dimanche 24 septembre 2017

La Tentation de Barbizon (1946)


Croyez-le ou non, mais je suis d'humeur à boucler ma rétrospective 1946 entamée l'année dernière! Profitons de ce regain d'inspiration pour avancer tant que j'ai quelques minutes! C'est à présent au tour d'un film français de Jean Stelli (inconnu au bataillon), La Tentation de Barbizon, qui met en scène la captivante Simone Renant, une actrice que je connais encore assez peu mais qui restera dans les annales en tant que superbe photographe lesbienne dans le chef-d’œuvre d'Henri-Georges Clouzot, Quai des Orfèvres, et qui incarna également une Mme de Volanges moderne et loin d'être naïve dans Les Liaisons dangereuses de Roger Vadim. Elle tient ici le rôle principal, celui d'un ange intervenant sur Terre pour sauver un jeune couple d'amoureux (Daniel Gélin et Juliette Faber), qu'un démon incarné par l'élégant François Périer tente de séparer par de viles manigances. Chemin faisant, ange et démon se laissent peu à peu tenter, contre leur gré, par les plaisirs terrestres...

La Tentation de Barbizon est une découverte très agréable, qui tient surtout à un scénario original amusant qui m'avait précisément poussé à acheter le disque cet été. Ce n'est cependant pas une grande histoire: l'esprit reste bon enfant, certains personnages sont assez peu profonds (Daniel Gélin qui passe subitement d'amoureux transis à coureur de jupons, et qui décide de sauter sur la femme qu'il déteste le plus à ce moment-là sans pourtant être sous une emprise céleste), et l'on compte encore deux ou trois rebondissements pas toujours très bien ficelés (les séquences au commissariat, où les scénaristes résolvent de façon relativement brouillonne le problème de l'identité de la femme poignardée, qui sert d'enveloppe à l'ange). Mais, le tout forme une intrigue absolument charmante qui vaut en grande partie pour le jeu du chat et de la souris entre les ennemis venus de l'au-delà, ainsi que pour l'apparition d'une bonne dose de magie dans la banalité du quotidien d'une auberge de campagne et des grands salons parisiens. Les effets spéciaux sont néanmoins extrêmement sommaires (comparés aux surimpressions d'images bien plus impressionnantes dans d'autres films de l'année comme A Stolen Life ou The Dark Mirror), mais voir des gens ou des objets disparaître d'un claquement de doigts est malgré tout fort plaisant à observer.

Mais comme je le disais, le grand point fort du film est la complicité entre Simone Renant et François Périer. Tous deux sont beaux et distingués, et l'on aime les voir faire preuve de bonne entente bien que chacun chercher évidemment à duper l'autre dans son dos. Les comédiens ont le plus de personnalité parmi la distribution et font le film à eux deux, même lorsqu'ils ne sont pas ensemble, comme en témoigne la délicieuse séquence des dés pipés où l'ange donne une bonne leçon à un tricheur, tandis que le démon résiste avec beaucoup d'élégance aux avances de la femme d'affaires capricieuse qu'il tente de pousser dans les bras de son employé. On leur fera simplement le reproche de ne pas du tout essayer ne serait-ce qu'un embryon d'accent anglophone, alors qu'ils se font tous deux passer pour des Américains auprès des mortels, ce qui nous vaut de grands moments d'anthologie à la française lorsqu'ils disent venir d'une ville bien connue nommée "Losangelesse"... Un autre personnage marquant est incarné par Pierre Larquey: il amuse le temps qu'il faut par son honnêteté et son désir enfantin de passer à travers les portes sans les ouvrir, tout en ayant conscience de sa laideur, de quoi servir un quiproquos au restaurant alors que l'ange tente de faire tomber la femme d'affaires amoureuse de lui au lieu du fringant Daniel Gélin. On ne peut hélas pas dire que les autres interprètes soient aussi intéressants: ledit Gélin se laisse entièrement porter par les divers rebondissements sans donner une grande cohérence à son personnage, de telle sorte qu'on a l'impression qu'il y a dix Michel dans l'histoire; Juliette Faber ressemble à une Maria Schell qui aurait laissé sa personnalité à la maison, quoiqu'elle soit mignonne par sa pudeur et sa franchise; et Myno Burnay est si agaçante, sans même être drôle dans l'antipathie qu'elle suggère, qu'on la préfère finalement sous les traits d'un poisson.

Je n'en dis pas plus car, La Tentation de Barbizon n'étant pas un grand film, il vaut mieux arriver vierge dessus pour le découvrir, le charme risquant d'opérer un peu moins une fois qu'on connaît les principaux quiproquos. On aurait parfois aimé que l'histoire soit plus mordante et moins "bon enfant", mais c'est extrêmement divertissant en l'état et l'on ne voit jamais le temps passer. Pour cette raison, j'envisage de monter à un petit 7/10: j'ai tout de même une certaine hésitation avec un solide 6 compte tenu de certaines idées qui auraient mérité davantage de précision, mais le cœur doit toujours passer avant la raison!

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