozov) (1930)

Italie
          * La Dame de tout le monde (Max Ophüls) (1934)
          * Train populaire (Raffaello Matarazzo) (1933)

Japon
          * Une Auberge à Tokyo (Yasujirō Ozu) (1935)
          * Le Fils unique (Yasujirō Ozu) (1936)
          * Monsieur Merci (Hiroshi Shimizu) (1936)
          * Le Pot d'un million de ryō (Sadao Yamanaka) (1935)
          * Sois comme une rose (Mikio Naruse) (1935)
          * Yaé, ma petite voisine (Yasujirō Shimazu) (1934)

Portugal
          * Douro, Faina Fluvial (Manoel de Oliveira) (1931)

Royaume-Uni
          * À l'angle du monde (Michael Powell) (1937)
          * Le Chevalier sans armure (Jacques Feyder) (1937)
          * Une Femme disparaît (Alfred Hitchcock) (1938)
          * Pygmalion (Anthony Asquith, Leslie Howard) (1938)

Russie
          * Alexandre Nevski (Sergueï Eisenstein) (1938)
          * Les Joyeux Garçons (Grigori Aleksandrov) (1934)

Ukraine
          * Ivan (Alexandre Dovjenko) (1932)
          * La Terre (Alexandre Dovjenko) (1930)


Statistiques (avril 2019)

* Pays le plus représenté: les États-Unis d'Amérique (51 films). Quelle surprise!

* Réalisateur le plus cité: Julien Duvivier (4 films). Là, c'est une surprise, mais je l'aime décidément beaucoup. Il serait à égalité avec, voire dépassé par George Cukor si l'on compte ses contributions à Autant en emporte le vent et Une Heure près de toi, mais les cas restent contentieux. Mes archi-favoris Sternberg et Lubitsch n'ont quant à eux pas été loin d'être cités quatre fois.

* Comédienne la plus présente: Marlene Dietrich (6 films). On la retrouve sans surprise dans trois Sternberg (Morocco, L'Impératrice rouge et La Femme et le Pantin), mais aussi dans un Borzage (Désir), un Feyder (Le Chevalier sans armure) et un Marshall (Destry). Elle est suivie par Claudette Colbert, Greta Garbo et Ruan Lingyu, toutes avec 4 films listés. Techniquement, Bette Davis fait également partie de quatre œuvres du classement, mais Waterloo Bridge n'est pas exactement son film.

* Comédien le plus présent: Leslie Howard (4 films). Une seconde surprise que je n'avais pas vu venir: on le retrouve dans Autant en emporte le vent, La Forêt pétrifiée, Secrets et Pygmalion. Ses dauphins sont Jean Gabin, Cary Grant, Fredric March et Basil Rathbone, que l'on retrouve 3 fois chacun.

* Willi Forst est la seule personne de ce classement à être présent à la fois comme acteur (Le Vol de la Joconde), et comme réalisateur (Maskerade).


En définitive, l'exercice me plaît, mais je dois laisser nombre de comédies réjouissantes (Vies privées, Aimez-moi ce soir, Chercheuses d'or de 1933, La Veuve joyeuse, L'Extravagant M. Deeds, Une Fine Mouche, Théodora devient folle, Mad About Music, Mariage incognito...), de comédies musicales plus amères (L'Opéra de quat'sous, 42e Rue...), de grands drames féminins (Ladies of Leisure, La Femme aux miracles, Shanghai Express, La Vénus blonde, Liebelei, Le Cantique des cantiques, Le Voile des illusions, Pension Mimosas, Peter Ibbetson, Stella Dallas, The Shining Hour...), de fresques historiques (Les Misérables, Golgotha, Katia, Marie-Antoinette, Elisabeth & Essex, Quasimodo...), de drames virils (The Big House, Scarface, Les Anges aux figures sales...), de films sociaux (Les Hommes le dimanche, Make Way for Tomorrow, Pauvres Humains et ballons de papier...) et poétiques (Le Quai des brumes...), ou encore de films de guerre (Westfront 1918, Tchapaïev...), d'horreur (King Kong...), d'action (Les 39 Marches, San Francisco...) ou d'aventures (Captain Blood...) sur le carreau. Nous verrons si, dans quelques temps, certains d'entre eux ou de nouvelles découvertes ne pourront se classer plus haut.

Au prochain numéro: les actrices des années 1930! Entre les mères courage, les héritières déjantées et les divorcées sulfureuses, il y aura des étincelles!

jeudi 21 mars 2019

Top 10: 1930

Pour tenter de garder un semblant de forme, j'inaugure une série "Top 10" pour chaque année de cinéma. Comme il est souvent difficile de se limiter à dix œuvres par an, je voulais à l'origine traiter ce sujet dans ma rubrique "inventaires", mais je n'aurai jamais le temps d'écrire un paragraphe argumenté pour chaque film vu. Alors, voici un article de plus modeste envergure, comprenant les heureux élus, en un mélange de qualités artistiques et de plaisir pris devant eux, leurs dauphins, et d'autres films également dignes d'intérêt. Il va de soi que, me connaissant bien, ces classements sont fort susceptibles de changer: ils ne sont que le reflet de mon humeur du moment! Je suis par ailleurs navré pour les commentaires de plus en plus courts au fil de l'article, mais je n'ai plus assez de temps à consacrer à Gretallulah pour étoffer le tout.


Top 10:


n°1 Tarakanova, de Raymond Bernard (France). Autre ambition ayant éclaté sur le champ de bataille: un article où je comparais les fantasmes slaves d'Edith Jéhanne dans Le Joueur d'échecs et Tarakanova, chacune de ces œuvres de son mentor brillant par deux séquences oniriques, où l'héroïne se surprend à rêver d'un destin à portée de mains et pourtant inaccessible. Dans Le Joueur d'échecs, elle rêve d'une victoire lituanienne sur une musique somptueuse d'Henri Rabaud, et dans Tarakanova, elle s'imagine tsarine à la place de la Grande Catherine, en voguant sur les eaux apparemment calme de l'Adriatique. Or, si la réalisation est déjà fort belle dans les autres séquences, la mise en scène de ces fantasmes atteint un pic absolu et maîtrise et de séduction, ce qui m'a fait tomber sous le charme de ces films. Edith Jéhanne ajoute quant à elle à la beauté du geste car, si elle n'est pas l'actrice de cinéma muet la plus charismatique qui soit, elle n'en livre pas moins de jolies performances dans ces ambiances russes, notamment dans le double-rôle qui nous occupe, où elle joue à la fois l'usurpatrice Tarakanova qui se croit de toute bonne foi, et la grande-duchesse Dosithée reléguée dans un couvent, le tout avec assez d'esprit pour nous faire vibrer au gré de leurs péripéties. Elle se fait néanmoins dévorer par une Paule Andral magistrale dans le rôle de l'impératrice, dont la présence imposante et les éclats de rire terrifiants en font l'âme véritable du film, malgré de jolis seconds rôles autour d'elle, dont Rudolf Klein-Rogge dans le rôle d'un comte aux ambitions contrastées. Enfin, pour bien emporter toute mon adhésion, Tarakanova brille également par ses aspects techniques: des costumes de bal masqué à se damner, une décoration enchanteresse, en particulier la salle des tableaux, une photographie magnifique alternant entre gros plans et scènes de foule, mais encore un montage dynamique portant les aspirations de l'héroïne à leur paroxysme, voilà qui forme un voyage bien agréable qui nous fait voguer entre danses gitanes et ballets de cour, avec en prime des embruns de la Méditerranée. L'ensemble me fait en quelque sorte autant fantasmer que la princesse sur les flots, et le film semble tellement conçu pour me plaire que je n'ai aucune hésitation à le classer premier de l'année.




n°2 A propos de Nice, de Boris Kaufman et Jean Vigo (France).  En général, je n'aime pas le cinéma de Jean Vigo: je hais l'Atalante et Zéro de conduite, auxquels je préfère déjà Taris, roi de l'eau, qui n'est pourtant pas un chef-d’œuvre. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver absolument porté par ce documentaire sur Nice! Un montage vigoureux, une succession d'images captivantes, une prise de distance entre l'eau, la terre et le soleil, des monuments déformés, le tout avec un message social en filigrane: contre toute attente, j'ai adoré. Ainsi, tandis que les travailleurs se mouillent les mains, les touristes paressant sur la plage se voient transformés en crocodiles, et les bourgeoises sont mises à nu malgré leur garde-robe conséquente, avant de finir par danser dans l'indifférence générale quand vient la frénésie du carnaval. En définitive, A propos de Nice est à la fois une ode à la ville du sud, mais aussi une analyse assez fine des rapports sociaux, sous le vernis d'images audacieuses. C'est indéniablement mon court-métrage préféré de l'année.




n° 3 Morocco, de Josef von Sternberg (États-Unis). Le tandem Dietrich-Sternberg est assurément l'une des principales raisons de mon amour pour le cinéma, et cette première collaboration américaine regorge d'attraits captivants: des gros plans sur une actrice charismatique, et androgyne l'espace d'un instant; une décoration marocaine du meilleur goût, jusque dans les moindres détails de l'appartement de l'héroïne; des robes somptueuses, une photographie envoûtante en un savant jeu d'ombre et de lumière, une romance orientale planant bien au-dessus du mélodrame pour toucher davantage (l'apparent détachement des protagonistes fait mieux sentir leur désarroi lors des séparations); un grand acteur de genre, Adolphe Menjou, qui ne se laisse pas impressionner par une Marlene magnifiée à chaque seconde par son Pygmalion, une mélodie martiale de tambours qui orchestre tout le tragique d'une situation; Morocco est bel et bien un grand moment de cinéma. Je le classe volontiers dans le trio de tête du duo germanique, après leur impérial chef-d’œuvre russe et leur dernier caprice espagnol.




n° 4 City Girl, de Friedrich Wilhelm Murnau (États-Unis). Une histoire toute simple, l'adaptation d'une citadine à la vie rurale, dans une communauté qui la perçoit comme une pécheresse; mais l'élégance de Murnau en fait un chef-d’œuvre d'une incomparable beauté, où la frénésie urbaine cède le pas à des océans de blés, dont les épis frémissent au gré des émotions contrariées d'un couple bien sympathique. Mary Duncan et Charles Farrell sont sensationnels dans les derniers feux du cinéma muet, tous deux très attachants, lui par sa maladresse en ville, elle par sa volonté d'être estimée pendant les moissons, tandis que David Torrence joue très bien la note de sécheresse nécessaire pour porter ombrage à ces amours champêtres baignées de lumière. L'ensemble est magnifique, que dire de plus?




n°5 La Terre (Земля), d'Alexandre Dovjenko (Ukraine). Une nouvelle ambiance rurale, mais cette fois-ci avec une nature plus variée, ce qui permet à la caméra d'Alexandre Dovjenko de saisir des images d'une extraordinaire poésie: des pêches, des tournesols, des vaches, et nombre de gros plans sur les visages usés des travailleurs agricoles, perplexes face à l'arrivée de la modernité, de la collectivisation des terres à l'usage de nouvelles machines. Le sujet est cependant terrifiant quand on sait que l'Holodomor eut lieu seulement deux ans plus tard, mais La Terre n'en reste pas moins un document précieux, et un chef-d’œuvre lyrique, sur la vie ukrainienne en période de grands bouleversements.




n°6 Le Sel de Svanétie (მარილი სვანეთს), de Mikhaïl Kalatozov (Géorgie).  Un montage brillant, comme toujours chez Kalatozov, et une photographie digne de tous les éloges, suffisent à transformer ce qui n'était à l'origine qu'un film touristique, lors du tournage d'une fiction interdite, en grand documentaire sur le travail et les paysages du Caucase, malgré un indéniable aspect de propagande et un regard apparemment pas toujours honnête sur la population locale. Je n'en ai plus assez de souvenirs pour en parler davantage, mais c'est assurément l'une des œuvres les plus impressionnantes de l'année.




n°7 All Quiet on the Western Front, de Lewis Milestone (États-Unis). Même si ça part d'une bonne intention, en l'occurrence dénoncer son sujet pour porter un message de pacification, je ne parviendrai jamais à aimer un film de guerre. Mais quand c'est aussi bien mis en scène que celui-ci, difficile de ne pas s'incliner: une introduction terrifiante sur la folie patriotique d'un professeur emportant l'adhésion de ses élèves, des scènes de combat glaçantes alternant, en lignes horizontales, entre mitrailleuses et hommes tombant à terre, et au centre de cet enfer, une poignée de bons acteurs, Lew Ayres, Louis Wolheim et William Bakewell, qui rendent si humains leurs personnages que leur sort en est désespérant.




n°8 With Byrd at the South Pole, produit par la Paramount (États-Unis). C'est peut-être moins sérieux que les grands documentaires glacés des années 1920, Nanook of the North ou The Great White Silence, mais j'ai absolument adoré celui-là! Que Byrd lise dans les pensées des pingouins, ou qu'il leur enseigne les caractères de la danse, je n'ai pu m'empêcher de rire aux éclats! Je suis davantage gêné, en revanche, de voir les chiens de traîneaux dormir dans la neige par des températures négatives. Par contre, la photographie est magnifique: entre les jeux d'ombres sur les voiles du navire et la blancheur éclatante des blocs de glace, le dépaysement produit bien son petit effet.




n°9 The Big House, de George Hill (États-Unis). Je ne pensais pas aimer un film à propos d'hommes en prison, mais le rythme est si dynamique, les décors si angoissants et les scènes de foule si impressionnantes que celui-ci a fini par devenir l'une des œuvres incontournables de l'année. Une grande partie de son charme repose sur la performance de Chester Morris, au charisme indéniable, et par l'histoire pleine d'énergie écrite par Frances Marion. Les seconds rôles, Wallace Beery, Leila Hyams et Robert Montgomery, sont quant à eux tout à fait corrects sans en faire plus qu'il n'en faut.




n°10 Ladies of Leisure, de Frank Capra (États-Unis). Je n'avais pas du tout aimé la première fois, mais j'ai changé d'avis la seconde, parce que Ladies of Leisure est très joliment mis en scène, alors que ce drame "intérieur", si l'on peut dire, n'appelait pas nécessairement une telle qualité visuelle. Quoi qu'il en soit, c'est le premier grand rôle de Barbara Stanwyck, époustouflante de bout en bout, autant par son dynamisme que par son désarroi. Par sa seule présence, la scène du portrait est absolument savoureuse, et celle des larmes dans le lit déchirante à souhait. Et décidément, l'heureux tandem Capra-Stanwyck donne un véritable souffle et une modernité réelle à cette histoire d'une autre époque.


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J'aime aussi:

The Divorcee, de Robert Leonard (États-Unis): un film en son temps sulfureux qui mêle drame et comédie, dont il nous reste le charme incomparable des fêtes légères de la haute société new-yorkaise, et une exquise performance de Norma Shearer, très à son aise en divorcée conquérante. Qu'elle parle d'orgasme avec son mari, ou qu'elle embrasse un inconnu au bal du nouvel an, elle y est divine, de telle sorte qu'elle élève ce petit film sans autre éclat par elle-même, en compagnie d'un pétillant Robert Montgomery.






Holiday, d'Edward Griffith (États-Unis): un autre film bourgeois et mondain destiné à faire rêver en une période de grave crise, brillant par son absence de mise en scène, mais heureusement rattrapé par un scénario tiré d'une pièce à grand succès de la fin des années 1920, et par une galerie d'acteurs en grande forme. Ann Harding est très attachante dans toute sa théâtralité charismatique, Mary Astor fait des merveilles dans le rôle difficile d'une fiancée hautaine non dénuée d'humour et de sentiments, tandis qu'Edward Everett Horton se charge d'électriser le tout avec une bonne dose de fantaisie.





Laughter, d'Harry d'Abbadie d'Arrast (États-Unis): un autre film mondain, décidément (!), traitant d'histoires d'amour contrariées au sein d'une grande famille, puisque l'héroïne, arriviste, s'éprend d'un amant bien moins terne que son époux. Le scénario est excellent car tous les personnages sont complexes, sachant que l'histoire réserve également son lot de surprises, dont une séquence ahurissante de bataille d'ours morts. Les comédiens sont quant à eux tout à fait à la hauteur, notamment un Fredric March pétillant, un Frank Morgan touchant à souhait, et une Nancy Carroll qui n'en finit pas de me surprendre par son charisme et son énergie.




Liliom, de Frank Borzage (États-Unis): ce n'est certainement pas le meilleur film de Borzage, mais les décors de la fête foraine, les costumes bohèmes, le train de rêves et la photographie parfaitement contrastée relèvent les faiblesses de l'intrigue et le manque de nuance des interprètes. Et puis, la mise en scène est bien trop captivante pour être ignorée: la promenade nocturne dans le sous-bois sombre surplombant les manèges illuminés, alors que tout semble aller pour le mieux, laisse très vite place au jour, où les ors de la fête ne sont plus que ferraille, où les arbres ont perdu leurs feuilles, et où rien ne va plus à l'intérieur du foyer. Le tout forme un assez joli film, malgré une histoire sinistre, auquel je pense bien plus que je ne l'aurais cru.



Madam Satan, de Cecil B. DeMille (États-Unis): une œuvre incroyable et inclassable, à mi-chemin entre la comédie musicale, la comédie de remariage bourgeoise et le film de science-fiction, où une épouse allègrement trompée décide de sortir les griffes pour reconquérir son mari, à la manière de Catwoman. Et le tout dans un dirigeable s'il vous plaît! Comme dans Why Change Your Wife? dix ans plus tôt, le mythe de la femme qui doit devenir séduisante pour son mari est franchement sexiste, mais l'histoire est traitée avec tant d'extravagance qu'il est impossible de n'être pas diverti: les décors et costumes rivalisent d'excès, et les cascades n'en finissent plus de faire rire, en particulier l'atterrissage de l'intrigante Trixie, absolument ravie d'être parachutée dans un hammam d'hommes! En outre, Kay Johnson est attachante dès le départ, avant même sa métamorphose, et les grands seconds rôles de l'époque, Roland Young et Lillian Roth, sont croustillants à souhait.



Our Blushing Brides, d'Harry Beaumont (États-Unis): le troisième volet des aventures de Joan la flapper, après Our Dancing Daughters et Our Modern Maidens et, bien que le parlant le rende peut-être un peu moins séduisant que ses aînés, ça n'en reste pas moins un excellent divertissement. Les intérieurs Art déco sont à ravir, le défilé de mode préfigure joliment celui de Femmes, et Joan Crawford est une fois de plus parfaitement nuancée en incarnant pour la première fois le personnage-type de sa période MGM, celui de la petite vendeuse éprise de son patron.





Romance, de Clarence Brown (États-Unis): On a connu Brown plus inspiré visuellement, mais je ne suis pas aussi exigeant que j'en ai l'air: il me suffit d'une introduction sur une version surannée de la Dernière Rose de l'été, et me voilà conquis. Si l'on y ajoute encore une Greta Garbo incroyablement charmante et pétillante, et tellement plus drôle que d'habitude, malgré un accent tout sauf latin; de grandes demeures aristocratiques durant les vacances d'hiver, des robes bouffantes et un charmant petit singe qui fait oublier des seconds rôles très pâles, le charme est bel et bien au rendez-vous. On est pourtant assez loin du brillant de La Dame aux camélias, mais Romance est l'archétype du film fait pour moi, aussi m'était-il impossible d'y résister.



Tonka Šibenice, de Karl Anton (Tchécoslovaquie): un mélodrame comme on n'avait pas peur d'en faire à l'époque, où le sort s'acharne sur l'héroïne jusqu'à lui faire mendier son pain dans des rues enneigées, dont il se dégage toutefois une puissance indéniable, avec notamment une grande séquence de cachot aux accents quasi expressionnistes. Surtout, Ita Rina est excellente malgré un scénario qui s'ingénie à rendre son personnage passif, puisqu'elle sait passer de l'arrogance à l'abandon total de soi avec une maîtrise et une mesure impressionnante.




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Films mythiques / Je respecte plus que je n'aime:

Allemagne: L'Ange bleu, de Josef von Sternberg: c'est le mythe absolu dans la filmographie Sternberg-Dietrich, mais j'ai toujours trouvé l'ensemble hautement désagréable et l'histoire franchement datée, bien qu'Emil Jannings soit très bon, comme à son habitude, dans l'expression de la déchéance. Les Hommes le dimanche, d'Edgar Ulmer et Robert Siodmak: des histoires croisées lors d'un dimanche estival, dans un film ayant valeur documentaire pour ses interprètes amateurs et son portrait d'une vie hédoniste avant le nazisme. A revoir, car je sens que ça pourrait monter plus haut dans mon classement. Westfront 1918: Vier von der Infanterie, de George Wilhelm Pabst: je suis incapable de déterminer quel film je préfère entre celui de Pabst et celui de Milestone, tout simplement parce qu'entre ces deux-là et leurs homologues français (Les Croix de bois), anglais (Tell England) et international (Niemandsland), sans parler des films d'aviation américains (Wings, Hell's Angels et The Dawn Patrol), j'ai l'impression d'avoir vu une bonne dizaine de fois le même film en cinq ans. Les deux "fronts de l'ouest" sont à mon sens les meilleures illustrations de la Première Guerre mondiale, celle de Pabst ayant les mêmes qualités que celle de Milestone, mais comme j'ai vu l'américaine d'abord, c'est à celle-ci que je pense le plus spontanément.

États-Unis: Animal Crackers, de Victor Heerman: c'est loufoque et inspiré, les frères Marx y ont comme d'habitude de l'énergie à revendre, mais leur style de comédie n'a jamais été de ceux qui me touchent. Ça n'en reste pas moins un bon film à recommander chaudement, mais ce n'est pas ma tasse de thé. Anna Christie, de Clarence Brown (version américaine) et Jacques Feyder (version allemande): je n'ai jamais su bien voir la différence entre les deux, et je n'y parviendrai probablement jamais parce que je n'aime pas l'histoire et n'ai pas le désir de revoir ni l'une, ni l'autre. Cependant, Garbo y parle pour la première fois, et sa voix se marie extrêmement bien à cette héroïne des bas-fonds malgré un jeu trop noblement théâtral pour le milieu concerné, alors que Marie Dressler est à l'inverse parfaite dans le rôle de la poivrote des quais. Below Zero, de James Parrott: plus encore que pour les Marx Brothers, je suis franchement insensible au style Laurel et Hardy, mais la mise en scène enneigée de ce court-métrage m'a davantage parlé que les autres œuvres.  The Dawn Patrol, d'Howard Hawks, et Hell's Angels, d'Howard Hughes: The Dawn Patrol est certainement plus fin, grâce au talent infiniment supérieur du bon Howard, mais je lie ces deux films ensemble parce que leur point d'orgue en sont leurs séquences d'aviation, indiscutablement impressionnantes compte tenu de l'époque à laquelle elles furent tournées. The Dawn Patrol est d'ailleurs si bon que certaines scènes furent réutilisées dans la version d'Edmund Goulding en 1938, film auquel je suis nettement plus sensible, en particulier pour sa distribution de rêve.

France: L'Âge d'or, de Luis Buñuel: un grand film surréaliste, où les scorpions le disputent aux gros plans terrifiants, aux vaches alitées et aux évêques sadiques. La critique de la société bourgeoise et catholique fait rage, mais les images violentes de Buñuel en font difficilement un film aimable. Celles qui s'en font, de Germaine Dulac: deux chansons de Fréhel pour parler de femmes à la dérive car victimes du patriarcat. Le projet est très intéressant à défaut d'être absolument captivant d'un point de vue cinématographique. Sous les toits de Paris, de René Clair: l'histoire est terriblement datée, et le rythme pas aussi vibrant que dans d'autres films de Clair, mais la reconstitution des rues de Paris par Lazare Meerson et la gouaille d'Albert Préjean font mouche à plus d'une reprise.

Japon: L'épouse de la nuit (その夜の妻), de Yasujirō Ozu: certainement pas le sommet du maître, mais il n'est jamais inintéressant de voir ses premiers films. L'histoire policière est honnêtement peu captivante.

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Egalement dignes d'intérêt:

Pour sa gaieté: Die Drei von der Tankstelle, de Wilhelm Thiele (Allemagne): une charmante opérette portée par de non moins charmants comédiens, et par de jolies chansons passées à la postérité.

Pour leurs interprètes: The Devil's Holiday, d'Edmund Goulding (États-Unis): Nancy Carroll au pic de sa forme, donnant puissance et nuance à un personnage d'arriviste au sein d'une distribution catastrophique. Fast and Loose, de Fred Newmeyer (États-Unis): Miriam Hopkins se débrouille très bien pour son premier film, sans avoir encore le piquant qu'elle déploiera à merveille dans ses grandes œuvres de l'année suivante. On y croise aussi Carole Lombard, bien que ce soit surtout Ilka Chase qui domine les seconds rôles par son tempo comique. Follow Thru, de Laurence Schwab et Lloyd Corrigan (États-Unis): de charmants costumes chamarrés dans un Technicolor ravissant, et une Zelma O'Neal pétillante à souhait. Framed, de George Archainbaud (États-Unis): Evelyn Brent en femme vengeresse aura toujours de quoi marquer les esprits, même dans des films très en-dessous de son talent. Let Us Be Gay, de Robert Leonard (États-Unis): des costumes extravagant, et surtout, une Norma Shearer inoubliable en séductrice conquérante illuminant chaque séquence où elle apparaît, après un début qui laissait craindre le pire. En revanche, navré de vous décevoir, mais Marie Dressler grimace tant et tant qu'elle en devient épouvantable. Elle est nettement meilleure la même année dans Min and Bill, de George Hill (États-Unis), où son dernier regard déchirant compense amplement une performance par trop énergique, et un film que je n'aime pas.

Monte Carlo, d'Ernst Lubitsch (États-Unis): un Lubitsch où la sauce, une fois n'est pas coutume, ne prend pas, la faute à une distribution peu inspirante et peu inspirée, et à des chansons oubliables. Heureusement, il y a Jeanette MacDonald, décoiffante (et décoiffée) d'humour et de charisme, sauvant par sa seule présence l'ensemble du film du naufrage! The Office Wife, de Lloyd Bacon (États-Unis): une histoire bien de son temps sur une secrétaire ambitieuse et son patron, où Joan Blondell brille par sa forte personnalité, non pas dans le rôle principal, mais dans celui de la sœur qui n'est dupe de rien. The Royal Family of Broadway, de George Cukor et Cyril Gardner (États-Unis): une vision déjantée de la fratrie Barrymore, où mon favori Fredric March cabotine plus encore que son modèle John, laissant la charmante Ina Claire nous toucher davantage. Sin Takes a Holiday, de Paul Stein (États-Unis): Constance Bennett qui s'épanouit miraculeusement dans la haute société, et Basil Rathbone qui la courtise. Cela suffit à m'émoustiller. The Unholy Three, de Jack Conway (États-Unis): même en grand-mère, Lon Chaney est toujours impressionnant: chapeau! Va d'un pas léger (朗かに歩め), de Yasujirō Ozu (Japon): comme pour l'épouse de la nuit, pas le meilleur Ozu qui soit, mais Satoko Date y livre une très belle performance.

Pour son ambiance: Outside the Law, de Tod Browning (États-Unis): Je préfère la version de 1920 avec Priscilla Dean et Lon Chaney, également réalisée par Browning, mais ce remake avec Edward G. Robinson parvient à rester digne d'intérêt malgré tout.

Pour leur photographie: The Big Trail, de Raoul Walsh (États-Unis): une histoire de colons tout à fait traditionnelle, mais les images de la caravane devant un coucher de soleil, ou la promenade dans une forêt de séquoias géants, sont d'une beauté exceptionnelle.  Song o' My Heart, de Frank Borzage (États-Unis): un Borzage raté, mais deux ou trois plan d'une chaumière dans la campagne irlandaise rendent le tout au moins agréable visuellement.

Pour leurs décors: Just Imagine, de David Butler (États-Unis), King of Jazz, de John Murray Anderson (États-Unis), Lord Byron of Broadway, d'Harry Beaumont et William Nigh (États-Unis), Reaching for the Moon, d'Edmund Goulding (États-Unis) et The Vagabond King, de Ludwig Berger (États-Unis): aucune de ces comédies musicales n'a grand intérêt, si ce n'est de voir les studios de l'époque s'amuser avec le son aux débuts du parlant, mais leurs décors futuristes, médiévaux ou Art déco, ou encore leurs chaussures et pianos géants, leur donnent à toutes un éclat singulier. The Vagabond King a au moins le mérite d'être amusant, parce que le narcissique Dennis King ne peut s'empêcher de pointer le bout de son nez dans tous les solos de Jeanette MacDonald, ce qui en devient si ridicule que la princesse a justement renommé la meilleure chanson du film, "Only a Rose", en "Only a Nose"!

Pour ses cascades: Feet First, de Clyde Bruckman (États-Unis): un grand succès d'Harold Lloyd où l'escalade d'un gratte-ciel donne le vertige.

Courts métrages: Arctic Antics, d'Ub Iwerks, Night, de Walt Disney et Winter, de Burt Gillett (États-Unis): des Silly Symphonies typiques de leur temps, faisant la part belle à la nature et aux animaux, notamment en ce qui concerne les amusants pingouins de l'Arctique. The Chain Gang, de Burt Gillett (États-Unis): si Mickey Mouse en est le héros, les autres animaux sont beaucoup plus touchants. The Devil's Cabaret, de Nick Grindé (États-Unis): une décoration diabolique dans un Technicolor rougeoyant. Romance sentimentale, de Sergueï Eisenstein et Grigori Alexandrov (France): une nature tempétueuse, un piano enchanté et une promenade aérienne, soit autant d'images trop belles pour considérer ce court-métrage comme une œuvre simplement mineure dans la filmographie du génie russe.

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Egalement vus:

Argentine: Viejo smoking. États-Unis: Abraham Lincoln, The Bad Man, The Bat Whispers, The Big Pond, Borrowed Wives, Check and Double Check, Clancy in Wall Street, The Cuckoo's, Danger Lights, Dangerous Nan McGrew, Dixiana, Free and Easy, Going Wild, The Golf Specialist, Good News, Hell Harbor, Her Man, Hook, Line and Sinker, Inside the Lines, Ladies in Love, Ladies Love Brutes, A Lady to Love, The Last of the Duanes, Let's Go Native, Midnight in a Toy Shop, Night Owls, Night Work, Only the Brave, Paradise Island, Party Girl, The Pay-Off,  Peacock Alley, Playful Pan, The Return of Dr. Fu Manchu, Safety in Numbers, Sarah and Son, Seven Days Leave, The Silver Horde, Sinkin' in the Bathtub, Sunny Skies, Swing You Sinners!, Tom Sawyer, Tomatoes Another Day, Up the River, Whoopee!, Young Man of Manhattan. France: Le Mystère de la chambre jaune, Prix de beauté, Traitement expérimental d'une hémorragie chez le chien. Royaume-Uni: Borderline, Juno and the Paycock.

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Le péché de l'année:

The Lottery Bride, de Paul Stein (États-Unis): c'est tellement mauvais qu'il devient impératif de voir cette petite perle pour rire tout son soûl! Entre la pauvre Jeanette MacDonald affublée d'une tenue traditionnelle du plus mauvais goût, les personnages qui disparaissent sans laisser de traces, et une course-poursuite dans des blocs de polystyrène qui tentent vainement de ressembler à de la glace, on touche le gros lot!

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Merci de votre lecture. A suivre, 1933 ou 1934, ou peut-être 1931 si je suis d'humeur à avancer de façon chronologique, voire 1949 ou 1956 histoire de changer d'air.