dimanche 29 juillet 2012

Oscar de la meilleure actrice 1946

Clairement, l'une des sélections officielles qui m'intéresse le moins, avec un biopic médical un peu convenu, une mère sacrificielle tout droit sortie des années 1930, une matriarche dépressive à la limite du second rôle et une ménagère timide heureusement nichée dans le meilleur des films en question. Néanmoins, seule la sauvageonne flamboyante m'intriguait réellement sur le papier, quoi qu'elle soit, de loin, la plus décevante du lot. Qu'en est-il dans le détail?

* Olivia de Havilland - To Each His Own
* Celia Johnson - Brief Encounter
* Jennifer Jones - Duel in the Sun
* Rosalind Russell - Sister Kenny
* Jane Wyman - The Yearling

Il n'y avait paraît-il pas de favorite évidente cette année: certains prédisaient une victoire de Russell alors à sa deuxième nomination et dont personne n'avait oublié les tours de force du début de la décennie; tandis que d'autres penchaient pour Olivia de Havilland, de retour après une éclipse de trois ans et nommée pour la troisième fois de sa carrière. J'imagine personnellement qu'Olivia avait effectivement plus de chances que sa rivale, surtout si l'on considère que sa propre sœur l'avait battue de peu en 1941 et que l'Académie lui devait en quelque sorte son dû. D'autre part, l'actrice avait fait beaucoup parler d'elle à l'époque puisqu'elle venait de sortir victorieuse d'un procès contre la Warner afin qu'on lui attribue de meilleurs rôles, alors que même l'inflexible Bette Davis s'y était cassé les dents: je suppose dès lors que la réputation de l'actrice après ce coup de maître prit un tour qui joua probablement en sa faveur au moment des votes. En outre, To Each His Own fut assez beau succès qui reçut également une nomination pour son scénario, alors que Sister Kenny fit un four, de quoi donner l'avantage à Olivia lors d'une cérémonie où les recettes ne sont jamais à négliger tout à fait. Rosalind Russell put néanmoins se consoler avec son Golden Globe reçu un mois plus tôt, alors que sa collègue n'avait bénéficié quant à elle que d'une seconde place au prix de la critique new-yorkaise, derrière Celia Johnson, en cette époque où les précurseurs ne jouaient pas encore le rôle que nous leur connaissons aujourd'hui.

En face, Jennifer Jones recevait sa quatrième nomination consécutive, mais ayant déjà gagné trois ans plus tôt elle ne partait probablement pas favorite pour cet Oscar, surtout au regard des critiques reçues par Duel in the Sun. De son côté, Jane Wyman avait surpris tout le monde en se révélant actrice de tout premier ordre grâce à The Lost Weekend l'année précédente, de quoi lui permettre de surfer sur ce succès et d'être enfin reconnue par la profession après une quinzaine d'années de galère entre rôles non crédités et films de série B peu reluisants. Enfin, Celia Johnson suivait les traces de la très grande Wendy Hiller en étant la deuxième actrice britannique distinguée pour un film anglais par les Oscars, qui plus est l'un des grands chefs-d'œuvre de l'année qui surpasse de loin les supports des autres candidates. Ce qui ne veut bien sûr pas dire que certaines d'entre elles ne se soient pas révélées excellentes dans leurs rôles respectifs. Néanmoins, plusieurs remaniements sont à prévoir de mon côté.

Je retire:

Jennifer Jones - Duel in the Sun: Euh... Elle fait quoi là, Jennifer? Parce qu'autant le dire tout de suite, on a sans doute affaire à la performance la moins logique du monde, et c'est aussi bien dû au scénario qu'à Jennifer elle-même. A sa décharge, il faut quand même dire que le rôle n'est déjà pas très cohérent sur le papier puisqu'on nous présente Pearl comme une indomptable sauvageonne aux manières à peine civilisées, alors que celle-ci est par moment d'un calme et d'une affabilité qui collent mal avec son caractère, comme lorsqu'elle se résigne gentiment à ne pas fumer parce qu'on lui dit simplement que ce n'est pas convenable pour une dame. Le rôle vacille donc entre la paria qui a littéralement besoin d'être exorcisée par un prêtre et la jeune fille de bonne famille, si bien que quelque chose ne colle pas, à l'image de ce maquillage beaucoup trop prononcé pour être honnête. Cependant, Jennifer est également fautive, puisqu'au lieu d'estomper les incohérences de son personnage, elle choisit au contraire de forcer au maximum dans les extrêmes, d'où l'impression qu'elle se noie totalement dans le rôle. Ainsi, elle entre en scène de façon hystérique, se comportant au mieux comme une gamine de cinq ans qui va "tout répéter à son papa" en tirant la langue dans le dos des gens; au pire comme une furie en cage, à grand renfort de "No! No! No!" pas du tout contrôlés. Et subitement, dès qu'elle est recueillie par la gente Lillian Gish, l'actrice s'efface beaucoup trop pour donner l'impression qu'il s'agit de la même héroïne, ce qu'elle souligne à coup d'expressions figées. Et bien entendu, ça ne l'empêche nullement de repartir dans des excès en tout genre dès que Pearl veut se montrer vengeresse, d'où une série de regards enclenchés sur le mode méchant qui virent rapidement au grotesque et prêtent même à rire, y compris lorsqu'on entre dans la phase finale du film à travers le fameux duel, d'une grande puissance. En somme, cette interprétation non maîtrisée ne fait qu'illustrer les défauts d'un western néanmoins excitant, puisque là où Selznick voulait du flamboiement épique dans la lignée de Gone with the Wind, au point d'engager cinquante réalisateurs, une plus grande cohérence formelle n'aurait pas été de trop.


Jane Wyman - The Yearling: Passé le côté documentaire animalier avec cette interminable chasse à l'ours, le film parvient à faire un peu de place pour développer la psychologie de ses personnages, fussent-ils dotés d'un rôle limité. C'est précisément le cas de Jane Wyman qui parvient à tirer son épingle du jeu avec le peu qui lui est donné. Elle laisse ainsi parfaitement se dessiner les blessures de cette mère de famille qui se dissimule sous une apparence glaciale et peu avenante, conduisant le spectateur à trouver tout à fait crédible sa scène finale potentiellement casse-gueule. De surcroît, l'actrice insuffle une bonne dose de charisme à son personnage si bien qu'elle laisse une forte impression alors qu'on pourrait n'avoir d'yeux que pour un Gregory Peck bien plus développé. Néanmoins, si Wyman réussit sa performance, il n'en reste pas moins que sa composition est loin d'être la plus alléchante cette année, d'où ce retrait.


Rosalind Russell - Sister Kenny: Hourrah! J'ai enfin pu revoir le film après cinq années d'oubli, de quoi me permettre d'en parler plus en détail qu'à l'origine. Malheureusement, mon impression n'a guère changé, la performance étant tout autant réussie que complètement oubliable. Et ce n'est pas la faute de l'actrice, qui est excellente à tous points de vue. En effet, c'est vraiment très bien joué, et à l'époque où je n'avais pas encore vu assez de prestations de 1946, Russell avait même décroché une nomination sur mon brouillon, grâce à un portrait fort crédible d'infirmière dont elle restitue tout le sérieux et la gravité, tout en se montrant rassurante envers les enfants qu'elle soigne, et se payant même le luxe de nuancer chaque sentiment en y ajoutant autre chose, à l'image du regard inquiet qu'elle lance furtivement malgré sa voix paisible au moment où elle doute de parvenir à guérir sa patiente. Ainsi, l'héroïne a beau devoir se composer une apparence forte et robuste, l'émotion est l'un des ressorts essentiels de cette performance, et l'actrice en joue très bien à différents degrés, depuis la romance touchante avec son fiancé au visage bouleversé de gratitude lorsque Sister Kenny est applaudie par ses pairs, ou se voit chanter un joyeux anniversaire par ses petits patients. Et si le rôle est en quelque sorte un contre-emploi pour une actrice d'abord associée au registre comique le plus pur, il est évident qu'elle sait tout de même ajouter de l'humour à l'émotion, à l'image de la séquence où les villageois lui offrent un cheval qui hennit sans la laisser terminer son discours. La scène la plus frappante reste néanmoins d'une tonalité plus dramatique, et Russell s'y révèle puissante à souhait quand elle s'agace devant les médecins réunis en congrès qui ne la prennent pas au sérieux. Le personnage peut alors se voir comme assez féministe par sa réussite dans un monde exclusivement masculin, et surtout par sa capacité à ne jamais s'en laisser imposer par qui tente de lui contester son crédit. Une dernière chose à relever également, le vieillissement, fort bien rendu par l'actrice qui est loin de se reposer sur le strict maquillage. En somme, tous ces ingrédients rendent cette composition plus que réussie, aussi est-il dommage que le film reste franchement terne, voir carrément ennuyeux dans son portrait linéaire s'étalant sur plus de vingt ans, de telle sorte que Sister Kenny n'apparaît vraiment pas comme le rôle le plus mémorable de la carrière de Russell. Cependant, son talent à toujours briller même aux antipodes de ses personnages les plus flamboyants est à saluer mille fois.


Ma sélection:


Olivia de Havilland - To Each His Own: Décidément, Leisen est un réalisateur qui a porté chance à Olivia puisque après son excellent rôle dans Hold Back the Dawn elle s'est à nouveau révélée très bonne ici. Tout d'abord, elle est extrêmement crédible d'un bout à l'autre du film: on croit autant à la jeune fille qu'à la femme mûre et c'est tout à l'honneur de l'actrice qui, du haut de ses trente ans, se situait justement au beau milieu de ces deux âges de l'héroïne. Mais le meilleur dans sa performance, c'est évidemment toute sa façon  de distiller l'émotion de manière tout à fait subtile, sans que son jeu paraisse calculé. Dès lors, toutes les scènes avec son fils sont absolument déchirantes, avec en point d'orgue ce final particulièrement touchant. Et même si le sujet du film est un peu trop 30's à mon goût, je n'en reste pas moins entièrement conquis, préférant même cette approche du personnage à certaines variations trop théâtrales de la décennie précédente, à l'exception d'une indépassable Barbara Stanwyck dans Stella Dallas.


Celia Johnson - Brief Encounter: Voici un très beau portrait de femme que livre ici Celia Johnson, dans ce qui reste une très grande réussite de David Lean. Déjà, tout dans son physique ou son comportement colle exactement à l'image de cette femme absolument normale, celle qu'on croiserait sans forcément la remarquer de prime abord et qui se révélerait fascinante sans avoir l'air d'y toucher. Mais surtout, son jeu est à l'image de cette histoire lumineuse et poétique, à la fois sensible et tout en retenue, si bien que l'actrice se révèle tout à fait touchante dans sa façon d'aborder ses sentiments envers un Trevor Howard qui aurait bien mérité une nomination lui aussi. J'ai notamment beaucoup apprécié la joie manifeste dont les deux acteurs font preuve lors de leurs trop rares instants de bonheur, avant de me laisser complètement ébranler par les dernières minutes du film qui comptent parmi les plus émouvantes qu'il m'ait été donné de voir. En somme, tout est très bien rendu par Johnson, dont on regrette qu'elle n'ait pas tourné plus pour le cinéma.


Joan Crawford - Humoresque: L'actrice n'estimait pas beaucoup ce rôle qui est pourtant considéré comme l'un de ses meilleurs. Pour le coup, je suis carrément en désaccord avec Crawford ayant été tout à fait séduit par son Helen Wright, quarantenaire amoureuse et désabusée au sein d'un univers musical qui me parle très fort. Il faut dire pour commencer que son apparition, qui se fait attendre une demi-heure, est absolument superbe: sa rencontre avec John Garfield fait des étincelles, à l'image de la lueur qui anime les yeux de l'héroïne devant ce violoniste virtuose dans lequel elle entrevoit la possibilité de s'échapper de son quotidien futile. Et bien entendu, sous son apparence de mondaine hautaine et sarcastique se cache une grande sensibilité dont témoignent tous les regards passionnés devant l'amour de sa vie, ou ces expressions déçues particulièrement touchantes, lesquelles conduisent à un final superbement mis en scène tout à la gloire de la star. Et puis, cerise sur le gâteau, le film est à mes yeux un chef d'oeuvre excellemment orchestré et figurant très haut dans mon top personnel intemporel, de quoi rendre encore plus admirable la performance de Crawford.  
  
   
Hedy Lamarr - The Strange Woman: Hormis sa course en pleine campagne en tenue d’Ève dans le singulier Ekstase, c'est à ce jour le seul rôle dans lequel j'ai pu admirer l'une des stars les plus capricieuses du Golden Age. Je ne savais dès lors pas trop à quoi m'attendre et force est de reconnaître que je fus plutôt séduit. Parce que même si le soufflé est quelque peu retombé dans la seconde partie où l'héroïne m'a moins intéressé, j'ai trop apprécié le début pour snober Lamarr dans ma sélection. En effet, j'ai réellement cru à cette jeune fille qui commence à entrevoir les avantages qu'elle peut tirer de son incroyable pouvoir de séduction, avant de se muer en femme fatale qui, loin de verser dans les potentielles outrances auxquelles ce rôle aurait pu conduire, fait justement preuve d'une classe et d'une retenue tout à fait conformes aux usages de son nouveau statut d'élite de la ville. De surcroît, l'actrice sait parfaitement humaniser l'héroïne, ce dont témoignent ses oeuvres de philanthropie mais surtout sa manière de défendre ceux qu'elle estime, preuve qu'elle fait très bien la liaison entre des origines qu'elle n'oublie pas et son élévation dans la société. En clair, voici le séduisant portrait d'un personnage fort qui a ses faiblesses, et ça m'a beaucoup plu.

A part ça, l'autre grande performance de l'année, c'est bien sûr Myrna Loy dans The Best Years of Our Lives mais, bien que Myrna soit incontestablement une leading lady et soit justement créditée tout en haut de l'affiche, elle n'occupe pas plus d'une vingtaine de minutes sur trois heures de film, aussi ai-je décidé de la faire passer dans la catégorie "seconds rôles". Sur ce, retour à ma sélection qui cette année sacre...


Joan Crawford - Humoresque

J'ai essayé de ne pas trop en révéler plus haut, mais à présent je peux crier haut et fort: JOAN CRAWFORD DANS HUMORESQUE!!! J'étais déjà très fan de la star avant, mais depuis Humoresque je suis complètement amoureux! Sublimée par le film et sublimant le film en retour, Crawford est bel et bien la fine fleur de ce chef d'oeuvre, et ce bien que le casting tout entier soit d'une excellence absolue. Vraiment, l'actrice est ici un éblouissement de tous les instants, se payant en outre le luxe d'être au faîte de sa beauté et de son élégance, le tout pour se diriger vers un final dévastateur qui compte parmi les plus belles scènes qu'il m'ait été donné de voir au cinéma. Dès lors, personne, mais absolument personne, ne peut battre Crawford en 1946, pas même Celia Johnson ou Olivia de Havilland! Et puis, décidément, Humoresque est à mes yeux un énorme chef d'oeuvre, et même si l'on peut me reprocher d'être quelque peu biaisé vu mon propre rapport à la musique, je reste sur mes convictions et n'hésite pas à clamer de toute mon âme que ce film figure en très bonne place dans mon top 10 universel, de même que je n'hésite pas à hurler à la face du monde que Crawford a un apport énorme dans cette inestimable réussite. Donc, vous l'aurez compris, je suis complètement émerveillé, et rien ne me fait plus plaisir que d'être saisi de façon aussi extatique par un film où tout me semble d'une perfection absolue, du développement des personnages à la mise en scène.

Pour les autres concurrentes, je classe Hedy Lamarr seconde pour la grande surprise que reste sa performance très bien dosée dans un film méconnu, Olivia de Havilland troisième pour son héroïne dramatique jouée avec une grande finesse, et Celia Johnson quatrième pour son très beau rôle chez l'un de mes réalisateurs fétiches.

Bien, voilà qui est dit! Et après ma déclaration d'amour à Joan Crawford, accueillons l'inimitable Sylvia Fowler pour révéler le classement de l'année selon les performances...

dignes d'un Oscar : Joan Crawford (Humoresque): la performance de l'année sans aucun moyen d'être supplantée.





dignes d'une nominationOlivia de Havilland (To Each His Own), Celia Johnson (Brief Encounter), Hedy Lamarr (The Strange Woman): voir ci-dessus.


séduisantes : Ingrid Bergman (Notorious): j'ai toujours un peu de mal avec ce rôle, ne la trouvant pas crédible en alcoolique au début, et trop endormie à la fin. Heureusement, elle est très bonne dans tout le reste, bien qu'elle ait toujours du mal à me captiver outre mesure. Bette Davis (A Stolen Life): bien joué, mais le propos est tellement improbable qu'on a sans cesse le sentiment de se faire avoir. Olivia de Havilland (The Dark Mirror): un double-rôle intrigant. Irene Dunne (Anna and the King of Siam): je déteste ce film, ou tout du moins cette histoire, mais comme toujours, Irene sait comment se tirer vers le haut avec une performance charmante qui compte autant de moments d'humour que d'instant touchants. A vrai dire, son seul génie parvient à nous intéresser aux aventures de l'horrible Anna Leonowens, ce qui n'était pas gagné sur le papier. Geraldine Fitzgerald (Nobody Lives Forever): très classe et charismatique, elle fait partir son personnage dans plusieurs directions. Dommage qu'elle soit presque secondaire. Rita Hayworth (Gilda): certes pas une grande performance d'actrice, mais elle y est si iconique et volcanique que le charme opère en un instant.  Jennifer Jones (Cluny Brown): cette fois-ci, le charme opère absolument, surtout lorsque l'actrice se met à miauler sur son sofa. Mais contrairement à ce que beaucoup prétendent, je ne trouve pas que ce soit son plus grand rôle, ni une merveille de comédie. Vivien Leigh (Caesar and Cleopatra): en quelque sorte, la Scarlett d'avant-guerre transportée dans l'Egypte antique. C'est un peu spécial, mais ça reste au minimum impeccablement captivant. Margaret Lockwood (The Wicked Lady): une grand rôle de méchante où l'actrice s'en donne à cœur joie, bien qu'elle y soit hélas un peu éclipsée par la performance havillandienne de Patricia Roc. Mais son énorme pouvoir de divertissement n'est pas à nier! Ida Lupino (Devotion): parce qu'elle est la seule raison valable à ce cataclysme, et qu'elle prend bien soin de livrer une grande performance touchante et cohérente quand toute l'intrigue tend à noyer le talent d'Emily Brontë dans une sulfureuse histoire d'amour avec... un curé. Dorothy McGuire (The Spiral Staircase): j'ai du mal à m'émouvoir pour l'héroïne mais l'effort de l'actrice est payant. Rosalind Russell (Sister Kenny): parce que c'est très bien joué même si l'on oublie assez vite cette performance. Barbara Stanwyck (My Reputation): un personnage touchant qui tranche avec les interprétations plus sombres de l'actrice dans cette décennie. Gene Tierney (Dragonwyck) (The Razor's Edge): la preuve d'une constante amélioration de la part de l'actrice, un an avant le sommet de sa carrière dans Madame Muir. Avec une préférence pour Dragonwyck où sa spontanéité passe mieux que sa rigidité un peu trop calculée de l'autre film. Lana Turner (The Postman Always Rings Twice): très crispante au début, mais de plus en plus crédible à mesure que le personnage s'endurcit. Jane Wyman (The Yearling): un bon rôle qui aurait mérité d'être plus exploité. Loretta Young (The Stranger): le film laisse un arrière-goût amer, mais l'inquiétude palpable sur le visage de Loretta reste une expérience savoureuse.


sans saveur : Lauren Bacall (The Big Sleep): la soi-disant alchimie Bogart/Bacall ne fonctionne tellement pas dans leur seconde collaboration que c'en est déprimant. Jeanne Crain & Linda Darnell (Centennial Summer): franchement, elles ne sont pas du tout expérimentées, et leurs rôles sont de toute façon peu bien croustillants. Sans compter que si Darnell éclipse tout de même sa consœur, les deux se font évidemment voler la vedette par Constance Bennett. Joan Fontaine (From This Day Forward): elle n'est certes pas aidée par ce film sans scénario, mais même, elle force un peu trop dans le registre "populaire" pour être vraiment crédible, et le rôle est de tout façon beaucoup trop quotidien pour intéresser. Alexis Smith (Night and Day): peut-être plus supporting que leading d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, ce sous Yankee Doodle Dandy peut retourner au vestiaire. Barbara Stanwyck (The Strange Love of Martha Ivers): à l'image du film, l'actrice ne fait que livrer une bien pâle parodie de film noir, mais c'est uniquement la faute du scénario, Stanwyck n'étant pas mauvaise en soi dans ce rôle.


ratées : Ingrid Bergman (Saratoga Trunk): alors... C'était quoi, ça??? Pourquoi ricane-t-elle tout le temps comme une possédée maléfique, même pour draguer Gary Cooper sous un chapeau texan? Et pourquoi fait-elle sa princesse affectée alors qu'elle mange du riz en public sur la tête de son serviteur nain? Ça a au moins le mérite d'être hilarant, mais je ne pense pas que ce fût voulu par l'actrice... Non mais franchement!!! Olivia de Havilland (Devotion): non contente de se faire manger par l'Emily d'Ida Lupino, sa Charlotte ne sait jamais si elle doit être affectueuse ou méchante, et Olivia choisit donc de rester dans un flou indistinct, alternant entre ces deux caractères au gré des séquences sans pour autant trouver un brin de cohérence dans le personnage. Un faux pas qui étonne de la part de l'actrice. Paulette Goddard (The Diary of a Chambermaid): un Renoir étonnamment mauvais, et ce n'est pas l'actrice et ses poings sur les hanches qui parviennent à relever le tout.


atroces : Jennifer Jones (Duel in the Sun): l'actrice semble tellement perdue avec ce personnage qu'on ne peut décidément plus rien pour elle. Ava Gardner (The Killers) (Whistle Stop): bonne idée, Ava, de gaspiller la toute petite dose de charisme disponible dans un navet sans nom (Whistle Stop), pour se montrer fadissime au possible dans The Killers. Notons que je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi les vidéos rendant hommage aux femmes fatales prennent toujours à témoin la fameuse scène de Kitty au piano, car l'actrice dégage à peu près autant de choses que la tapisserie en arrière-plan.


à découvrir : Geraldine Fitzgerald (Three Strangers), Eleanor Parker (Of Human Bondage)





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8 commentaires:

  1. Pour le résultat final: j'en étais sûre! Il est vrai que le film étant un chef-d’œuvre, il n'y avait guère de suspens.

    Et je ne sais pas ce qui est arrivé à Jennifer Jones mais, sur la photo, elle me fait penser à une version cheap de Jane Russell, période ''Le Banni'': le cheveu faussement négligée, la vêture de sauvageonne bien propre sur elle et l'absence totale d'expression faciale. Mais comme tu parles d'hystérie dans ton commentaire, je suppose que le dernier point n'a été rendu possible que grâce à la magie de la capture d'écran.

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  2. Comme j'avais vu le film il y a quelque temps, c'est une photo Google, pas une capture d'écran. Mais ça ne change rien!

    A propos de Joan Crawford, je ne lui envisage pas de concurrence sérieuse pour 1946. Bien sûr, Olivia de Havilland, Celia Johnson sont très bien, bien sûr, Rita crève l'écran, bien sûr Rosalind Russell et Barbara Stanwyck livrent à nouveau de belles performances (comme d'hab), mais la seule qui s'impose loin devant, c'est Crawford!

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  3. Ah, je suis content de voir que quelqu'un d'autre que moi nomme Hedy Lamarr pour The Strange Woman.

    C'est tiré d'un roman vraiment curieux (écrit par l'auteur de Pêché mortel) et très prenant, dans lequel le personnage est infiniment plus pervers et plus malsain que dans le film. Mais justement, ce que j'ai aimé dans l'interprétation de Lamarr c'est qu'à plusieurs moments elle fait clairement sentir qu'elle n'est pas simplement une femme fatale, mais bien une folle dangereuse, qui ne sait plus trop où elle en est.
    Je me demande si elle avait lu le roman (curieusement c'était Vivien Leigh que j'avais en tête en le dévorant de mon côté).

    Bon j'avoue ne pas nommer Crawford ici, alors que je l'ai partout ailleurs. Non pas qu'elle ne soit pas excellente, simplement j'en aime d'autres davantage.

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  4. Comment ça, "moui" pour Ingrid? Notorious est son meilleur rôle!

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    1. Pas pour moi: la période Hollywood/1940's est celle qui m'intéresse le moins dans la carrière de Bergman. Et quand bien même Notorious est un bon rôle (en même temps, elle est tellement insupportable dans Gaslight ou Under Capricorne que n'importe quel autre personnage serait une bouffée d'air frais en comparaison), je la préfère néanmoins dans Casablanca. Je l'avais également mieux appréciée dans Spellbound, mais il me faudra revoir le film pour m'en refaire une idée.

      Pour détailler un peu, je dirai qu'elle est excellente dans la majeure partie de Notorious, mais j'aime moins le début où elle a vraiment du mal à jouer les alcooliques, ainsi que la fin où elle n'a pas l'occasion de faire grand chose d'intéressant.

      Et puis de toute façon, si je devais changer l'une de mes candidates, ce serait Barbara qui prendrait la place, pas Bergman.

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  5. Je ne suis absolument pas fan de Crawford qui m'horripile... De Havilland est impressionnante et émouvante mais je n'aime pas les prestations larmoyantes... Je donne une place à Bergman pour Les enchaînés quand bien même je suis d'accord avec ce que dit Orfeo dans son deuxième paragraphe...



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  6. Alors pour rebondir sur "Qui était la 6ème" en 46 je ressors Inside Oscars (qui est assez décevant, mais passons) qui nous apprend que le candidat majeur de la Warner aux Oscars en 1946 était ... Jalousie d'Irving Rapper (oui je sais, ça surprend) ... idée curieuse, même si j'adore le film, parce que je pense que La Voleuse est artistiquement bien plus réussie. Bref ... devant la mauvaise réception critique la Warner a sorti son deuxième cheval de bataille ... effectivement ce fut Humoresque. A nouveau fiasco critique, donc le studio a laissé tomber pour l'année. Cela dit ça rendrait crédible une bonne place pour Crawford quand même ...

    Mais je ne pensais plus à Loy (merci) et je pense que c'était le choix le plus facile pour les votants.

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    1. Merci pour les précisions. Je n'ai pas lu Inside Oscar, ni vu Deception, j'avoue donc que je n'y aurais jamais pensé. Autrement, j'aime bien A Stolen Life, et notamment la double performance de Bette, mais quelque chose m'a beaucoup déçu dans le traitement de l'histoire, surtout la deuxième partie... Il me faudrait néanmoins le revoir pour mieux en rejuger. Quant à la fameuse sixième place, Loy avait effectivement un énorme véhicule derrière elle, avec en prime un "top billing", même si la brièveté de son rôle a dû jouer en sa défaveur.

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